‹ L'ame de l'adolescentChapitre 43 sur 234 · ans · texte numérisé non relu

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l'amour

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Mes chers amis,

... Il me semble que ma lettre vous fera l'effet de quelque chose de fané, de flétri alors que, malgré votre éloignement qui m'attriste, je sens sourdre en mon cœur une petite joie douce venue je ne sais d'où... Je suis incapable d'aligner sur le papier une faible partie de tout ce que je pense, de tout ce que je ressens à votre sujet ; ne vous moquez que modérément de moi et n'épluchez pas ma lettre, elle tomberait en poussière comme un pétale défunt...

J'étais bien triste quand je suis parti... Je restais dans l'encadrement de la portière tandis que vous souriiez sur le quai. Après je vous ai vus disparaître et les arbres qui fuyaient, les poteaux télégraphiques me paraissaient tristes, même le soleil. Pensez un peu à moi qui suis seul loin de vous et qui pense à vous. Je suis un pauvre enfant que vous avez trouvé au bord de la route. Vous m'avez relevé, je vous ai suivis, je vous ai aimés. G... m'a appris à faire des vers, A... la douceur d'une amitié (Ici une déchirure du papier)... Je me suis confié à vous... Peut-être serons-nous pendant bien longtemps séparés. Et puis cette différence d'âge qui effraye tant les parents, nous empêche de vivre ensemble... Plus tard, quand on est devenu des hommes, les amitiés nouées dès l'enfance sont plus fortes que jamais, mais elles ont perdu presque tout le charme des petites amitiés douces et sincères entre grands et petits. Je ne voudrais pas vous embêter avec ces idées noires..., mais c'est seulement pour vous .faire comprendre que nous devons profiter des rares instants où nous pourrons être ensemble réunis. Amusez-vous bien et ne m'oubliez pas... Si G... voulait, je lui serais bien obligé de me corriger quelques vers du cahier... Je redoute vos railleries. Mes armes sont bien faibles pour m'en défendre... Je vous embrasse bien sincèrement, mais un peu timidement cependant. Je supplie G... de ne plus me faire rougir; car cela m'est très facile...

On comprend pourquoi toute sensualité est absente du second document, tandis que l'idée de la chute possible, bien qu'écartée avec horreur, persiste en sourdine dans le premier. Là est le danger: si la fréquentation entre les deux amis devenait exclusive et prolongée, le vertige moral résultant de la hantise des mêmes représentations ne tarderait pas à produire son effet. Mais le plus souvent la rareté ou le peu de durée des moments passés ensemble, la réduction des désirs anormaux par Pin-

fïuence de la famille, le grand air de la vie sociale empêchent ces liaisons de se pervertir : bien plus, les cas ne sont pas rares où le grand use de son influence pour guérir le petit ami de mauvaises habitudes contracte'es avant l'heure.

En somme, la valeur morale des amitiés adolescentes estsubordonnée à celle des individus et du millieu. Mais on ne saurait trop insister sur leur importance psychologique. Elles fournissent dans l'état actuel du régime scolaire le moyen le plus sûr d'observer l'éveil des sentiments propres à l'espèce humaine et de prévoir chez les différents sujets le degré d'altruisme dont ils sont capables. Si nous laissons de côté les cas d'évolution rapide ou capricieuse se produisant encore entre vingt et trente ans, ces changements brusques que les pédagogues américains se plaisent à décrire sous le nom de conversion l, il reste qu'un garçon incapable d'amitié pendant les quelques années qui suivent l'avènement de la puberté a peu de chances de s'oublier jamais pour quelqu'une des fins désintéressées qui sont le privilège de la conscience humaine.

Si la coéducation devenait la règle générale, les données du problème étant autres, peut-être faudrait-il en tirer une autre solution : a priori il semblerait que dans ce cas les amourettes entre adolescents de sexe différent lussent la règle générale, et il n'est pas douteux que le danger qui en résulterait pour les élèves, n'apparaisse à beaucoup de bons esprits comme le principal obstacle s'opposant à l'institution d'un tel régime. Or, dans les pays où il est en vigueur, les faits ne justifient nullement des craintes de ce genre. Aux États-Unis, par exemple, la coéducation n'est pas seulement une institution d'Etatet la règle officielle des écoles publiques, mais adoptée par l'opinion, elle est d'un usage général dans les écoles de toute catégorie et de toute confession, sauf dans celles qui dépendent de l'Église romaine,

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