Confessions
timents qu'il était obligé de refouler, ou bien une occasion de protester en termes généraux contre la contrainte rigide exercée à son égard.
Quant à l'éducation donnée en France par l'État ou l'Église, elle ne fait aucune différence, sauf dans certaines parties de l'enseignement, entre l'enfant et l'adolescent. Fondée sur la contrainte extérieure, elle se borne le plus souvent à comprimer sous des règles uniformes les tendances personnelles considérées a pfHori comme mauvaises et semble ignorer qu'un certain degré d'initiative et par suite d'indépendance est nécessaire à la formation du caractère1. Il est vrai que Locke2 considère la liberté, au même titre que les voyages, comme dangereuse pour les adolescents, sous prétexte qu'à cet âge l'exemple des camarades et des adultes est tout-puissant, l'obéissance pénible. Mieux vaut, dit-il, lâcher les rênes plus tôt ou plus tard. Mais le second des motifs allégués semblerait plutôt appeler une conclusion opposée. Quant au premier, on peut lui objecter qu'il est possible dans une certaine mesure d'entourer le nouvel affranchi de bons exemples. En outre l'autorité la plus efficace n'est pas celle qui s'exerce par des moyens matériels et par des interventions de détail. Comme le remarque Spencer, il y a une émancipation progressive des individus comme des nations : au despotisme absolu doivent succéder d'abord un constitutionalisme naissant, puis une liberté de plus en plus élargie. Notre tort est de ne pas ménager les transitions, de croire qu'un garçon dont on a réglé les moindres pas jusqu'à dix-huit ans ou plus, peut sans broncher être soudain laissé à lui-même, au milieu des tentations de tout genre, qu'aggraveront encore le sentiment nouveau de la liberté et un désir d'en abuser rendu plus violent par le contraste avec la contrainte de la veille. Même si, comme le croient certains éducateurs indulgents, il est bon qu'un jeune homme jette sa gourme, encore y a-t-il une nécessité urgente à ce qu'il soit assez exercé au gouvernement de soi pour ne pas se laisser emporter jusqu'aux sottises irréparables. Enfin, peut.
1. Cf. Enquête, p. 115 (Boutroux) ; — Ed. Maneuvrier. L'éducation de la bourgeoisie sous la République, 3e éd., pp. 63, 68, 292, etc.