‹ L'ame de l'adolescentChapitre 78 sur 234 · Page · texte numérisé non relu

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et de choix. Aussi y a-t-il intérêt à augmenter avant la puberté et à diminuer ensuite le nombre d'heures consacré à 1 étude du dessin et de la musique, et cela que les élèves montrent ou non des dispositions ; car dans le premier cas ils auront tout à gagner d'une culture générale et rien à perdre puisque les aptitudes apparaissent de bonne heure, dans le second, il serait déraisonnable de préparer à une carrière artistique des sujets non doués.

Mais si l'art n'offre pas pour l'éducation juvénile la valeur d'une fin, on peut par contre l'utiliser comme un des moyens des plus efficaces pour agir sur les sentiments et la moralité. L'effet peut être produit avec d'autant plus de facilité que l'adolescent, à la fois très impressionnable et peu connaisseur, se laisse toucher par les moyens d'expression les plus rudimentaires, pourvu qu'il y retrouve la note affective où il se complaît. Or, s'il prend de bonne heure l'habitude de donner aux tendances naissantes une satisfaction idéale et désintéressée, il courra moins le risque de se livrer à la recherche du plaisir égoïste et sensuel. MM. Fouillée et Maneuvrier1 voudraient qu'on donnât aux classes, aux salles d'étude, aux lieux de réunion et de récréation un aspect agréable et artistique. Les reproductions obtenues par la photographie, le moulage, etc., sont aujourd'hui à la portée de toutes les bourses. « Platon n'a-t-il pas dit que le jeune homme ne doit être entouré que de belles choses et de belles œuvres? Il y a là une application légitime des lois de la suggestion et des lois de la sympathie... On devient semblable à l'objet de sa contemplation 2 ».

Plus profond est encore l'effet produit par la musique en raison de l'importance nouvelle que prend le rythme et du caractère presque exclusivement affectif de cet art dont le charme est d'autant mieux goûté que la conscience se vide davantage

1» V. Fouillée. L'enseignement au point de vue national, p. 325. 2. Cf. Ravaisson. Article Art, dans le Dictionnaire de pédagogie.

de représentations. Cette imprécision ne va pas sans danger à un âge où l'on a une tendance très marquée à se contenter en tout d'à peu près et à glisser parfois des meilleures intentions aux pires défaillances, ainsi qu'il arrive souvent lorsque la vie intérieure ne se projette pas, comme dit M. Rauh, « dans la lumière crue des images et des pensées 1 ». Déjà Aristote, dans le chapitre vi de sa Politique condamne en éducation la flûte, la cithare et les autres instruments qui, empêchant l'usage de la parole, font obstacle à l'instruction. Et pourtant au chapitre v2, Après avoir reconnu l'utilité de la musique pour délasser après une application soutenue, modifier l'état affectif, exercer une puissance morale, il ajoute que3 « la jeunesse est précisément l'âge qui est propre à l'étude de cet art », que l'adolescent, qui doit devenir un homme libre, doit l'apprendre comme amateur, mais non jusqu'à la virtuosité professionnelle. On peut concilier ces affirmations contradictoires en attribuant la prépondérance à la musique vocale *. Non seulement la parole, évoquant des représentations définies, corrige ce que l'action exclusive du rythme et de l'harmonie pourrait avoir de dangereux, mais encore l'influence produite est plus grande, à cause des relations intimes qui unissent, surtout à cet âge, les modalités de la vie affective, au timbre, à l'intensité, à la hauteur, au tremblement ou à l'assurance, en un mot à toutes les qualités de la voix humaine. Il serait désirable qu'on mît davantage* à contribution les chants de Maurice Bouchor ou des compositions analogues exaltant les grands thèmes qui intéressent l'âme adolescente, amour, nature, art, famille, patrie, etc. De tels morceaux, exécutés en commun, auraient en outre l'avantage de combattre la nostalgie des internats et de développer les organes thoraciques, en donnant plus d'ampleur à la poitrine et en augmentant la quantité d'air inspiré6, résultat d'autant plus pré-

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