‹ L'ame de l'adolescentChapitre 35 sur 234 · Pour la pédagogie, p · texte numérisé non relu

Pour la pédagogie, p

homme d'esprit et de cœur. L'influence personnelle », le don naturel qui consiste à trouver d'instinct les mots et le ton qui conviennent, sont ici des facteurs de premier ordre que rien ne saurait remplacer. Mais tout éducateur consciencieux peut faire jouer certains ressorts de l'âme adolescente avec la quasi-certitude de produire de bons effets. A un âge où l'on rêve de faire grand en toutes choses, la perspective d'une diminution de valeur, la crainte de l'anéantissement en soi des plus précieuses facultés, agissent déjà à la façon d'un frein bien puissant. Le désir de plaire qui résulte de la sociabilité naissante combinée avec le sentiment de la vie intérieure, peut être un précieux auxiliaire si l'on parvient à persuader les élèves que certains vices risquent de se manifester sur leur physionomie par des signes propres à provoquer le dégoût. Plus efficace est peut être encore l'attente de l'amour, jointe à l'idée que la débauche solitaire risque de détruire la possibilité même des joies indéfinies qui dans l'esprit du pubère illuminent la pensée de l'avenir. La littérature et la psychologie sont ici d'un puissant secours. Lorsque l'adolescent commence à se rendre compte de l'enrichissement progressif que dans l'espèce humaine l'instinct de reproduction a dû acquérir avant de devenir le noble sentiment chanté par les poètes, lorsqu'il comprend que la vie affective réduite à la sensation brute est dégénérescence et régression, le sens de la dignité virile commence à s'éveiller en lui 2 ; à mesure que grâce aux progrès de la réflexion et des études morales, scientifiques, etc., il se précise davantage, il offre une des bases les plus solides sur lesquelles l'éducateur puisse fonder son action. Ainsi que le remarque M. Lyttelton 3, il n'est pas de garçon normal qui ne comprenne la noblesse de la fonction reproductrice et ne soit impressionné par cette idée que la vie

1. Le Rev. E. Lyttelton, directeur du Collège d'Eton, considère l'influence personnelle comme la plus efficace de toutes et il déclare quil est indispensable pour le pubère, pendant les deux ou trois premières années de lutte, d'avoir toute confiance en son père, ou bien en un médecin ou un professeur {op. cit., p. 99 et passim.)

2. Cf. l'évolution des quatre groupes de qualités sexuelles d'après G. Loisel. Rev. scient., 30 mai 1903.

Page 1