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l'amour 69
qui à quinze ans était tombé amoureux d'une jeune fille de dixsept ans.
« C'est une erreur, dit M. Ribot parlant de l'émotion sexuelle, de supposer qu'elle peut être dérivée de l'émotion tendre ou que celle-ci en dérive1 » ; et faisant siennes les idées de Spencer2, il considère l'amour comme un sentiment très complexe résultant del' « adjonction » à l'instinct sexuel d'impressions diverses et de sentiments élémentaires dont l'affection est le plus important ; mais l'instinct proprement dit n'en serait pas moins à la base de l'édifice, même quand celui-ci s'élève jusqu'à la pure intellectualité de l'amour platonique ou mystique. Si la psychologie de l'adolescent confirme comme normale la disjonction de la tendresse et de la sexualité, elle semble par contre poser le premier terme comme antérieur au second et montrer dans le platonisme non un « appauvrissement » 3 et comme une limitation de l'amour, mais plutôt une émotion aux formes ondoyantes, si variées que l'adjonction de l'instinct sexuel, quelque nécessaire et féconde qu'elle soit, aura pour effet, sauf chez les sensitifs, d'étouffer en germe de véritables créations affectives que seules la plasticité et la contingence des premières émotions rendaient possibles. En effet, l'amour adolescent est aussi plastique que la sympathie 4, il en est une espèce presque coextensive au genre. L'une et l'autre inclination naissent en même temps. Si le petit enfant rit et pleure en voyant rire et pleurer, c'est par l'effet d'un véritable réflexe où le plaisir et la peine ne jouent d'autre rôle que celui de traduire, après coup, un nouvel état organique. D'autre part, le garçonnet se représente difficilement les émotions d'autrui ; à plus forte raison éveillent-elles en lui peu de sentiments bienveillants. Qui n'a été frappé des rires et des moqueries dont les enfants de dix à quatorze ans