Cité par Marro, p
De fait, l'isolement, le mystère, les obstacles produisent une curiosité insatiable, une excitation morbide bien différentes de cette familiarité naturelle d'où résulte avec une connaissance de bon aloi, l'habitude de goûter ensemble des plaisirs n'ayant rien de commun avec les relations sexuelles1. Aussi M. von den Steinen avait-il raison de s'écrier : « Recherchez la société des jeunes filles honnêtes, des jeunes filles de votre monde, et cela vous dégoûtera des autres » 2.
Il ne faudrait pourtant pas s'exagérer la vertu de telles fréquentations. Sans doute l'amour et la débauche vont rarement ensemble et leur antagonisme est plus qu'un thème à développements littéraires. Peut-être chez les adultes les deux termes sont-ils inconciliables, au moins dans les natures d'élite : mais si l'on songe que pendant les premières années qui suivent la puberté, il n'est guère d'excitation qui ne puisse revêtir un caractère érotique, on est fondé à se demander jusqu'à quel point la fréquentation de l'autre sexe, par suite, la multiplication des stimulants pour les sens et l'imagination pourraient contribuer à calmer l'obsession du désir. A vrai dire, il s'agit ici d'une question d'espèces et même d'individus. Comme on le verra dans le chapitre suivant, l'amour adolescent peut rester pur, même s'ennoblir parmi des dangers dont plus tard il aurait peu de chance de sortir indemne. En tout cas, une camaraderie de bon aloi peut exister aussi bien entre garçons et jeunes filles qu'entre adolescents du même sexe, à une condition pourtant: il ne faut pas que les rencontres, les occasions de se voir soient peu fréquentes et puissent être escomptées d'avance comme un événement attrayant parce qu'exceptionnel. Si elles sont journalières, elles agiront à la façon semi-consciente d'une habitude naturelle ; multiples et continues, les excitations se fondront les unes dans
1. Cf. Elis. Blackwell. Op. cit., p. 117, St. Hall, II, 618 et passim, etc.. Voici un témoignage tout récent : « Gomme on a tort de redouter pour le jeune homme le contact de la jeune fille... De lui elle n'a rien à craindre. Près de cette vierge il oublie les bas plaisirs. Il en a honte et dégoût. Elle serait sa meilleure éducatrice, son ange gardien au vrai sens du mot. » P. Margueritte. Les jours s'allongent {Roman et Vie, 15 janvier 1908). Cf. dans le n° du 1er janvier, les conseils du même auteur sur l'instruction sexuelle.