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l'amour 59
empoisonnée *. D'après cet auteur, les conséquences morales et sociales de cet état de choses seraient déplorables, d'autant que le mal échappe aux parents et aux maîtres : «les garçons sentent qu'ils ont parmi eux une hideuse chose dont personne ne connaît l'existence », et dont ils n'oseraient parler à ceux dont ils reçoivent les directions; ainsi la loyauté serait encore plus compromise que les mœurs.
Il y a là une exagération visible. D'abord en France, sauf peut-être dans les établissements congréganistes où surce point une sorte de tradition semble se perpétuer parmi les élèves, les amitiés de ce genre ne sont pas aussi fréquentes qu'entre adolescents du même âge: sans doute, là où elles existent, la difficulté de communier dans la poursuite d'un même idéal impersonnel, l'aspect encore asexué du plus jeune, la câlinerie habituelle aux enfants, rendent la sauvegarde intérieure moins sûre, la tentation plus vive et la déviation des instincts naissants plus facile2. Pourtant, si par ailleurs les intéressés ne sont pas sujets à caution et vivent dans un millieu sain, surtout si l'éducation sexuelle duplus grand a été raisonnablementconduite, les mêmes bons effets dont il a été question plus haut auront des chances de se produire, avec cette nuance qu'à la communauté d'idées et de goûts se substituent des sentiments de sollicitude d'une part, de déférence d'autre part, qui rappellent le lien unissant entre eux un jeune garçon et son frère aîné ouparfois un enfant et son père peu âgé, quand celui-ci a su garder l'adolescence du cœur. Je choisis, parmi des documents assez nombreux justifiant cette manière de voir, deux pièces significatives. La première est extraite dujournal d'un jeune homme de dix-sept ans, élève de philosophie chez les Jésuites, l'autre d'une lettre écrite par un garçon de quatorze ans, élève de seconde dans un lycée, à deux étudiants qui, les années précédentes élèves dans le même éta-