‹ L'ame de l'adolescentChapitre 98 sur 234 · Ribot, op. cit., p · texte numérisé non relu

Ribot, op. cit., p

LE ItÈVE 129

rêve., la rêverie, l'esprit romanesque et une sorte de symbolisme mystique qui, dans sa forme la plus générale, consiste à conférer une signification sentimentale aux représentations de toute espèce, en particulier aux perceptions. Tandis que l'enfant dans son animisme naïf peuple l'univers d'innombrables fantômes construits à son image, l'adolescent y voit surtout des signes décelant, grâce à de lointaines analogies dont il a seul le secret, l'âme invisible des choses. Les mots acquièrent dans son langage un sens imprécis et momentané qui rend ses confidences obscures ou susceptibles de fausses interprétations. Malgré leur caractère éphémère, chacune de ces relations fuyantes, au moment où elle est perçue, est l'objet d'une croyance qui, en l'absence des réducteurs habituels, acquiert pour un jour, parfois un instant, tous les caractères de la certitude. Et ces ébauches de création indéfiniment recommencées, absorbent si complètement leur auteur qu'il éprouve souvent à rentrer dans le monde extérieur « un choc brusque, violent et douloureux ». Si en général l'illusion ne devient pas hallucination, si les maladies mentales sont plus rares qu'aux âges suivants, c'est que dans le renouvellement incessant des états affectifs, aucun ne prédomine assez longtemps dans la conscience pour devenir le centre d'une construction systématique à éléments fixes et définis. D'après M. Ribot1 la substitution morbide du rêve à la réalité n'est complète qu'à condition d'avoir parcouru quatre étapes respectivement caractérisées par la quantité, l'intensité, la durée, la systématisation des images ; or l'adolescent s'arrête presque toujours à la seconde ; mais, pour la même raison, il est rarement créateur parce que toute invention suppose une spécificité d'images et de tendances polarisées dans un sens déterminé, une cristallisation amorcée par une idée fixe ou un sentiment durable.

En somme, malgré son rôle prédominant, l'imagination adolescente présente le plus souvent quelque chose d'inconsistant et d'inachevé qui fait que le pubère est aussi incapable de créer que d'aimer au sens complet des deux termes. Des

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