Op. cit , p
3. Voir sur ce point. : Ernest Dupuy. La jeunesse des romantiques. — C'est au collège ou à l'Ecole normale que Taine se lia avec Prévost-Paradol, Planât, C. de Witt, About, Sarcey, etc.
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exemples du même genre. Le fait seul d'avoir vécu ensemble à cet âge crée entre condisciples une familiarité d'une douceur que plus tard on ne retrouve plus. La plasticité du caractère est telle à ce moment qu'il est presque impossible qu'un régime et une éducation identiques ne créent dans les âmes les plus différentes des parties communes, une sorte de parenté morale dont la formation devient déjà très difficile aux environs de la vingtième année, témoin les nombreux étudiants qui suivent les mêmes cours, prennent ensemble leurs repas, font partie de la même association, sans que la vie universitaire, même les folies commises ensemble, suffisent à nouer entre eux un lien d'une solidité durable. Mais est-il juste de laisser le nom d'amitié aux relations affectueuses entre adolescents ? A sa naissance la sympathie juvénile, quel qu'en soit l'objet, présente confusément mélangés quelques-uns des caractères des divers sentiments qui se différencient les uns des autres au cours de l'évolution affective, à moins qu'ils ne s'atrophient faute de trouver l'aliment nécessaire à leur développement. De l'amitié elle a la confiance mutuelle, le besoin d'estime, la communion dans les idées, la poursuite en commun des fins qui font le prix de la vie ; mais elle ressemble peut-être encore plus à l'amour1 par les tendres confidences, les accès de jalousie2, les orages, le besoin de posséder exclusivement, les caresses sensuelles, surtout par une sorte de vague mysticisme où il faut voir une déviation inconsciente de l'instinct sexuel, encore incapable de se formuler en aspirations normales et précises3. Aussi dans ces liaisons les cadeaux4
1. M. Compayré remarque que les amitiés entre adolescents du même sexe, souvent si ardentes et si passionnées, avec leurs effusions et leurs tendresses, avec « les désirs fous de se revoir, comme disait... Emile Bary, sont comme les premières ébauches du véritable amour. » Rev. phil., LXI (1906), p. 375.
2. Cf. Th. Smith. Types of adolescent affections. Péd. sem., XI, p. 197.
3. Voir sur ce point les « retours » de Lancaster. — Quelques romanciers ont noté ces nuances des premiers attachements. C'est ainsi que le Jean-Christophe de R. Rolland tombe amoureux vers les 14 ans, d'abord d'un garçon de son âge, « un blondin aux joues roses et rebondies, avec une raie bien sage sur le côté de la tête et une ombre de duvet à la lèvre ». Voir aussi YAndrogyne de Péladan.
4. J'ai connu un gamin de 14 ans qui vola 40 francs à ses parents pour faire cadeau d'une canne-fusil à un ami du même âge.
tiennent-ils une grande place, surtout ceux qui valent comme souvenirs, et que pour ce motif on garde sur soi comme de précieux témoins. De longues lettres sont échangées que, sans les noms et l'orthographe, on pourrait croire écrites par des jeunes gens de sexe différent. Malgré les dangers que présente un tel état d'esprit, surtout dans les internats, on doit lui reconnaître certains avantages incontestables : En premier lieu, il faut y voir à la fois la manifestation peut-être la plus nette de l'altruisme naissant et un des moyens assurant la sauvegarde des tendances affectives, trop souvent compromises par la sécheresse de notre éducation; de plus, la personnalité de l'ami, à cause du travail de cristallisation qu'elle suscite, équivaut, au moins pour les délicats et les intelligents, à leur conscience morale objectivée; d'où naturellement un effort constant vers les diverses formes de la supériorité physique ou mentale.
Peut-on en direautant des relations entre grandsetpetits, aussi fréquentes sinon plus qu'entre adolescents du même âge? Les quelques éducateurs qui s'en sont occupés, s'accordent en général, surtout à l'étranger, à les considérer comme nuisibles. Le livre de EnnisRichmond, Throughboyhood tomanhood, représente assez exactement l'état moyen de la conscience anglaise à cet égard. L'auteur croit que ces liaisons, innocentes au début, prennent fatalement un caractère sensuel à cause de l'obsession des nouvelles tendances chez le grand et du manque de rapports intellectuels résultant de l'inégalité du développement mental1. Il affirme que ce « vice » existe jusqu'à un certain point dans toutes les écoles et qu'il ne peut en être autrement, les garçons passant ensemble les deux tiers de l'année, alors que la loi naturelle exigerait qu'une partie du temps fût consacrée à la fréquentation des jeunes personnes de l'autre sexe 2, mais il incrimine surtout l'ignorance systématique où sont laissés les intéressés : quelque violents que soient les désirs nouveaux, dit-il en substance, le sujet bien renseigné pourrait les maîtriser, comme il s'abstiendrait de boire, fût-il altéré, à une source qu'il saurait