‹ L'ame de l'adolescentChapitre 26 sur 234 · Cf. St. Hall, II · texte numérisé non relu

Cf. St. Hall, II

jamais confier à autrui les pre'occupations puériles et indéfinissables dont elle est assiégée. Peut-on dire même que ce sont des idées? Le flou des représentations est tel au début que le sujet ne se rend presque jamais bien compte de ses désirs ou de ses regrets, du but qu'il poursuit ou des motifs qui le poussent à agir. Ses contradictions n'ont pas de peine à se confondre dans l'indécision d'un même état affectif, comme on peut le constater, par exemple, dans les affaires soumises aux Conseils de discipline. En général le jeune inculpé allègue pour excuser son acte des raisons pour la plupart fictives ou incohérentes, mais presque toujours sincères, et il ne tarde pas à éprouver d'abord de l'embarras, puis une émotion très vive, quand des interrogations adroites l'amènent peu à peu à se convaincre de la futilité de ses griefs.

Les alternatives d'exaltation et d'abattement se produisent souvent avec une régularité qui fait songer à une influence analogue à celle qui, d'après M. Janet1, contribue tous les mois à déterminer des obsessions et des phobies chez certaines jeunes filles en voie de formation 2. L'illusion affective etl'obnubilation intellectuelle sont normales pendant les premières années de l'adolescence. En effet, physique ou morale, la puberté consiste encore moins dans l'acquisition de facultés nouvelles, malgré l'importance de celles-ci, que dans un changement parfois radical des rapports unissant les éléments déjà existants, ou dans le travail nécessaire à la fusion de la personnalité nouvelle avec l'organisation préétablie. Les goûts préférés, les idées familières tombent peu à peu dans l'inconscient, tandis que surgissent dans la pleine clarté de l'esprit des désirs demeurés jusque-là à l'état d'obscur pressentiment. Dans la conception d'ensemble que le sujet se fait de la vie, une véritable interversion des valeurs se produit reléguant au dernier plan les intérêts jusquelà dominants, tandis que se dessinent peu à peu des tendances différentes sollicitant l'activité juvénile vers des fins indéfinies sans doute, mais jugées supérieures à la réalité déjà vécue.

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