Id., p. 460. — Cf. Musset. Confession, p. 336 et passim
fréquente au suicide est liée à des causes diverses parmi lesquelles l'imagination ne joue pas toujours le principal rôle et que par conséquent il ne saurait être question d'aborder dans ce chapitre.
D'ailleurs, pour si commune que soit l'idée de la mort volontaire entre seize et vingt ans, elle passe rarement à l'exécution ; car c'est le propre des états subjectifs d'osciller régulièrement entre les extrêmes du désespoir et de l'espérance, en particulier chez l'adolescent dont l'intériorité est telle qu'à des maux imaginaires suffisent le plus souvent des consolations non moins imaginaires. Aussi les accès de mélancolie alternent-ils d'habitude avec les manifestations d'une joie exubérante, avec des projets enthousiastes et parfois extravagants impliquant l'illusion que la jeunesse est éternelle1. A cet âge-là les plus impressionnables sont parfois les plus insouciants, en raison du flou de leur pensée, de leur facilité plus grande à mettre en branle l'activité créatrice sous l'influence des désirs toujours renouvelés. Qu'on lise pour s'en convaincre le passage des Confessions où Rousseau, dénué de ressources, fuyant sa famille et sa patrie, est envoyé, par Mme de Warens, à Turin, à l'hospice des nouveaux convertis. Amour, abondance, fortune, gloire, bienveillance universelle, toutes les fumées qu'exhale une imagination de seize ans en pleine effervescence, masquent d'un rideau impénétrable les misères d'une situation plus que précaire 2. Michelet lui-même, après la mort de sa mère, ne parvient pas à maintenir vivante dans son esprit l'image du passé, se le reproche amèrement et pourtant s'élance tout entier vers l'avenir 3. Ce fonds d'optimisme qui persiste dans les pires situations, rend souvent les jeunes gens peu sensibles aux malheurs présents ou futurs quand ils ont le défaut d'être trop réels : leur légèreté de caractère vient en grande partie de là. Généreux et doués des meilleures intentions, ils ont besoin pour s'intéresser à leur vie ou à celle des autres, qu'elle ne se présente pas sous un aspect trop différent de celui de leurs rêves. Mais comme le remarque
1. Cf. Loti, op. cit., p. 301 ; R. Rolland, op. cit., p. 139.