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i28 l'ame de l'adolescent
de netteté un talent littéraire précoce, font une place beaucoup plus grande à la fantaisie que les œuvres ultérieures du même auteur: « Comparez les Brigands de Schiller écrits avant vingt ans au Wallenstein qui date de sa quarantième année 1 ». Tout récemment, dans le premier numéro de la Foire aux Chimères, les jeunes écrivains du groupe d'action d'ai'tse posaient comme ayant cette « insensée illusion de croire à la beauté de leur vision du monde... Les vrais artistes, disaient-ils, sont des visionnaires, etc. » 2.
Entre l'enfance mythique et la virilité raisonnable ou prosaïque, l'adolescence est une période de transition marquée par « l'antagonisme entre la subjectivité pure de l'imagination et l'objectivité des procédés rationnels : on pourrait dire, sous une autre forme, entre l'instabilité et la stabilité mentales. Quant aux résultats ils n'apparaissent que dans la troisième période, résultat de cette phase obscure de métamorphose »3.
Mais il y a d'autres différences, en particulier celle-ci : tandis que l'enfant emploie de préférence les formes nettes de l'imagination plastique, l'adolescent, même s'il est un visuel, est voué par son intériorité aux états « crépusculaires » de l'imagination diffluente. Bien entendu, tous les esprits ne sont pas également prédestinés. Tandis que la plupart des futurs hommes pratiques ne font que traverser ce genre de mentalité, les personnalités plus complètes le combineront avec une réflexion toujours mieux informée ; par contre, ceux en qui il persistera sans ce complément, iront augmenter le nombre des inventeurs chimériques, des ratés de l'art ou de la littérature qui, vibrant à toute impression esthétique, sont incapables de donner à leur émotion un corps viable; des joueurs aux martingales infaillibles, des commerçants et industriels, qui, de faillite en faillite, passent leur vie à essayer de nouveaux recommencements, en un mot de tous ceux qui sont impuissants à adapter leur rêve aux conditions de la réalité. En effet, il semble bien que l'imagination diffluente ou affective ne puisse, dans ses créations, dépasser le