‹ L'ame de l'adolescentChapitre 99 sur 234 · Op. cit., p · texte numérisé non relu

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MENOOUSSE

désirs variables et incoordonnés, des images mutilées suggéran t, lorsqu'elles renaissent, des associations presque toujours subjectives, voilà les conditions essentielles pour la formation du rêve, de la rêverie, des châteaux en Espagne, parfois des conceptions idéales, dans la mesure où elles tiennent compte dupossible plutôt que du réel. Mais ce sont là des créations ébauchées à peine, en ce sens qu'elles ne valent que pour l'individu et le moment, à la différence des productions mythiques et artistiques qui impliquent dans les images et leurs rapports une certaine fixité, laquelle s'accroît dans la science, l'industrie, etc., jusqu'au point de devenir aussi indépendante de l'esprit qui l'a créée que l'est la nature elle-même.

Considérée à ce point de vue l'imagination de l'adolescent semble être en régression sur celle de l'enfant, puisqu'elle se manifeste sous des formes moins définies et moins représentables aux autres esprits. Mais envisagée sous un autre aspect, elle apparaît comme autrement précieuse que celle de l'âge précédent. Si le progrès consiste avant tout dans une transformation du donné, conforme à la conception d'une humanité idéale, il suppose comme primum movens le désir d'aller plus haut et plus loin que le présent dans toutes les directions possibles. Peu importe avant l'âge adulte le caractère fantaisiste de la plupart des combinaisons, l'essentiel est qu'elles soient tentées : les éliminations nécessaires se feront d'elles-mêmes au contact de l'expérience, sous l'influence de la réflexion et des nécessités pratiques. Si pour les jeunes gens rêver est dangereux, ne pas rêver serait plus dangereux encore, puisque ce serait supprimer la possibilité même des créations futures. La jeunesse, a dit M. Boutroux 1 « c'est la joie de pouvoir régler ses actions exclusivement sur la vue de l'avenir et sur l'idéal. » Sans doute des déceptions se produiront, inévitables : mais ceux qui n'auront pas emporté dans la vie les cadavres soigneusement embaumés de leurs jeunes illusions, auront bien des peines à comprendre, par exemple vers la quarantaine, les nouvellescréations que chaque génération élabore à son tour.

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