‹ L'ame de l'adolescentChapitre 161 sur 234 · Science de V éducation, p. 47 (F. Alcan · texte numérisé non relu

Science de V éducation, p. 47 (F. Alcan

la maison et à l'école semblent n'exercer que peu d'empire sur lui. Les blâmes officiels ou simplement fondés sur les idées courantes, le laissent froid; le tableau, même poussé au noir, des conséquences qui menacent sa santé, son avenir, ne parvient pas à l'émouvoir parce qu'elles font partie d'un ordre de faits trop réel pour qu'elles puissent prendre place dans le monde de ses projets et de ses rêves, par suite, devenir l'objet de ses regrets anticipés. Cette insouciance dans les pires situations explique les imprudences, le mépris de l'épargne, la légèreté apparente qu'il affecte souvent.

Les récompenses ne le stimulent pas davantage. A mesure qu'il grandit, le « tableau d'honneur » le laisse de plus en plus indifférent; les distinctions honorifiques, croix, médailles, etc., usitées autrefois chez les Jésuites étaient remisées en général à partir de la quatrième par leurs titulaires, tandis que les élèves des classes inférieures les arboraient avec ostentation. La distribution des prix ne le fait plus palpiter d'attente comme les années précédentes et souvent, s'il est absent du lycée ce jourlà, il ne songe pas à y revenir pour emporter ses lauriers. Exception est faite quand un professeur, à ses risques et périls, s'est informé de ses goûts et lui a laissé espérer l'attribution d'un ouvrage préféré. Ceci nous indique le genre de sanctions qui convient à l'adolescent. Attachant peu d'importance aux récompenses et aux punitions qu'on lui octroie sans se préoccuper de ce qu'il désire ou de ce qu'il craint, il est par contre plus sensible que l'enfant aux mesures inspirées par une compréhension exacte de sa personnalité. Désireux avant tout de s'affirmer dans la jouissance de soi, il recherche comme une faveur les circonstances où il faut jouer un rôle difficile, payer de sa personne, et bien que capable de faire des prodiges pour mériter le premier fusil1, la bicyclette, etc., qu'on lui a promis, il aime mieux en général rendre des services qu'en recevoir ; les postes de confiance, les menues fonctions qu'on lui attribue, tout ce qui le confirme dans le sentiment de l'efficacité de son vouloir, lui paraissent éminemment désirables. A

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