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CHAPITRE PREMIER

L'enfance et l'adolescence sont peut-être les deux périodes de la vie humaine les plus distinctes l'une de l'autre malgré les confusions fréquentes auxquelles elles ont donné lieu. De la naissance à la puberté, l'enfant, quoique passant par des époques critiques, se développe suivant une évolution régulière où chaque phase se dessine comme une organisation plus riche et plus définie des caractères apparus aux moments précédents. Au contraire, on verra qu'à partir de l'âge critique, le caractère s'organise ou se décompose par variations souvent brusques, presque toujours inattendues. De plus l'adolescent manifeste avec exagération le désir d'autre chose, le besoin de se dépasser qu'on peut considérer comme la marque la plus nette distinguant l'homme de l'animal, tandis que le jeune garçon s'adapte en général à ses conditions d'existence avec une aisance comparable à celle de l'instinct. En particulier, U période qui s'étend de la huitième à la treizième année, rappelle par bien des traits la maturité propre aux adultes qui n'ont à peu près rien gardé de la mentalité de leur jeunesse.

A aucun autre moment de la vie en effet, on ne trouverait

MENDOUSSE.

autant d'harmonie entre le tempérament et le caractère, entre les exigences de la vie intérieure et celles du dehors, entre l'idéal et le réel.

La croissance en taille et en poids subit un ralentissement provisoire1, presque un arrêt dans certains cas. La force musculaire progresse lentement 2 ; le cerveau a atteint presque son maximum de grosseur et de poids ; la dentition, très avancée, donne rarement lieu à de vives souffrances ; la santé générale, même chez les sujets jusque-là assez fragiles, se relève ; à la courbe ascendante de la vitalité correspondent une endurance extrême, une résistance exceptionnelle à la fatigue musculaire et même nerveuse3; rapides et vigoureuses, les réactions suivent à l'instant même, avec la précision d'un réflexe, les impressions qui affluent de toutes parts grâce à l'acuité des sens, en particulier de la vue et du sens musculaire. D'où deux conséquences très caractéristiques de cet âge : l'immunité vis-à-vis du danger et l'absence presque complète de vie intérieure, l'âme de l'enfant se diffusant sans arrêt dans la multitude des formes et des objets dont se compose la nature, chaque jour découverte avec la même surprise et le même bonheur.

Et d'abord, à aucun moment de la vie on ne jouit d'une sécurité aussi complète. Les forces extérieures, jusque-là souvent hostiles et qui le deviendront encore plus, semblent avoir conclu avec le jeune garçon un pacte d'amitié. Qui d'entre nous n'a frémi quelquefois à la vue d'un petit polisson perché au haut d'un peuplier, ou bien se promenant sur les toits ou sur le parapet d'un pont avec cette insouciance que donne seul le sentiment d'une parfaite sécurité. Et de fait, rares sont les accidents et presque toujours sans gravité. Parmi les nombreux faits dont je pourrais illustrer cette vérité, je cite le suivant parce qu'on peut le considérer comme un spécimen de beaucoup d'autres, que chacun a pu observer. Un enfant de dix ans

4. Voir sur ce point : Quételet. Anthropométrie, p. 184, etc. ; Topinard. Éléments d'anthropologie générale, p. 420; Marro. La puberté chez l'homme et chez la femme, trad. Medici, 1901, p. 34; Stanley Hall, Adolescence, I, p. 23.

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