Voir l. III, ch. m
l'école de Bedales (Sussex), les grands sont chargés des jeux, de la bibliothèque, dujardinage, des collections, etc., les élèves moins âgés leur doivent obéissance ; mais en cas de mauvaise conduite ou d'injustice, le grand est déclassé et soumis à un élève plus jeune. « De toutes les punitions, dit Demolins1, c'est la plus dure et la plus déshonorante. » A cette même école, des prix sont accordés à ceux qui font des progrès sur euxmêmes. S'il y a quelque vérité dans l'analyse des mobiles dont nous avons cherché à montrer l'action sur la volonté adolescente, l'honneur et le déshonneur (esteem and disgrâce), préconisés par Locke 2 comme les sanctions par excellence, comme les moyens les plus efficaces pour soumettre les instincts à la raison3, acquièrent à partir de la puberté une puissance moralisatrice telle que, bien cultivés, ces sentiments suffiraient le plus souvent à créer dans la jeune conscience les formes d'honnêteté les plus viriles.
« Les jeunes gens, dit Aristote4, sont plus braves qu'on ne l'est à un autre âge ; ils ont l'âme élevée parce qu'ils n'ont pas été rabaissés par la pratique de la vie et qu'ils n'ont pas subi l'épreuve du besoin. De plus rien n'élève l'âme comme de se croire digne de grandes choses. Ils se déterminent plutôt par le beau côté d'une action que par son utilité. Ils se conduisent plutôt d'après leur caractère moral que d'après le calcul. » Il semble au premier abord que ce jugement résumerait bien les analyses précédentes; mais une telle conclusion ne contiendrait que la moitié de la vérité. D'abord, les tendances généreuses ou viriles peuvent, par la faute du milieu ou de l'éducation, rester à l'état virtuel, beaucoup de nos adolescents ressemblant au gamin de Paris dépeint par Brouardel, précocement brillant et