CHAPITRE II
Malgré leur importance, les discordances organiques dont on vient de voir un aperçu, contribuent moins à l'état précaire de la mentalité adolescente que les vicissitudes que traverse la vie proprement spirituelle avant de parvenir à s'organiser. La plupart des formes nouvelles où essaye de se déterminer la conscience du pubère restent étrangères les unes aux autres, même si elles possèdent des points communs, à plus forte raison si, comme il arrive souvent, elles sont disparates ou contradictoires.
Pour devenir solidaires les unes des autres, elles auraient besoin de se maintenir pendant un certain temps a la surface claire de la personnalité naissante ; or, en général, c'est le contraire qui se produit. Leur instabilité est telle et tel le bouillonnement de l'âme adolescente, que la plupart des tendances, après avoir émergé un instant, sombrent à nouveau, parfois pour toujours, dans les profondeurs de l'inconscience. Aussi se passera-t-il des années avant que des habitudes mentales s'organisant dans des directions définies, créent dans l'esprit un état d'équilibre assez stable pour lui permettre de s'accommoder à lui-même et au milieu. En attendant, le pubère vit inadapté ; la plupart de ses souffrances, de ses erreurs et de ses fautes viennent de là.
St. Hall1 dresse de ces contrastes et de ces fluctuations un tableau presque aussi rigide que celui des catégories de Kant ;