Op. cit., p. Ii
temps après. Que de noms on pourrait citera l'appui de cette affirmation : Sheliey, Byron, Gœthe et Schiller, Léopardi, Musset, Hugo et tant d'autres. Les premiers essais sont parfois satiriques ou humoristiques1, comme en témoignent les nombreuses pièces écrites dans les collèges contre l'administration ou contre les camarades ridicules par les élèves des classes supérieures; mais plus souvent pessimistes et mélancoliques, nous verrons plus loin pour quelle raison. Les vers d'amour sont plus rares qu'on ne pourrait le supposer tout d'abord. Sur 21 morceaux dont se composait un recueil que m'avait confié un philosophe de dix-sept ans, 16 avaient un caractère franchement mélancolique, 2 étaient des hymnes d'amour avant la lettre, 3 célébraient des sujets religieux ou militaires". La nature du sujet et le choix précis des mots importent d'ailleurs assez peu aux auteurs novices. Pour ce motif, ils préfèrent en général la poésie à la prose, et aussi parce qu'ils aiment mieux s'enchanter de la musique des vers, de l'imprévu des métaphores, surtout du rythme et de la cadence au détriment de la rime qui a l'inconvénient à leurs yeux d'imposer à la pensée des lisières trop artificielles. Aussi trouve-t-on parmi eux peu de Parnassiens, par contre beaucoup de Symbolistes et de partisans du vers libre, ce qui, pour les émotifs nerveux et peu musclés, présente en certainscas un danger analogue à celui de la musique instrumentale.
Pourtant la plupart des jeunes esprits peuvent tirer un profit appréciable de leurs tentatives littéraires : A l'âge où les illusions affectives sont toutes-puissantes, l'effort pour les traduire en images représentables à autrui contribue dans une certaine mesure à les dissiper, de môme qu'il crée pour les émotions violentes un dérivatif permettant à l'énergie dont elles disposent, de se dépenser en effets inoffensifs ou bienfaisants. Affolé par la perte d'Annette, Goethe, étudiant de dix-huit ans, se jeta dans des excès dont il ne fut sauvé que par son talent poétique qui fit sortir le Caprice de V amant des bouillonnements de la passion 2.
1. Horace L. Brittain. A study in imagination (tests sur 19 garçons de 13 à 20 ans). Ped. sem., XIV, p. 169.