‹ L'ame de l'adolescentChapitre 75 sur 234 · Pages · texte numérisé non relu

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de personnages bons ou méchants, capables de plaisir et de souffrance, mais plutôt comme des interprètes anonymes exprimant, en un langage souvent intelligible, l'âme mystérieuse des choses. Car toutadolescent est panthéiste à la façon de Werther1 ou de ce pauvre Maurice de Guérin, l'auteur du Centaure Ce panthéisme à la vérité n'a rien de philosophique : parfois contemporain du premier amour, il n'est que l'écho des sentiments individuels, répercuté par toutes les voix de l'Univers2. D'après l'enquête de E.-G. Lancaster 3, c'est à treize, quatorze et quinze ans que prédominerait le sentiment de la nature. Déjà à quatorze ans, le désir de la fusion avec le grand Tout commence à se faire jour, comme en témoigne, entre autres documents, le morceau suivant, extrait du carnet d'un lycéen de cet âge : «... J'irai sourire dans le soleil, éclater sous le ciel bleu, briller dans la lumière. Et pourtant je pleure, je gémis, pourquoi?... Mes talons sont durs comme les pierres de la route, mes nerfs amollis comme des tiges de genêts. Et pourtant je marche, j'avance sous le ciel fatigant, dans l'énervement du soir éteint. Et pourtant je pleure, je gémis. Pourquoi ? — Pourquoi ? répondent les bruyères sales, les genêts amollis. — Pourquoi? réplique mon cœur qui saigne. Les heures disent de leur voix cassée : Pourquoi ? Parce que après une joie ensoleillée la nuit viendra toute voilée d'habits de deuil. Car les cloches sonneront des glas bien lourds, bien pesants, bien tristes. Car la lugubre blancheur des lis se calmera, car l'éternelle beauté des âmes se fanera, etc.. » Le morceau, très long, est écrit tout entier sur ce ton, et le souci naïf de la forme littéraire n'enlève rien à la sincérité du sentiment : elle contribue plutôt, comme on le verra plus loin, à en préciser le caractère.

Cette diffusion, non plus dans les choses, mais dans l'âme des choses, semble être la marque propre des rapports de l'adolescent avec la nature. Les nuages qu'il considérait autrefois comme des palais aériens ou des fantômes capricieux, ne lui représentent plus que des lieux d'irréelle beauté, ou bien encore

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