‹ L'ame de l'adolescentChapitre 25 sur 234 · Page · texte numérisé non relu

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4. Je puis citer, entre autres cas, celui d'un étudiant en médecine qui était au comble du bonheur, lorsqu'il pouvait se montrer en public en compagnie d'une dame tarifée assez haut par l'opinion. Peu lui importaient son âge et le reste. Il collectionnait des photographies d'actrices et de professionnelles célèbres et les montrait à ses parents en laissant entendre

excitations sensorielles qui alimentent le désir, apportent du dehors un surcroît d'énergie, tandis que dans la jouissance solitaire, la fièvre des sens est remplacée par une sorte d'éréthisme cérébral et d'état hallucinatoire qui peut provoquer non seulement un épuisement rapide, mais peut-être une folie spéciale ou les pires perversions.

Ce dernier cas peut se produire avec d'autant plus de facilité que l'instinct sexuel se manifeste d'abord à la conscience sans une direction précise et sans des représentations bien déterminées. La puberté est une « période de nébulosité intellectuelle » 1 où les associations les plus diverses, souvent les plus inattendues, servent de support aux émotions nouvelles. Tous les intermédiaires entre le platonisme et la sensualité sont également possibles : il en est du besoin sexuel comme de la faim , bien que localisé en apparence dans certains organes, il traduit en sensations les besoins propres à chaque cellule, comme l'amour traduit l'aspiration de chaque pensée vers la plénitude de la vie consciente. Et de même que le petit enfant cherche à satisfaire son besoin de nutrition avec de la terre et d'autres substances immangeables, de même pour l'adolescent, surtout s'il est affaibli et irrité par l'abus de soi, il n'est pas d'attitude, de jeux de physionomie, de détail dans le vêtement, d'objet inerte ou animé, idéal ou réel, qui, dans certains cas, ne fournissent à son appétit naissant un aliment érotique. L'hérédité semble sinon jouer un rôle prédominant dans ces dispositions, du moins offrir à leur développement un terrain favorable 2, surtout quand elle est lourde d'anomalies nerveuses ou mentales : les premières impressions psycho-sexuelles risquent dans ce cas de se consolider en des tendances assez fortes pour marquer la personnalité de leur empreinte. Au moment où le caractère encore neutre présente un aspect chaotique où se démêle confusément le conflit

qu'il était l'obligé de toutes ces dames. Et ceux-ci, petits commerçants aisés, l'admiraient avec une ferveur sincère, — au point qu'ils trouvèrent tout naturel d'entretenir jusqu'à trente ans près la Faculté un garçon aussi irrésistible.

1. Rodolfo Senet. Patologia del instinto de conservation (Buenos-Ayres, 1906), p. 153.

2. Cf. Sturgis. Sexual debility in man (N.-Y., 1900), pp. 99 sqq.

entre les éléments masculins et féminins, diverses circonstances peuvent favoriser la formation d'âmes bisexuées ou inverties \ Par contre, innombrables sont les dérivatifs que les sujets sains peuvent trouver à leur ardeur, surtout quand ils sont aidés par la sollicitude discrète d'un éducateur renseigné : non seulement les qualités sexuelles secondaires telles que le désir de plaire, le courage, le goût intelligent des formes esthétiques, peuvent passer au premier plan de la conscience, mais encore il est possible d'utiliser l'énergie nouvelle pour des acquisitions plus hautes et de la diriger vers les fins impersonnelles d'où il ne lui sera plus permis dans la suite de se détourner complètement.

Les perturbations liées à l'avènement de la puberté n'affectent pas toutes la fonction sexuelle. Avant que le cerveau ne réagisse par inhibition sur les impressions nouvelles, il y a souvent une période de désordre général où l'incoordination, selon M. Janet, peut aller jusqu'à présenter les principaux symptômes de l'hystérie. La plupart des auteurs, Klein, Landouzy, Briquet, duSaule, Baillarger, etc., concluent de leurs observations à l'existence d'un rapport étroit entre cette maladie et la formation pubère. Même chez les adolescents normaux, il est commun de rencontrer des troubles rappelant 1' « état mental des hystériques », surtout lorsque par suite des circonstances aussi bien que de l'âge, les sujets se trouvent subitement en présence des graves problèmes de la vie tels que le choix d'une carrière, le sens de l'amour, la valeur des croyances religieuses ou philosophiques. A moins d'une vigueur exceptionnelle de corps et d'esprit, ils se trouvent débordés par l'afflux des sensations et des idées nouvelles : la puissance de synthèse s'affaiblit, la conscience subit comme un rétrécissement de l'angle visuel et se laisse parfois envahir par des idées parasites d'autant plus aptes à tourner à l'obsession que leur victime n'ose presque

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