Beaunis, Delbeuf, etc. Voir St. Hall, I
des nouvelles fonctions. Le plus souvent, l'état affectif pre'cède les représentations aptes à lui donner un but ; mais le phénomène inverse se produit quelquefois, surtout lorsque des influences psychiques ont hâté le moment de la puberté. Même dans ce cas, le désir reste pendant longtemps impersonnel et peut s'éveiller en présence de n'importe quelle femme ou jeune fille d'aspect agréable. Encore ce fait se produit-il avec une certaine rareté, au moins chez les sujets normaux et pendant les trois ou quatre premières années de l'adolescence. Dans la moyenne des cas, il serait relativement facile à des parents ou à des éducateurs avertis, de maintenir les jeunes gens dans une pureté de corps presque absolue, s'il ne fallait compter avec les excitations artificielles de toute nature qui, dans le milieu scolaire et social, empêchent l'âme adolescente d'évoluer suivant sa loi*. Quant aux obstacles naturels qui s'opposent à une telle sauvegarde, le plus difficile à surmonter consiste sans doute dans les émissions spontanées, tellement communes chez les jeunes gens qu'on peut les considérer comme aussi universelles que la menstruation chez les jeunes filles. Elles se produisent presque toujours pendant la nuit, quelquefois à l'insu du dormeur et sans laisser au réveil d'autres traces psychiques qu'une certaine dépression se traduisant d'habitude par une irritabilité plus grande du caractère. Mais le plus souvent, elles sont provoquées ou accompagnées par des rêves tantôt vagues et fantastiques, parfois même monstrueux, tantôt assez précis et familiers pour mettre en scène des personnes fréquentées pendant la veille. La plupart de ces fantasmagories gravitent autour d'un centre commun, la curiosité sexuelle à la fois anatomique et physiologique. Les images évoquées peuvent être d'une nature telle que peu de songeurs se risqueraient à les décrire, même à un camarade ou à un ami
1. D'après Rousseau, on peut par une éducation appropriée étendre jusqu'à vingt ans l'ignorance des désirs et la pureté des sens : « Cela est si vrai, ajoute-t-il, que chez les Germains un jeune homme qui perdait sa virginité avant cet âge en restait diffamé ». — Renan déclare que les sermons de ses maîtres sur la pureté ont suffi à le rendre chaste durant toute sa jeunesse (Souvenirs, p. 12). Les éducateurs laïques ne disposeraient-ils pas d'arguments aussi puissants que l'exemple de Jonathas mourant et autres «saintes inepties »? (p. 14).
intime : il est vrai que, sauf de rares exceptions, ils en seraient incapables. La sensation brutale, par un brusque rappel à la réalité, ne contribue pas peu à dissiper les fantômes nocturnes, et c'est à peine si devant les yeux grands ouverts dans l'obscurité, persistent pendant quelques secondes la forme d'une main fine, le reflet d'une chevelure, les vagues contours d'une silhouette sans figure et sans voix.
Ces accidents ont, suivant les sujets, des effets très variables. Ceux qui n'ont pas contracté de mauvaises habitudes et savent à quoi s'en tenir sur des faits de ce genre peuvent, par moments, éprouver un sentiment d'exaltation à la pensée de la nouvelle puissance qu'ils possèdent, et projeter celle-ci dans un avenir si plein de promesses de bonheur que la vie antérieure, par contraste, apparaît comme puérile et vide d'intérêt.
Mais il peut arriver aussi que le jeune pubère soit surpris par l'événement en pleine ignorance de ces questions. Déjà alarmé par les malaises indéfinissables, par les changements inexpliqués qui s'accomplissent dans sa personne, il risque de se croire atteint de quelque infirmité honteuse, par suite de s'effrayer et, s'il est impressionnable, de tomber dans de véritables accès d'hypocondrie. Ou, sans aller jusque-là, il peut être tenté de s'écouter davantage, d'étudier les moindres particularités se rattachant à l'objet de ses craintes, ce qui déterminerait, entre autres conséquences, un afflux de sang au siège de l'obsession, par suite un accroissement dans le nombre et l'intensité des phénomènes inquiétants. En Amérique, il y a des sociétés médicales qui exploitent ces terreurs et en profitent pour vendre très cher aux jeunes malades imaginaires des drogues et des appareils dangereux pour la santé. Au besoin, elles font commerce des lettres écrites sous le sceau du secret par leurs malheureux clients. A New-York, Lancaster trouva un courtier qui en possédait trois millions. Stanley Hall en acheta mille et estime qu'il aurait pu en acquérir au moins sept millions. La même constatation ressort d'une enquête menée par le premier de ces auteurs : « Je m'accrochai, écrit un de ses correspondants, à un tas de boniments sur le danger des émissions qui me terrifiaient presque à mourir. Je pensais que chacune ruinait ma vie et mes
facultés. C'était terrible. Je craignais même d'aller au lit. Ce fut un soulagement merveilleux quand mon frère me dit qu'il était affligé des mêmes désagréments... J'avais consulté des agences médicales qui toutes s'efforçaient de me faire croire que ma situation était extrêmement déplorable ; souvent, je songeais au suicide. Je n'avais pas d'ami et j'étais solitaire autant qu'on peut l'être. Nous avons besoin d'une instruction sincère ou d'un livre qui dise aux jeunes gens la vérité franche sur ces matières 1 ».
Mais celle-ci ne suffît pas toujours : la tyrannie du sexe peut s'imposer avec une telle force que le sujet renonce à la lutte, témoin ce freshman qui, « déçu dans ses aspirations vers la pureté, abandonna ses rêves de carrière, prit parti pour une vie courte mais joyeuse et, grâce à sa fortune, devint en réalité la triste épave qu'il s'était imaginé être au début2 », au moment où les accidents survenaient. Que d'étudiants français ont eu un sort analogue ! Le cas est d'autant plus fréquent que beaucoup d'entre eux, avant d'être jetés brusquement sans règle et sans contrôle sur le pavé des grandes villes, ont contracté dans l'internat des habitudes tout autres que celles de la pureté et de la maîtrise de soi.
Le mal auquel je viens de faire allusion n'est pas particulier à la vie scolaire : le vice solitaire a de nombreux adeptes parmi les adolescents de tous les pays et de toutes les conditions. Les auteurs qui se sont occupés de la question, entre autres Tissot, Fournier, Berger, Moll, Rohdeler, etc., s'accordent sur ce point ; mais les divers établissements où les jeunes gens vivent entre eux, offrent à la contagion le milieu le plus favorable qui se puisse imaginer3. Sans doute, il se trouve quelques sujets à la fois vigou-
1. Lancaster, op. cit., p. 95. — Voir aussi pp. 124, 125, etc.