Cf. Marro, p
208 l'a.me de l'adolescent
qui économise, cède presque toujours à un penchant dominant qui ne tarde pas à présenter les caractères de l'avarice. Du reste, la sujétion à laquelle il est tenu surtout comme interne, ne lui permet guère de prendre des décisions volontaires en dehors des exercices physiques ou parfois du travail intellectuel exigé par les études scolaires. Chose singulière, dans beaucoup d'établissements libres on se soucie plus que chez nous de dresser les grands élèves au self government. Non seulement ils élisent les dignitaires des « congrégations » religieuses, des associations de jeux, etc., mais parfois on leur fait organiser des tombolas pour les pauvres, chacun se piquant de placer plus de billets que ses camarades; on les induit à solliciter et à mériter telle promenade de faveur dont ils fixent le jour, etc. Il y a longtemps même qu'on aurait trouvé, chez les Jésuites, l'équivalent des innovations de l'ancien proviseur de Lakanal 6, M. Bazin de Bezons, qui avait aménagé pour les grands des chambres séparées et partagé ses élèves en groupes dont chacun était placé sous la surveillance d'un directeur qui, connaissant tout son petit monde, autorisait, le cas échéant, des dérogations aux règles jadis immuables, et reconnaissait en libéralité de traitement les efforts méritoires et le respect d'une discipline librement consentie.
De telles mesures sont excellentes en ce qu'elles octroient aux intéressés juste autant de liberté qu'ils sont capables d'en supporter; leur valeur est d'autant plus grande qu'elle permettent l'application d'un principe en dehors duquel il ne saurait y avoir d'éducation de la volonté, à savoir l'association progressive du pubère à toutes les affaires, à toutes les responsabilités, surtout à celles où sa personne se trouve engagée.
On peut d'autant plus faire fond sur sa bonne volonté, que celle-ci est la résultante normale de la plupart des tendances dont se compose le caractère adolescent, altruisme, désir d'atteindre toujours plus haut, sentiment de la dignité virile, rigidité quasi-mathématique qui fait préférer dans l'action la ligne droite comme la plus courte, etc. En particulier, les intérêts