St. Hall, I, p
3. Dans certaines écoles d'Angleterre elle atteint des proportions telles que des élèves, n'y tenant plus, demandent à leurs parents de les retirer sans alléguer aucune raison satisfaisante (Ennis Richmond. Through boyhood to manhood, p. 197).
reux et délicats qui traversent l'âge critique sans encombre ou du moins sans trop de chutes. Mais, il faut bien le reconnaître, de telles exceptions sont rares, du moins au début de la puberté1. Pourtant, je crois pouvoir affirmer, d'après des données sérieuses, que dans les collèges dirigés par les Jésuites ou le Clergé les exceptions sont un peu plus nombreuses qu'ailleurs, en raison de la valeur incomparable attribuée à la pureté par l'éducation religieuse. La honte qui résulterait pour le coupable de l'aveu en confession, la surveillance attentive et consciencieuse dont les élèves sont l'objet, l'art pédagogique consommé avec lequel les directeurs manient l'âme adolescente et tirent parti du caractère de chacun, toutes ces influences créent chez beaucoup d'élèves une mentalité spéciale, faite à la fois d'une extrême délicatesse qui, dans la suite, pourra se traduire par le goût des émotions supérieures, mais aussi d'une répugnance mystique pour les choses de la chair, en particulier pour les rapports sexuels, répugnance qui, combinée avec les tentations inévitables, jette pendant quelque temps les consciences scrupuleuses dans un désarroi très pénible. Bien plus, dans certains cas extrêmes et par là même fort rares, il peut arriver qu'une telle éducation se retourne contre son principe et que les tendances sexuelles contrariées dans leur développement normal s'infléchissent suivant des directions latérales, parfois mystiques, dont l'uranisme est le type.
Nos lycéens ignorent en général de telles complications et ceux qui réussissent à se préserver, ne doivent cette immunité qu'à une organisation bien équilibrée où les phénomènes de la croissance se produisent par gradations insensibles sans compromettre ni la santé physique, ni la santé morale. Par malheur ces privilégiés sont rares et, en l'absence de tout effort pour l'enrayer, peut-être de l'idée qu'il y aurait quelque chose à faire dans ce sens, le fléau exerce partout ses ravages et apparaît comme un des principaux destructeurs d'énergie, d'autant plus que, de l'avis unanime, c'est au moment de la puberté et même un peu avant, de douze à quatorze ans, qu'il fait le
4. Cf. E. Lyttelton. Training of the Young in laws of sex (1906), p. 102 et passim.
plus de victimes, c'est-à-dire à un âge où les nouvelles fonctions en voie de genèse peuvent être irréme'diablement compromises et, en compromettant à leur tour, en vertu d'une étroite solidarité psycho-physiologique, la plupart des facultés naissantes, risquent de maintenir le sujet à un étiage d'humanité inférieur à celui qu'il aurait pu atteindre1.
Les causes du mal peuvent être physiques ou mentales, individuelles ou sociales : souvent les unes et les autres agissent de concert sur un même sujet. Parmi les premières, citons : l'hérédité phtisique ou simplement douteuse, le nervosisme, les digestions lourdes, la nourriture échauffante, la malpropreté, surtout locale, les maladies de peau, la constipation habituelle, les dépôts urinaires, les longues convalescences, la chaleur, l'action du printemps, la trop longue durée de la position assise, les flâneries matinales au lit, la vie sédentaire, la faiblesse musculaire, etc.
Parmi les influences psychologiques, il importe de signaler la précocité mentale comme exigeant une surveillance de tous les instants, surtout quand elle s'allie à une excitabilité trop grande et à la difficulté des réactions d'origine centrale. La curiosité naturelle à un garçon très intelligent le pousse aux investigations les plus variées, en particulier à celles qui ont pour objet les questions sexuelles, à cause de leur nouveauté et de l'intérêt trop vivement senti qu'elles présentent dans sa propre personne. De là à tenter des expériences dangereuses, il n'y a qu'un pas, en général vite franchi. De plus, comme le développement intellectuel, du moins encore à cet âge, ne va pas sans la prédominance d'une imagination active, les associations les plus variées, les créations les plus séduisantes, risqueront de parer la sensation brute d'un riche vêtement de représentations idéales et par là de consolider singulièrement la tyrannie des mauvaises habitudes. Lorsque M. Payot affirme comme certain dans son Éducation de la volonté « que le malheureux atteint
i. Quelques physiologistes pourtant, entre autres Maudsley {Pathology of Mind, 399 sqq), considèrent les conséquences morbides de ce vice comme moins dangereuses, s'il a été contracté avant l'établisssement de la fonction sexuelle. Voir St. Hall, ï, 446.
de cette névrose est réduit à ses propres sensations sans mélange de sentiments ajoutés » S il énonce un jugement vrai sans doute pour les sensibilités obtuses et les imaginations paresseuses, applicable aussi à quantité d'adolescents amorphes de caractère, mais peu conforme à la mentalité des sujets les plus intéressants. C'est pour ceux-ci surtout que l'ignorance des effets et des causes offre le plus grave danger en permettant aux hypothèses les plus fantaisistes de justifier des défaillances parfois journalières. Les autres ont plutôt tout à craindre de l'oisiveté, de la paresse, de la solitude, même et peut-être plus de la solitude à deux. Nunquam duo, semper très, raro quatuor, professent les Jésuites comme un des axiomes incontestables en matière d'éducation morale. En effet, grâce aux scrupules très compréhensibles des parents et des maîtres à renseigner les enfants sur cette question, l'initiation se fait le plus souvent de camarade à camarade : c'est un service, et un service parfois rétribué, que les grands, dans les mêmes divisions d'internes, se chargent volontiers de rendre aux petits. Les occasions se présentent d'autant plus nombreuses que dans beaucoup d'établissements les élèves sont réduits, faute de jeux, à s'amuser les uns des autres, à se rouler dans la poussière et la boue, ou à se raconter, dans de fastidieuses promenades, leurs exploits et leurs projets vus sous l'angle spécial à cet âge. Ces parlottes, se répétant plusieurs fois par jour, créent peu à peu par suggestion mutuelle dans l'intérieur des lycées ou collèges une mentalité commune où, conformément aux lois qui régissent l'esprit des foules, dominent des tendances inférieures en valeur à celles qui différencient la plupart des caractères individuels. L'indulgence générale des internes pour le péché solitaire vient en partie de là, loin d'être due, comme on le pense généralement, à la suppression de la vie de famille. Car, la faiblesse presque universelle des parents pour leurs enfants, leur adoration aveugle, risquent trop souvent de débiliter le caractère adolescent et de diminuer sa force de résistance contre les tentations qui l'assaillent à la fois du dedans et du