‹ L'ame de l'adolescentChapitre 160 sur 234 · Marro, p · texte numérisé non relu

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de la classe bourgeoise; le plus mauvais service qu'on puisse rendre à un grand garçon est de lui aplanir toutes les difficultés, témoin les nombreux jeunes gens qui, victimes de la fortune paternelle, laissent avorter leurs facultés les plus précieuses. Il convientd'aguerrir le caractère de l'adolescent, comme Rousseau veut qu'on aguerrisse le tempérament du petit enfant. Les procédés varient avec les circonstances, le genre de vie, l'état de santé, etc. ; à peine est-il besoin d'en indiquer quelques-uns tels que le tub ou les bains froids contre la peur des sensations désagréables, une mise modeste contre la vanité, etc. L'essentiel est dé ne pas imposer au sujet des pratiques de ce genre, mais de l'amener à les vouloir. Un premier acte accompli de propos délibéré est le plus solide des engagements contractés par l'agent envers lui-même ; c'est une détermination qui limite le champ des défaillances possibles et inaugure la création des habitudes agissantes en dehors desquelles, comme l'a montré M. Rauh *, il ne saurait y avoir de vérité morale.

Ainsi entendue, l'éducation morale de l'adolescent, contrairement à celle de l'enfant peut se passer de toute espèce de sanction. D'abord, il ne saurait être question pour nos jeunes compatriotes des châtiments physiques encore en usage à l'étranger, lors même qu'ils consisteraient, comme le veut A. Bain 2, en des « souffrances artificielles graduées agissant directement sur les nerfs au moyen de l'électricité ». Le correcteur électricien risquerait trop de s'attirer du patient une riposte analogue à celles dont Chateaubriand, plutôt que de recevoir le fouet, ne craignit pas de gratifier l'abbé Egault. Il est même curieux que les adolescents anglais, dressés de bonne heure à la respectabilité, soient beaucoup moins chatouilleux sur ce point, non seulement que nos jeunes compatriotes, mais même que nos bambins de dix ans. Peut-être y aurait-il lieu d'en conclure que le sentiment de la dignité humaine et l'autonomie morale peuvent exister l'un sans l'autre.

Ce qui contribue pour une grande part à rendre l'adolescent ingouvernable, c'est que les sanctions habituelles dont on use à

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