Op. cit., p
4. Un des résultats de l'enquête de Th. L. Smith. Op. cit: p. 186.
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à vingt ans, se sont épris avec passion des créatures idéales forgées par la poésie, par l'histoire ou par eux-mêmes. A quatorze ans, Loti, malgré ses efforts, ne réussit pas à tomber amoureux de sa petite compagne de jeux, que pourtant il affectionne beaucoup, et s'éprend d' « une vision de rêve* » qu'il ne peut oublier : « Je l'aimais, je l'aimais tendrement ; dès que je repensais à elle, tout ce qui n'était pas elle me semblait, pour le moment, décoloré et amoindri. C'était bien l'amour, le vrai amour, avec son immense mélancolie et son immense mystère, etc. » 2 Tout le chapitre serait à citer. Moins profonde peutêtre, mais plus large et plus circonstanciée est l'émotion que Chateaubriand éprouve dans des conditions analogues : « Les portraits des grandes dames du temps de François Ier, de Henri IV et de Louis XIV, dont le salon était orné, m'avaient fourni d'autres traits et j'avais dérobé des grâces jusqu'aux tableaux de Vierges suspendus dans les églises... Pygmalion fut moins amoureux de sa statue... Un seul de ses regards m'eût fait voler au bout de la terre, etc. » 3. Shakespeare n'a-t-il pas donné à Roméo une maîtresse imaginaire avant de lui faire rencontrer Juliette?
Entre des exemples de ce genre et les cas ordinaires il y a une différence de degré, non de nature. Le plus souvent la vision idéale a son origine dans un fait d'expérience ; mais l'événement ou l'objet les plus insignifiants peuvent amorcer les réactions sentimentales où s'exprime avant tout la nature propre du sujet. J'ai connu un élève de seconde qui, devenu amoureux d'une image représentant Henriette d'Angleterre, passait de longs moments sur sonDuruy à la contempler. Un des correspondants de Théodate L. Smith4 s'éprit à quinze ans d'une jeune fille sur son portrait et la description d'un ami, au point d'y rêver pendant le jour et de s'interdire les actes qu'elle n'aimait pas. Parfois même l'auréole poétique nimbe des fronts où elle n'a que