Page
MEÎWOUSSE. 7
un monde chaotique dont les innombrables formes, ébauchées en vain, symbolisent la fuite des joies rêvées, l'écoulement des réalités qu'on voudrait pouvoir fixer à tout jamais, mais aussi la possibilité de recommencer, malgré les déceptions, la vie et la pensée sur des thèmes nouveaux. Affecté par les variations barométriques au point que leur courbe correspond à peu près à celle de son émotivité, il aime pourtant la musique du vent lors même qu'elle produit sur lui l'effet d'une plainte venant renforcer son état d'ennui ou de dépression. En général la mer l'attire moins, sauf à partir de dix-huit ou vingt ans, quoiqu'elle sollicite son imagination à céder à la hantise des espaces lointains et indéfinis où se trouvent peut-être des pays semblables à ceux des rêves1. Ici, je me trouve en contradiction avec Stanley Hall qui dans deux pages presque lyriques 2 montre la jeune âme amenée, par la perception des phénomènes maritimes, à prendre conscience d'elle-même et des relations profondes qui l'unissent aux formes les plus anciennes de la vie ancestrale. Voici ce que les faits observés en dehors de toute hypothèse phylogénétiqueme permettent d'affirmer :Les adolescents qui ne se représentent la mer que d'après leurs lectures ou des descriptions orales éprouvent, à la voir pour la première fois, une déception dont on trouve l'écho dans leurs lettres ou leurs notes, témoin l'exemple suivant emprunté à un recueil d'impressions rédigé au jour le jour par un garçon de seize ans sous le titre : Heures de paresse et de mélancolie. « Soulac, lundi 27 août 188... Me voilà installé en face de la mer. Le spectacle est bien beau. Mais est-il aussi grandiose que je me l'étais imaginé? Non, certes. Au lieu de cet océan sans bornes que je me représentais comme l'image de l'éternité, je vois une étendue d'eau considérable sans doute, mais se confondant avec l'horizon à une distance qui paraît rapprochée. Que de choses perdent ainsi à être vues de près, etc.. » Quant à ceux qui ont vécu dès
1. Marx Lobsien, en réponse à cette question : Où aimeriez-vous à faire un voyage? trouva qu'aucun trajet n'était trop long pour les adolescents. Kind und Kunst. Pâdagogische Magazin, 1905, n° 254, p. 96. — Cf. Proal. Le crime el le suicide passionnel, p. 313.