II, p
3. A un camarade qui le pressait d'aller dîner, un étudiant de 19 ans, occupé à lire la Chute d'un anye fit cette réponse typique : « Tu me dirais que la femme la plus jolie et la plus accommodante m'attend au restaurant que je lui préférerais le bouquin que je lis en ce moment. »
4. Psychology of the langage interest of children. Ped. sem., XI, p. 161.
HO l'ame de l'adolescent
que presque toujours la fraîcheur des premières émotions, la réalité naïve de la vie intérieure se dissimulent sous un appareil verbal directement emprunté aux auteurs préférés. Le penchant à l'imitation, naturel à tout âge, se trouve renforcé par l'impossibilité d'exprimer, au moyen d'un vocabulaire et d'un style encore gauches et rudimentaires, des nuances de pensée trop fuyantes pour être perçues nettement. De plus, l'adolescent, à la différence de l'enfant plus objectif, incline toujours à prendre son sujet par le côté romanesque. Les expériences de M. W. Libby sur des collégiens de l'Illinois sont très concluantes à cet égard 1 : Des élèves de différentes classes ont à développer un même sujet sentimental, par exemple un tableau représentant au premier plan une jeune femme éplorée, tandis que dans le fond s'éloigne un cavalier. Or les descriptions sont d'autant plus objectives que leurs auteurs sont plus jeunes. C'est à partir de quatorze ans que l'élément subjectif fait son apparition. Les garçons de cet âge évitent déjà le décousu en unissant les détails par l'émotion sous-jacente; mais tandis qu'ils présentent la scène comme étant une séparation d'époux, leurs camarades plus âgés y voient une séparation d'amoureux, un départ pour la guerre, etc.. C'est vers dix-huit ans que prédomine la note romanesque, mais le bouleversement imaginatif qu'elle suppose, apparaîtrait, d'après M. Libby, a partir de seize ans. Peut-être faut-il attribuer à des motifs analogues la disposition très fréquente à donner aux premiers essais la forme poétique. Rares sont les hommes cultivés qui vers les quinze ans n'ont pas senti passer sur eux « le souffle divin » dont parle Chateaubriand 2. « Je me mis à bégayer des vers comme si c'eût été ma langue naturelle ; jour et nuit, je chantais mes plaisirs, c'est-à-dire mes bois et mes vallons; je composais une foule de petites idylles ou tableaux de la nature. J'ai écrit longtemps en vers avant d'écrire en prose. » La vocation poétique est peutêtre la seule parmi les vocations artistiques qui le plus souvent se dessine pendant l'adolescence, jamais avant, rarement long-
1. The imagination of adolescents. The americ. Journ. of Psychol., avril 1908.