II
se complique, non seulement à cause des variations respectivement indépendantes de l'élément affectif et de l'élément représentatif, mais surtout en raison de la diversité des qualités spécifiques fournies en même temps par le sens du toucher. A priori, il y a lieu de supposer que la sensibilité thermique, la sensibilité à la pression et la sensibilité tactile proprement dite, ne suivent pas une courbe identique dans leur développement. D'autre part, les expériences tentées jusqu'ici dans cet ordre de faits ont eu rarement pour but d'éclairer le côté génétique de la question. Voici ce qu'on peut admettre comme à peu près certain : le sujet réagit avec plus de facilité et d'énergie aux excitations qui agissent à la surface de son corps. Un léger chatouillement, surtout dans l'état de fatigue peut provoquer des mouvements convulsifs. La friction des vêtements, l'impression produite par les objets gluants, graisseux, ou trop secs ou trop mous, donnent lieu à des sensations nettement désagréables, tandis que par contre les contacts veloutés, tièdes et soyeux peuvent, même en dehors de toute représentation érotique, déterminer un état voluptueux. Fait très significatif à cet égard, le baiser ou la caresse, toujours plus ou moins conventionnels pour l'enfant, prennent pour le pubère une valeur émotive autour de laquelle gravitent d'innombrables associations, ce qui tendrait à confirmer la prédominance du rôle, même inconscient, exercé par les conditions psycho-physiologiques de l'amour. Des sympathies et des aversions soudaines suivent parfois une simple poignée de main. Tous les détails intéressant la périphérie de l'organisme acquièrent de l'intérêt. Le sens de la propreté se développe, au point que certains individus trouvent intolérables les moindres taches ou rugosités venant rompre la continuité immaculée de la peau ou du vêtement. De là la tendance presque universelle chez les adolescents à se palper, à s'excorier, à s'examiner dans toutes les glaces ou dans un miroir de poche, leur inséparable compagnon. Peut-être faut-il attribuer en partie cette curiosité de soi au retentissement dans la conscience des changements en voie de s'opérer dans le tissu cutané. En effet, l'épiderme s'épaissit, la pigmentation devient plus dense, l'humeur sébacée et la sueur aug-
mentent; la pubescence surtout est un objet de constantes préoccupations portant le sujet à s'épiler, à surveiller les progrès de sa barbe et de sa moustache. La coquetterie, même la fatuité, bien que dues en partie au désir de plaire et de briller, traduisent d'une façon parfois amusante l'intensité de l'intérêt provoqué par ces transformations. De quinze à vingt ans, beaucoup de petits-maîtres rendraient des points à la plus frivole de leurs sœurs pour l'arrangement d'une chevelure, le choix d'une étoffe, l'appréciation d'une coupe.
D'autre part, les écarts de la température ou de la pression atmosphérique sont vivement sentis, et en général d'une façon désagréable, du moins par les sujets condamnés à une immobilité relative. Par contre, la réaction est peut-être plus rapide que chez l'enfant ; à la maison ou au lit aucun tissu n'est, suivant les saisons, assez tiède ou assez frais ; mais au dehors, surtout pendant les exercices physiques, tous les vêtements suffisent pourvu qu'ils ne soient pas ridicules, lourds ou gênants aux entournures.
Cependant les auteurs s'accordent pour affirmer comme normale dès la puberté une certaine diminution dans la netteté des sensations tactiles. Le sens topographique de la peau deviendrait plus obtus l. Les tableaux de Weber 2 indiquent pour les diverses parties du corps une différence souvent considérable entre les chiffres obtenus par des expériences esthésiométriques faites sur des adultes et sur des garçons de douze ans ; par exemple, tandis que pour ceux-ci un écartement de 6mm,8 et de 31mm,6 suffisent pour provoquer respectivement une double sensation sous l'extrémité du gros orteil et vers le milieu de la cuisse ou du bras, il faut llmm,3et67mm,7 pour ceux-là. Marro a entrepris deux séries d'expériences : la première sur 10 sujets qu'il a examinés à deux reprises, en 1883 et en 1893 3, avant et après la puberté, la seconde sur les jeunes gens de la Maison de bienfaisance de Turin. La première, comme il le dit lui-même4, a