‹ L'ame de l'adolescentChapitre 17 sur 234 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

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en ligne de compte l'envie et la tristesse provenant du sentiment de leur infirmité. Dans des cas de ce genre, il ne faut pas conclure de l'animal à l'homme, car « rnan learned long ago to rely on brain more than brawn ».

Peut-être faut-il en effet, non pas voir dans l'organisation sexuelle la cause de « l'adolescence mentale », mais considérer les deux ordres de faits comme résultant d'une cause plus profonde, dont la nature nous échappe en partie puisque, à la limite, elle se confond avec la vie elle-même. Mais, bien que la personnalité de l'adolescent, comme on peut le voir plus loin, déborde de tous côtés les tendances et les états d'origine sexuelle, il n'en reste pas moins vrai que, dans la plupart des cas, presque tous les faits affectifs ou représentatifs gravitent, au moins pendant quelques années, autour de l'idée du sexe *, idée d'autant plus hallucinante et féconde en associations imprévues que l'éducation actuelle l'entoure d'un mystère plus impénétrable.

C'est que, parmi les transformations qui révolutionnent l'organisme, aucune n'a, dans toute la personnalité, un retentissement aussi profond et aussi étendu que celles qui sont liées à l'établissement de la nouvelle fonction.

Les plus importantes, ou du moins les plus nettes, ont pour objet les organes génitaux. En voici l'énumération sommaire2 :

Descente du scrotum qui grossit de plus du double ; — allongement des cordons spermatiques; — développement et sécrétion de la prostate, des glandes de Gowper, des vésicules séminales, des glandes de Tyson ; — modifications dans le prépuce qui s'élargit et devient rétractile ; dans le gland, qui croît en volume et surtout en sensibilité ; dans les corps spongieux et caverneux, qui non seulement grossissent du double, mais acquièrent une riche vascularité d'où résulte un éréthisme d'autant plus prononcé que la tonicité du scrotum est en rapport étroit avec l'état mental ou nerveux et que le réflexe scrotique s'irradie dans les régions voisines des cuisses et de l'abdomen.

1. Cf. Stanley Hall. The moral and religious training of children and adolescents. Pédag. semin., I, p. 196-210.

2. Pour plus de détails voir les ouvrages déjà cités, en particulier Marro, ch. h, m et passim.

C'est une des raisons pour lesquelles des excitations d'ordre psychologique, telles que des lectures ou des spectacles lascifs, — ou bien d'ordre physiologique, telles que les frictions occasionnées par des vêtements trop étroits ou certains exercices physiques, peuvent dans la pratique donner lieu aux mêmes obsessions, par suite aux mêmes dangers.

Mais le fait capital, celui qui semble commander à la série et présider à l'avènement de la puberté, consiste dans la formation de véritables spermatozoïdes et dans les premières éjaculations, spontanées ou non, qui se produisent pendant la veille ou le sommeil. A vrai dire, il n'y a pas toujours correspondance exacte entre les deux événements. D'une part, des émissions provenant de la prostate ou d'autres glandes non séminifères, peuvent précéder la fonction proprement dite ; d'autre part, « les sécrétions testiculaires, quoique abondamment produites... sont parfois résorbées in situ, en partie au moins, par les riches plexus de vaisseaux lymphatiques qui entourent ces canaux (spermatiques), et il semble que ce soit une des prévoyances de la nature pour à la fois aider et utiliser la chasteté1 ». Par là s'expliqueraient en particulier ces cas de puberté tardive qui, du moins en apparence, se produisent souvent parmi les populations saines et robustes des campagnes.

Même pubère, mais laissé à ses propres instincts, l'adolescent, soit timidité, soit délicatesse, éprouve pendant deux ou trois ans une certaine répugnance vis-à-vis des choses de la chair. Faut-il voir dans cette aversion une sorte d'instinct secondaire dû à des siècles de morale chrétienne ; ou bien est-ce la traduction consciente d'une des exigences fondamentales de la vie spécifique, qui pour se conserver ou évoluer dans des conditions normales, a besoin de laisser mûrir les semences nouvelles destinées à la perpétuer? Cette dernière vue serait confirmée par la

i. St. Hall, I, 419.

