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l'enfaDce dans la familiarité de la mer, il semble bien que dès la puberté, ils se plaisent moins non seulement à jouer avec le flot, mais encore à se baigner, surtout si l'eau est froide. Dans une série d'instantanés pris sur la côte africaine, une seule vue représente des jeunes gens au moment de plonger, tandis que cinq tirent tout leur intérêt des ébats auxquels se livrent des enfants parmi les vagues et les rochers3. Même l'état d'apaisement produit par l'aspect de l'Océan et son grondement monotone, bien qu'éprouvé par beaucoup de garçons de seize à vingt ans, ne se rencontre pas chez tous et semble caractériser certaines phases de la vie adulte. Plus fréquente est la sympathie qui provoque dans les jeunes consciences des changements d'humeur analogues à ceux de la Grande Capricieuse : encore fautil les mettre en partie sur le compte des variations barométriques.
Au contraire, la montagne n'offrira jamais autant d'intérêt. Le besoin de mouvement toujours satisfait, les horizons sans cesse renouvelés, les sites se succédant indéfiniment, offrent aux jeunes imaginations des aliments d'autant plus attrayants que le mystère des sources, des grottes, des coins inaccessibles les sollicite à une prise de possession plus intime de la nature. La diversité des terrains, les caractères et l'origine des différentes roches n'éveilleront jamais plus de curiosité ; certaines pierres par leur couleur, leur dureté ou leur éclat suggèrent des associations symboliques qui peuvent aller jusqu'à de véritables superstitions; et dans le goût nouveau pour les bijoux, les breloques et, les porte-bonheur il y a comme une survivance de la vénération des primitifs pour les fétiches et les amulettes.
Aussi les collections minéralogiques, moins intéressantes pour les enfants que les herbiers ouïes collections d'insectes, deviennent-elles l'objet d'une préférence marquée. Ce n'est pas que les animaux ou les plantes, en particulier les fleurs et les arbres sollicitent moins l'attention. Les fleurs suscitent même un intérêt croissant : leur fraîcheur, leur parfum, leur coloris, l'élé-
1. Peut-être les jeunes Anglo-Saxons mêlent-ils en effet par atavisme, etc. l'idée de la mer à leurs rêves d'aventures, de sorte que les remarques ci-dessus ne leur seraient pas applicables.
gance de leurs formes, la douceur de leur contact appellent la caresse et fournissent à l'imagination un riche répertoire de termes à utiliser pour les comparaisons amoureuses ou mystiques. Le « langage des fleurs » fait les délices de la première adolescence, mais ne tarde pas à paraître d'un symbolisme bien puéril à côté de l'importance propre aux problèmes suggères par le phénomène de la floraison : origine de la vie, ses rapports avec la beauté, signification de celle-ci et son rôle dans la nature, etc. D'autre part l'influence de la forêt n'avait pas encore été et ne sera jamais aussi angoissante, surtout lorsqu'elle se combine avec celle du vent gémissant à travers les branches. L'horreur sacrée des bois réveille la faculté mythique dans le grand enfant qui n'a aucune peine à se représenter les diverses légendes où s'est personnifiée l'âme des arbres. Celle-ci n'est-elle pas elle-même une émanation directe de la nature où les géants du monde végétal plongent leurs racines comme pour y puiser la force et y sonder le mystère 1 ? Celte sympathie produit pendant quatre ou cinq ans, une indifférence très marquée et parfois de l'aversion pour la notation sèche des caractères d'une plante, la dissection anatomique du cadavre, mais aussi une répugnance jusque-là inconnue pour la destruction inutile de la vie, même quand elle se manifeste par les formes les plus humbles. Beaucoup, comme Maxwell à seize ans2, répugnent à cueillir une fleur ou tuer une mouche.
Pourtant les animaux, même les plus familiers, commencent à devenir étrangers et comme lointains. Des statistiques faites en Amérique 3 montrent que l'intérêt pour les chiens, les chats, etc., subit un fléchissement très net. Cette indifférence se
1. Cf. Michelet. Ma jeunesse, p. 249... On était en train d'abattre de grands arbres en pleine parure d'été. La chute gémissante de ces bons géants faisait mal à entendre. C'était comme une lamentation de la nature faisant écho aux plaintes de l'humanité.
2. Cf. une lettre de M. de Guérin (11 avril 1838)... « Je reviens à mes anciennes imaginations sur les choses naturelles... sorte de passion qui me donne des enthousiasmes, des pleurs, des éclats de joie et un éternel aliment de songerie... Il y a un mot qui est le dieu de mon imagination... c'est le mot de vie. « Rev. des Deux Mondes, XXII, p. 577.
3. Voir en particulier Bucke. Cyno-psychoses. Ped. sem., déc. 1903, X, pp. 459 sqq.
comprend : les caractères inhérents à la nouvelle personnalité qui s'organise ont peu d'analogie avec les tendances propres à l'animal. A mesure que l'homme se dessine, la bête s'efface. Mais pour cette raison, il y a progrès dans l'appréciation des qualités morales, affection, fidélité, etc., et une préférence très marquée pour les animaux qui en sont pourvus. Les oiseaux, si chers aux enfants, sont à peu près délaissés, tandis que le chien passe du rang de compagnon de jeux à celui de collaborateur, presque d'ami. Le cheval n'est guère choyé qu'en raison des services qu'il rend ; le chat semble faire exception à la règle précédente, car il jouit assez souvent d'une faveur hors de proportion avec son intelligence ou son utilité. Est-ce à cause de la sensation très spéciale provoquée par le contact de sa fourrure, ou de la grâce de mouvements et d'attitudes qui en fait le plus esthétique des animaux familiers? Peut-être son regard et ses poses de sphinx exercent-ils un attrait inconscient à un âge où abondent les énigmes à déchiffrer. Mais en raison même de l'attrait exercé par l'âme animale, rien de plus rare que la curiosité anatomique avant les dix-huit ou vingt ans ; ce qui confirme la conclusion déjà annoncée : Le monde extérieur exerce sur les jeunes gens une influence affective et morale plutôt qu'intellectuelle. La plupart d'entre eux pourraient dire comme un des correspondants de Lancaster1. « il have the highest ideals and purest thoughts. when ï am alone in the fields, mountains, or among flowers Ihave cultivated. »
Mais cet idéal et ces pensées, ils seront pendant longtemps incapables de leur trouver une expression propre à les communiquer aux autres consciences. A supposer vraie la définition de l'art donnée par Bacon, homo additus naturx, elle ne convient guère aux essais qu'ils imaginent. Pour eux la nature, telle qu'ils la pensent, c'est encore l'homme et l'homme lui-même est loin dans la plupart des cas d'avoir trouvé sa formule. Bien que capables d'éprouver à un très haut degré l'émotion esthétique, ils parviennent difficilement à l'analyser, à plus forte raison à la produire. Leur goût est rarement bon, faute de discernement