St. Hall, I, p
Même la simple lecture des bons livres étant, suivant le mot célèbre de Descartes « comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés » ne peut que contribuer à la sélection parmi les tendances nouvelles, des aspirations les plus conformes aux fins humaines fondamentales. Par comparaison les joies et les soucis habituels paraissent puérils et dans la conscience des jeunes liseurs se fait entendre un sursum corda d'autant plus persuasif que le manque d'expérience leur dérobe le côté relatif des motifs qui l'éveillent. Aussi l'influence d'un auteur peut-elle être décisive, surtout chez ceux des grands élèves que leurs goûts ou l'isolement incitent à vivre avec leur pensée. Rousseau attribue sa prédilection, sa partialité pour la France à l'influence des livres français qui lui ont fait aimer les auteurs de ces livres et le pays de ces auteurs : « Mes lectures coutumières et toujours tirées de la même nation nourrissaient mon affection pour elle et m'en firent une passion aveugle que rien n'a pu surmonter 1 ». Mais d'ordinaire la variété incohérente des lectures, parfaitement conforme d'ailleurs à l'incoordination de l'adolescent, empêche chacune d'elles de rester longtemps au premier plan de l'esprit. A cet âge, les liseurs les plus acharnés sont comme Musset2 ; ils deviennent amoureux de tous les auteurs l'un après l'autre, mais le dernier venu a souvent le don de les dégoûter du reste. Aussi gagneraient-ils à limiter, sinon la variété nécessaire pour soutenir l'intérêt3, mais du moins le nombre des œuvres à lire et à méditer. « A Oxford, on consacre quatre années à préparer environ quatorze volumes en vue des examens... Ces quatorze volumes choisis parmi les chefs-d'œuvres de deux langues, sont lus, relus, médités, commentés jusqu'à ce que l'étudiant se les soit entièrement assimilés... L'habitude de lire beaucoup et superficiellement affaiblit l'esprit, plus même que l'absence de lecture ; car elle finit par devenir une nécessité comme l'habitude de fumer et une excuse pour la paresse intellectuelle4». Cetaffai-