‹ L'ame de l'adolescentChapitre 218 sur 234 · II, p · texte numérisé non relu

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est-il que les grands garçons ne perdent pas l'habitude de jouer; peu importent les amusements qu'ils préfèrent, pourvu qu'ils ne suscitent pas, entre autres conséquences fâcheuses, une fougue excessive de mouvement d'où résulterait un surmenage d'une autre espèce. Or c'est ce qui a lieu très souvent dans la pratique des sports que les jeunes gens cultivent avec le plus de passion, en particulier dans la marche, le cyclisme, le canotage. C'est dans les conditions où ces exercices ont le plus d'utilité, c'est-à-dire quand ils sont pratiqués avec un but à atteindre, qu'ils risquent d'entraîner les jeunes rivaux à des exagérations regrettables. Aussi les néo-pubères devraient-ils être de la part du médecin ou des autres personnes compétentes l'objet d'une surveillance toute spéciale, d'autant plus qu'en matière de jeu la spontanéité du sujet, c'est-à-dire à la fois ses tendances instinctives, son tempérament et sa vitalité comptent parmi les principaux éléments d'appréciation. Sous cette réserve, les rally-papers, les parties de canotage, de chasse, de bicyclette ou d'autres amusements du même genre sont indispensables à tout garçon qu'on veut entraîner à donner sans peine son maximum d'effort. Le cyclisme en particulier, très goûté par la plupart des néo-adolescents, agit de la manière la plus bienfaisante sur leur corps et leur esprit. Non seulement la quantité d'air consommé1, la variété des muscles utilisés, l'allure rythmique du mouvement accélèrent la nutrition, régularisent les fonctions, guérissent parfois les troubles locaux, mais plus efficace encore est le plaisir résultant à la fois de la vitesse obtenue par un faible effort et des représentations fugaces sans cesse renouvelées, dues au rétablissement constant d'un équilibre instable2 et à la diversité des paysages qui se succèdent.

Quant à la chasse elle est à partir de dix-sept ou dix-huit ans le sport juvénile par excellence. On sait avec quelle insistance la recommandent Xénophon et Rousseau. D'après le premier elle est pour les adolescents une école de vérité qui les rend

1. Pour une vitesse de 10 à 12 kilomètres, 5 fois plus qu'à l'état de repos (Marro. p. 328).

2. Voir ïissié. L'entraînement physique. Revue scientifique, 25 juin 1896.

raisonnables et justes1. Le second la considère comme la seule occupation dont l'intérêt soit assez puissant pour distraire l'adolescent des dangers que « la lecture, la solitude, l'oisiveté, la vie molle et sédentaire, le commerce des femmes et des jeunes gens » ne cessent de lui faire courir. « Si la chasse, dit-il avec raison, est jamais un plaisir innocent, si jamais elle est convenable à l'homme, c'est à présent qu'il faut y avoir recours » 2. En effet aucun exercice, surtout dans les pays accidentés, ne contribue autant à augmenter la capacité vitale, à donner au corps les qualités d'endurance et de souplesse nécessaires à l'activité volontaire, à créer dansl'esprit l'attention et la maîtrise de soi, puisque sans elles le meilleur tireur ne saurait atteindre son but. De plus, ce sport par l'intérêt absorbant qu'il suscite, est peut-être le plus puissant dérivatif des émotions sexuelles et un des meilleurs remèdes contre la mélancolie vague qui enchante et consume à la fois, comme on l'a vu, les adolescents imaginatifs. Le bois dont le jeune quêteur scrute tous les taillis, bannit de sa pensée la forêt de myrtes où se profilent indécises d'idéales amours mortes avant d'avoir vécu; le moindre lièvre tapi dans un guéret suffit pour en déloger les fantômes vagues qui le peuplaient jusqu'à l'horizon ; en un mot, le garçon le plus rêveur ne peut, dès qu'il chasse, empêcher le monde extérieur de faire violemment irruption en lui. Pour quelques heures il reprend son àme et ses sens d'enfant, avantage qui serait des plus précieux pour la formation d'une personnalité intégrale si trop souvent il n'était payé par un surmenage plus grave que la fatigue résultant des autres sports. Le premier fusil et le premier permis offrent un danger tout spécial: la fougue des débuts peut être telle qu'au bout de deux ou trois mois des garçons bien portants deviennent hâves, perdent le sommeil, ont de fréquents saignements de nez, parfois risquent des fièvres infectieuses dues à une véritable auto-intoxication. Sauf dans les concours de vitesse, le canotage ne présente pas

1. Sweppovaç xe yàp iroteT xat 8ixa(ouç 8 ta xo èv Tr, àXiqOeta iratoeoecrOac, Cynég., XII, 7. Dans ce chapitre l'auteur fait de la chasse le principe de toutes 1er vertus. Voir aussi les chap. i, 18 ; n, 1, etc.

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