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faire. Que de jeunes gens ont cru avoir leur « Dame aux Camélias » ! Même banal et sensuel, leur attachement est rarement vulgaire : dans les pires rencontres, il conserve presque toujours une sorte de chasteté naïve à cause de la nouveauté des sens et de la fraîcheur des émotions, tant il est vrai que « l'amour est dans celui qui aime et noi, dans celui qu'on aime » *.

Peut-être faut-il rattacher à ce besoin de rêve et d'adoration le goût fréquent des néo-pubères pour des femmes ou des jeunes filles plus âgées qu'eux-mêmes, tandis qu'à mesure qu'ils avancent en âge, leurs préférences vont vers des personnes de plus en plus jeunes : dans le sentiment d'un garçon de quatorze à dixhuit ans, quelque chose de filial, la déférence et la soumission habituelles aux enfants, la joied'être guidé, l'illusion d'être«converti » ou « sauvé » se mêlent à l'attrait sexuel. Pendant quelques années encore le sujet éprouvera un charme exquis à se sentir protégé autant qu'aimé, comme si d'instinct il se rendait compte de ce qu'il y a de fragile et de provisoire dans sa virilité de fraîche date. D'ailleurs « à la première explosion des passions » se mêle toujours quelque puérilité : M. Compayré2 cite comme exemple la déclaration de Em. Bary à une jeune fille dont il est épris : « 0 toi, écrit-il sur son cahier, dont le nom fait palpiter mon cœur; chef-d'œuvre du ciel, ... entends la voix plaintive de ton Emile. . . » et ce long morceau aussi emphatique que sentimental se termine ainsi : « Je joue à la balle pour la première fois. Mon adresse et un trou que j'ai à ma culotte font un grand progrès... »

Mais, quel qu'en soit l'objet, l'amour sexuel risque fort à cet âge de n'avoir qu'une durée éphémère parce que les particularités de visage, d'esprit ou de manières qui l'ont éveillé ne conservent pas longtemps le même rang dans l'ordre des préférences juvéniles toujours sujettes au changement. Même ardent et sincère, il ne tarde pas à passer à l'arrière-plan de la conscience où il n'apparaît plus que comme une chimère ou un doux rêve, suivant l'expression d'un correspondant de Théodate L. Smith3,

1. R. Rolland, Jean-Christophe, III, L'adolescent, pp. 168-173.

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