distinction classique entre la puberté et la nubilité, par la doctrine des auteurs qui, comme Glouston 2, ramènent la puberté au « développement initial de la fonction de reproduction », et attribuent à la seconde « toute la période de douze ans, depuis l'apparition jusqu'à la pleine perfection de l'énergie reproductrice ». Toujours est-il que les nouvelles sensations internes liées aux changements organiques inspirent au sujet, pendant quelque temps, plus d'étonnement que d'attrait. Plus d'une fois, il m'est arrivé de surprendre chez les meilleurs élèves, dans la libre spontanéité du jeu ou des conversations familières, l'expression d'un mépris non déguisé pour les mœurs équivoques de certains camarades et l'abus des provocations malsaines qui dans les villes surgissent à chaque pas. Voici, entre autres documents, quelques lignes extraites dujournal intime d'un collégien de quinze ans, élève de seconde :

« Mardi 22 novembre. Le hasard me fait découvrir que P... emporté sans doute par les passions de ,1a jeunesse, se livre à des actions imp... Pauvre enfant, je le croyais si chaste! Quel bonheur si je pouvais contribuer en quelque chose à le ramener. »

Écrite par un garçon de cet âge, la première phrase est simplement exquise. J'en ai connu un autre qui, de retour pendant les vacances au village natal, ne perdait pas une occasion de jouer et flirter avec ses anciennes compagnes de l'école primaire. Cette familiarité cessa d'une manière en apparence assez singulière. Un jour qu'avec l'une d'elles la partie, très animée, risquait de tourner au sérieux, il s'arrêta brusquement, comme effrayé de sa propre audace. Quelque temps après, cet enfant de seize ans m'avoua qu'il avait été étonné et quelque peu « dégoûté » de comprendre clairement que sa réserve avait provoqué une déception à peine dissimulée2.

1. Mental diseases, lecture XVI. Cf. du même l'art. Adolescence dans le Dictionary of psychological medicine de Tuke. Voir aussi Burnham, op. cit., 475.

2. Cf. Shakspeare. Vénus et Adonis; — Le Pèlerin passionné. — La résistance et les paroles du jeune Adonis à Vénus sont caractéristiques : « Belle reine, si vous avez pour moi de l'amour, mesurez ma froideur à la verdeur de ma jeunesse ; ne cherchez pas à me connaître avant que je ne

Même les plus ardents, ceux qui sont obsédés parle besoin de dépenser les forces nouvelles, et dont toutes les préoccupations gravitent autour de désirs d'autant plus vifs que l'inexpérience les entoure d'un mystère plus attrayant, hésitent et souvent n'osent plus avancer lorsqu'ils atteignent la limite fatidique qui sépare le rêve de la réalité. Les lignes suivantes, extraites du carnet d'un lycéen de dix-sept ans, élève de philosophie, seraient plus probantes si l'auteur, épris de poésie, n'avait pas eu déjà l'habitude, dans tout ce qu'il écrivait, deviser à un effet littéraire : « Je rêve de nuits spasmodiques, j'invente toutes sortes de séductions, je bâtis des plans imaginaires et, à l'heure d'agir, je n'ai plus la force, je ne veux plus, je recule »

Bien plus, les premières expériences sont parfois suivies d'un dégoût si violent que le sujet, pour échapper à lui-même, aura recours, suivant les habitudes et les croyances, tantôt à la confession ou au journal intime, tantôt aux exercices violents qui, poursuivis jusqu'à l'extrême fatigue, jettent l'esprit vide et le corps brisé dans un sommeil si profond qu'il ressemble à un anéantissement. Quelques romanciers ont noté cet état d'âme, notamment M. Bourget dans le Disciple : « L'action ne fut pas plutôt accomplie, raconte Robert Greslou dans son Mémoire, que je m'enfuis de cette chambre avec un dégoût inexprimable. Il me semblait que mes mains, que ma bouche, que mon corps étaient souillés d'une souillure qu'aucune eau ne laverait... Ce dégoût persista pendant plusieurs jours, et puis je constatai avec un mélange d'épouvante et de volupté, que le désir s'y insinuait petit à petit2... »

Les premiers désirs ne sont pas toujours, comme le croient en général les physiologistes3, la résultante ou la traduction consciente d'excitations périphériques et locales liées à la genèse

me connaisse moi-même «.Sonnets et poèmes, trad. Fr. — V.Hugo, p. 473. — M. Libby (Shakspeare and Adolescence, Ped. semin., VIII, p. 164) considère ce poème comme la plus forte preuve de l'aptitude de Shakspeare à élucider les plus délicates questions relatives à l'adolescence.

1. Cf. dans l'Adolescent de R. Rolland les hésitations de Jean-Christophe au moment d'entrer dans la chambre de Sabine, p. 111.

2. Cf. Ferri-Pisani. Les pervertis, roman d'un potache, p. 165; — R. Rolland, op. cit., pp. 181-205.

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