Cf. St. Hall, II, p
4. St. Brooke. .F. W. Robertson, sa vie et ses letlrest trad. de Mme Jean Monod, p. 33 j.
blissement se manifeste surtout par la diminution du contrôle et la prédominance des associations où des souvenirs mutilés et mal digérés se combinent avec des perceptions fausses ou incomplètes. Et comme, d'autre part, l'adolescent n'a ni l'expérience ni la réflexion nécessaires pour faire le départ entre les portions sincères et les portions littéraires des ouvrages •d'imagination, il se laisse séduire, attrister ou révolter, suivant les cas, par les tirades à effet, les détails romanesques de la mise en scène. « Le hasard fit tomber entre mes mains, raconte Chateaubriand, deux livres bien divers, un Horace non châtié «t une Histoire des Confessions mol faites. Le bouleversement d'idées que ces deux livres me causèrent est incroyable : un monde étrange s'éleva autour de moi. D'un côté, je soupçonnais des secrets incompréhensibles à mon âge, une existence différente de la mienne, des plaisirs au delà de mes jeux, des charmes d'une nature ignorée dans un sexe où je n'avais vu qu'une mère et des sœurs ; — d'un autre côté, des spectres traînant des chaînes et vomissant des flammes m'annonçaient des supplices éternels pour un seul péché dissimulé. Je perdis le sommeil : la nuit je croyais voir tour à tour des mains noires et des mains blanches passer à travers mes rideaux ; je vins à me figurer que ces dernières mains étaient maudites par la religion, et cette idée accrut mon épouvante des ombres infernales 1 ». Les œuvres romanesques peuvent produire chez les sujets les moins imaginatifs des effets analogues. Le danger, comme l'a bien vu Marro, serait le même que celui de la rêverie. Les images sentimentales s'enchaînent suivant des liens fictifs ou des associations automatiques qui peuvent prédominer en certains cas au point de rendre la pensée incapable de s'adapter aux conditions d'exis-
1. Mémoires, p. 92. — Cf. P. Margueritte : « Je dévorais avec une sorte de frénésie tous les livres et de découverte en découverte il me semblait que l'univers se révélait à moi. Je n'avais plus une âme, mais cent, mais mille.
« ... Gomme un dormeur qui ne croirait vrais que les songes de la nuit et tiendrait à néant les heures claires de l'éveil, je ne reconnaissais pour miens que ces frères et ces sœurs jaillis du tombeau des pages, pétris de la pure substance du verbe, habillés de mots et animés du souffle immortel de la pensée. » Les jours s'allongent, souvenirs de jeunesse. Roman et Vie, I, p. 477.
MENDOUSSE.
tence internes et externes d'où dépend le progrès dans la connaissance et la moralité. Le contraste entre le monde imaginaire et le monde réel rend l'entourage odieux, le caractère irascible et hautain. J'ai connu deux élèves de rhétorique qui, littéralement all'olés par leurs lectures, dédaignaient l'un son grand-père, l'autre ses parents au point de rester des jours sans leur adresser la parole et de n'accueillir leurs observations que sur un ton de supériorité insupportable. Sans aller jusque-là, beaucoup émigrent au dedans d'eux-mêmes, loin du monde extérieur dont les événements leur paraissent se dérouler sur un plan étranger à celui qu'ils habitent. C'est que des tendances fortes et incoordonnées, un champ d'idées très restreint sont d'excellents facteurs pour assurer la prédominance du rêve à l'état de veille. Aussi la culture intellectuelle ou esthétique est-elle à cet âge un précieux garde-tou : tandis que les étudiants mystiques se bornent à décrire par la parole ou la plume les merveilleux pays d'Uchronie et d'Utopie, les jeunes ouvriers, sous l'influence d'une propagande mal comprise, passent souvent à l'action antisociale1.
Un danger plus fréquent menace les uns et les autres, particulièrement en France. Notre littérature étant composée aux trois quarts d'ouvrages ayant pour objet les vicissitudes de l'amour et plus encore des rapports sexuels, comme, d'un autre côté, les fantasmagories qui obsèdent l'imagination adolescente gravitent presque toutes autour des mêmes questions, il en résulte que les conceptions qui se forment peu à peu sur cette importante matière, ne ressemblent que de très loin à la vérité. Dans cet ordre d'idées, les ouvrages pornographiques doivent, en raison de leur crudité, inspirer moins de crainte que les écrits où la passion, dépeinte sous des voiles transparents, laisse le champ libre à la rêverie tout en lui ouvrant des perspectives attrayantes et en lui fournissant sa nourriture préférée. Les victimes de René, de Werther, de Graziella, des Lettres de Jacopo Ortis ont rarement plus de vingt ans, à peu près
i. J. Clément, Henry, Caserio étaient presque des adolescents. — Voir sur ce point Duprat. L 'adolescence criminelle ; Marro* op. cit., etc.
l'âge des précoces misanthropes que Child Harold, Lara uo les Brigands enivrent d'un mépris hautain pour la société.
Mais, à défaut de l'expérience, la rigueur de la pensée logique 1 qui, dès la puberté, se manifeste comme la première forme de la raison naissante, ne tarde pas à éliminer chez les meilleurs esprits ce qui dans la fiction littéraire est trop arbitraire ou incohérent. Sans doute il est dans la destinée de beaucoup d'individus de ne jamais sortir, même adultes, de l'état de rêve où les ont plongés les premières aspirations de la jeunesse : car par comparaison avec la vie intégrale, la recherche conventionnelle du plaisir peut passer pour une fiction inférieure à la réalité2. Mais il en est d'autres qui, à des degrés divers, ne tardent pas, vers le milieu de l'adolescence, à s'élever jusqu'à des conceptions idéales dont les éléments sont empruntés pour la plupart aux auteurs préférés ou bien à la vie et aux leçons des personnages capables, à des titres divers, d'exercer sur les jeunes consciences une véritable suggestion. La tâche de ceux-ci est d'autant plus facile que le pubère ne croit dignes de ses efforts que les fins en qui se réalisent les formes les plus parfaites de la vie telle qu'il l'imagine. Aussi n'a-t-on pas à craindre d'exalter trop haut la valeur des objets que l'on propose à sa pensée, et un des calculs les plus maladroits auxquels puissent à cet égard se livrer les parents, consiste à rabaisser devant lui les causes désintéressées dans l'espoir de l'attirer davantage vers les œuvres utilitaires : ils risquent de n'être pas plus compris que ne l'était la nourrice disant à Juliette à propos de son mariage avec le comte Paris,
Go, girl, seek happy nights to huppy days. « Ce qu'on leur dit de plus élevé, affirme Marion 3 en parlant