‹ L'ame de l'adolescentChapitre 60 sur 234 · Op. cil.) p · texte numérisé non relu

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l'amour 77

un peu plus avancé, Gœthe crut devoir reconcer à ce qu'il avait aimé et appris jusque-là, et un jour, cédant à un grand mépris de lui-même, il brûla ses poésies, ses essais, etc l. On sait que Stuart Mill et bien d'autres traversèrent des crises semblables.

Les émotions familiales sont sujettes aux mêmes vicissitudes. Malgré l'affection plus vivement sentie pour les parents et le foyer, malgré un attachement si profond pour le pays natal que la plupart des cas de nostalgie, se produisent entre douze et dixhuit ans2, la monotonie delà vie domestique ne tarde pas à fatiguer le garçon le plus aimant, surtout s'il est impressionnable, au point de lui rendre quelquefois intolérables les rapports journaliers avec les personnes de sa famille. « Cette intolérance, dit Michelet3, se fait sentir même dans les familles les mieux équilibrées. » Mais peut-être a-t-il tort d'ajouter que « la voix des parents devient odieuse en raison du ton d'autorité qui offense le sentiment de la personnalité propre, lequel va en augmentant. » Jamais, au contraire, le père, s'il est énergique et intelligent, n'a autant de chances d'exercer une influence salutaire sur son fils, presque toujours désireux, même à son insu, de mettre de la discipline dans l'anarchie douloureuse de ses tendances et de ses idées. Néanmoins il arrive souvent aux jeunes gens les plus affectueux d'éprouver à la maison une irritation sourde qui les porte à tenir des propos désobligeants, surtout à l'égard des frères et des sœurs pourtant tendrement aimés, et à fuir la compagnie des parents. Michelet lui-même causant avec son ami Poinsot, se hâtait malgré son affection pour son père et la bonté de celui-ci, de passer dans les rues basses pour ne pas le rencontrer*. Dans les esprits frustes ou chez les arriérés qui, sous les traits de l'adolescence, gardent un égoïsme enfantin, celui-ci donne fréquemment aux nouveaux désirs un caractère de férocité se manifestant, en l'absence de toute contrainte, plus souvent dans la famille qu'au dehors. Les jeunes voyous qui, après

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