M. de Fleury. Nos enfants au collège, p. 4i
nouveaux qui colorent la vie, fournissent à l'éducateur un point d'appui d'autant plus solide que l'émotivité du pubère donne à son caractère un sérieux qui contraste singulièrement avec la légèreté de l'enfant et aussi avec celle des adolescents en qui les facultés affectives restent atrophiées. « Loin que le feu de l'adolescence soit un obstacle à l'éducation, dit Rousseau1, c'est par lui qu'elle se consomme et s'achève, c'est lui qui vous donne prise. » S'il est vrai qu'on ne veut que ce que l'on désire et qu'une résolution durable n'est qu'une passion fixée 2, si l'on doit considérer une sensibilité intense comme la condition qui permet, une fois cultivée, d'exercer sur soi-même un puissant empire8, la genèse d'une virilité morale maîtresse d'elle-même implique comme sa principale condition un appel constant aux virtualités émotives qui dans l'âme adolescente s'éveillent spontanément en présence des fins généreuses ou simplement difficiles. « On devrait, dit Herbart4, chercher à donner libre cours aux forces de la jeunesse. On ne peut le faire à propos, il est vrai, que si les désirs sont dirigés dans une bonne voie au moment même où ils naissent et surtout au moment où ils découlent de Y intérêt également réparti. » La difficulté est de surprendre la naissance des inclinations, d'autant que le plus souvent elles s'évanouissent après un semblant d'ébauche qui peut s'opérer à l'insu même de la jeune conscience. A la vérité, elles ne sont pas toujours résorbées, mais quand la nourriture appropriée leur fait défaut, lorsque l'intérêt naissant ne trouve aucun objet suffisant auquel il puisse se fixer, elles peuvent se pervertir, de créatrices devenir destructrices et contribuer non à la formation, mais à la dissolution du caractère. Le mot de W. James5 : « On ne peut agir sur la volonté d'autrui qu'en touchant son moi actuel ou virtuel », pourrait peut-être se paraphraser ainsi : On ne peut contribuer