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MENDOUSSE. 19

l'aue de l'adolescent

Gymnastique, jeux et travaux manuels, s'ils étaient pratiqués en même temps, seraient pour le corps l'équivalent de ce que l'instruction encyclopédique est pour l'esprit, une cause de surmenage et non de délassement. Loin de contribuer à la création de cette synthèse harmonieuse qu'est l'état de santé, ils risqueraient de produire ici des hypertrophies, là des déformations, ailleurs des automatismes fonctionnant à part sous la forme de tics, etc. Mais à peine y a-t-il lieu de remarquer que ces modes d'activité doivent alterner les uns avec les autres, même qu'il suffit de quelques-uns d'entre eux, à choisir suivant les goûts du sujet, son tempérament, sa vitalité, etc., pour mener à bonne fin l'œuvre de l'éducation physique.

D'un autre côté, il convient de ne pas oublier qu'à l'inverse de la fatigue mentale, la lassitude corporelle se répare aisément, parce que, entre autres raisons, le pubère y est déjà habitué et que de plus l'organisme humain est adapté à l'effort physique depuis bien plus de temps qu'à l'effort intellectuel. Ceci passerait à bon droit pour une vue a priori assez banale, si je n'avais observé. que, assez souvent, les adolescents de la classe populaire, en particulier les fils de paysan, quoique l'emportant en vigueur sur les jeunes bourgeois, étaient incapables de maintenir aussi longtemps leur attention sur les matières d'enseignement, même sur celles où ils montraient une ingéniosité toute spéciale. — De plus, la fatigue physique peut servir à la cure du surmenage intellectuel en favorisant les fonctions réparatrices telles que le sommeil et la nutrition.

La plupart des « retours » de St. Hall1 mentionnent comme fréquentes des périodes d'insomnie, d'agitation nocturne, suivies par un état plus stable, tantôt pire, tantôt meilleur que le précédent. Peu d'adolescents conservent la régularité tranquille de leurs sommeils d'enfant. Presque tous sont troublés par des rêves, au point que parfois ceux-ci se continuent dans les rêve-

ries du jour, formant ainsi d'innombrables transitions entre le sommeil et la veille et fatiguant le dormeur jusqu'à lui faire éprouver au réveil un sentiment de lassitude inconnu auparavant. Bien plus, certains sujets en arrivent à considérer comme perdu le temps passé à dormir, ils deviennent noctambules autant par aversion pour le sommeil que par désir de savourer dans l'obscurité une liberté plus complète. Si à ce régime se joint la fatigue mentale, l'insomnie devenue chronique ne tardera pas à produire ses effets habituels, tandis qu'en général les exercices physiques suscitent dans l'organisme un besoin irrésistible de sommeil ; il va sans dire qu'une dépense d'activité intensive exige pour l'élimination des déchets ponogènes plus d'heures de repos qu'on n'en accorde d'habitude aux jeunes gens.

Au contraire du sommeil, la nutrition du pubère est plutôt en progrès. D'après un proverbe allemand l1 tout garçon qui croît a un loup dans l'estomac. « Dans l'enfance, écrivait déjà Rousseau2, on ne songe qu'à ce qu'on mange, dans l'adolescence on n'y songe plus, tout est bon et l'on a bien d'autres affaires. » Les alternatives de voracité et d'inappétence 3 s'expliquent peut-être par les exigences d'un métabolisme intensif et par le surmenage auquel elles soumettent le tube digestif, dont les surfaces absorbantes croissent moins vite que la surface du corps 4. Or tandis que le travail mental semble ralentir l'assimilation, les exercices physiques lui impriment presque toujours une brusque accélération. Les recherches de M. Binet, dont il a été déjà question, donnent pour les mois d'octobre, novembre et décembre 1899 une consommation de pain descendant à 799gr,3 les jours de composition, tandis que celle de la veille s'élève à 827 grammes5. Les jours de promenade présentent une légère augmentation, suivie d'une diminution le lendemain 6. Plus

1. Sanford Bell.-Study of the psychology of foods, Ped. sem., XI p. 84.

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