‹ L'ame de l'adolescentChapitre 94 sur 234 · Ma jeunesse, p · texte numérisé non relu

Ma jeunesse, p

M. Rauh *, v à rêver toujours un bonheur supérieur on manque le bonheur vrai que Ton a sous la main : disposition ordinaire de la jeunesse volontiers romanesque, tandis que l'homme mûr est idéaliste, incarne son idéal dans le réel ». De ces deux dispositions,^ première, grâce aux apports de l'expérience, se transforme d'elle-même en la seconde; mais celle-ci ne saurait exister sans celle-là, raison décisive pour que les idées folles des hommes de demain bénéficient de la plus tolérante bienveillance. Celle-ci doit s'étendre même jusqu'à leurs mensonges parce que, le plus souvent involontaires2, ils sont moins des fautes que des erreurs dues à l'illusion que l'état subjectif actuel possède une valeur objective à cause de la force des représentations qui en font partie 3.

Est-il possible après les analyses précédentes de déterminer les formes d'imagination plus particulièrement propres à l'adolescence. La difficulté résultant des différences individuelles, de la diversité des types imaginatifs, de l'inégalité dans la force, le nombre et la qualité des représentations évoquées, est moins grande qu'il ne semblerait a priori, parce que ces facteurs ne jouent un rôle important que dans le caractère déjà constitué, c'est-à-dire dans la personnalité de l'adulte. Voici en tout cas quelques conclusions qui, dès à présent, semblent justifiées. La théorie générale de l'imagination qu'elles supposent est empruntée surtout à Taine et à M. Ribot 4.

En premier lieu, il semble bien que la représentation sensible du monde extérieur fasse place, du moins pour quelque temps, à la perception interne, puisque dans la perception extérieure qui, à tout âge, est un choix correspondant aux tendances du sujet, le côté affectif est dissocié des autres éléments qui appartiennent plus en propre à l'objet. A mesure que la mentalité

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