‹ L'ame de l'adolescentChapitre 213 sur 234 · Lagrange. Op. cit., p · texte numérisé non relu

Lagrange. Op. cit., p

De tels procédés présentent pour la jeunesse le précieux avantage de donner satisfaction à l'instinct social naissant tout en combinant dans l'exercice de l'activité physique l'utilité du travail à l'agrément du jeu.

Parmi les modes d'activité susceptibles d'exercer sur les adolescents l'influence la plus salutaire, il n'en est pas peut-être de plus efficace que le jeu. Tandis que les autres genres d'exercices laissent inemployée une part plus ou moins grande des forces physiques et mentales, le jeu, au contraire, exige la contribution harmonieuse de toutes les facultés à une même opération, et par là, il favorise considérablement la formation de la synthèse éthologique que doit poursuivre l'éducateur.

Si l'on peut assez souvent, à la manière dont se comporte un garçon en jouant, préjuger de son caractère futur, c'est moins à cause de la spontanéité des actes accomplis que de la forme synthétique qu'ils revêtent. Là réside le principal avantage des sports, celui dont les autres découlent en partie. La combinaison des efforts y est si naturelle qu'elle crée entre les joueurs un lien de solidarité analogue à celui qui discipline un instant l'anarchie intérieure dont souffrent la plupart d'entre eux. On sait que dans les concours sportifs le succès dépend avant tout de la cohésion des joueurs, de leur esprit de discipline, et on a souvent attribué l'infériorité fréquente des équipes françaises au particularisme de nos jeunes compatriotes, à la difficulté qu'ils éprouvent, tout comme leurs aînés déjà citoyens, à subordonner leurs désirs individuels à l'intérêt du groupe dont ils font partie. Aussi pour créer les habitudes nécessaires à la genèse de l'esprit civique, peu de moyens sont-ils aussi efficaces que les sociétés sportives formées par des adolescents, parce que la plupart des associés, se rendant comptent bientôt à quel point leur fantaisie ou leur vanité compromettrait le triomphe convoité, ne tardent pas à désirer la discipline avec la même ardeur que la fin dont elle est le moyen Si l'on remar-

que, en outre, que dans les jeux l'esprit d'organisation s'allie avec les formes les moins dangereuses de la combattivité juvénile, que celle-ci a besoin, en particulier chez les garçons sages et robustes, d'un dérivatif empêchant la tension intérieure de se libérer par des explosions dangereuses, on pensera peut-être que les jeux contribuent pour une certaine part a l'éducation de la volonté; d'autant plus que l'émulation qu'ils suscitent, la gaieté qui les accompagne incitent les concurrents à donner sans fatigue leur maximum d'effort dans les directions les plus diverses et les empêchent ainsi de se chrysalider avant l'heure dans une maturité contraire à la nature. C'est là un des avantages que faisait valoir en Prusse une circulaire du ministre de l'Instruction publique, Gustave von Gossler1. Il y était dit aussi que les jeux produisent de la joie même pour l'avenir et que sans eux il n'y aurait aucune école pour la formation de la volonté, aucune occasion pour les jeunes gens de prendre des décisions spontanées ou d'accomplir des actes de vigueur : ce qui rappelle le mot de Rousseau : « Je soutiens que la seule morale à la portée du présent siècle est la morale du bilboquet» 2.

Le fait est que les pays où l'éducation vise à la formation du caractère autant qu'à la culture de l'esprit, ont fait une large part aux exercices sportifs. Sans remonter jusqu'aux exemples si connus de l'antiquité grecque, rappelons que Guts Muths, l'auteur du plus ancien traité de gymnastique3, recommande les jeux comme faisant partie de l'éducation juvénile. Dans l'ouvrage qu'il a écrit sur cette question4, on lit que nous devons conduire tous les jours nos enfants aux jeux comme on les conduit au travail. Nulle part, on le sait, les idées de ce genre n'ont été mises en pratique comme chez les peuples anglo-saxons. « Les Anglais, dit de Garmo5, s'entendent à former un homme de

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