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CHAPITRE VIII

Un Cénacle de l'Amitié

Cassiciacum. — L'intimité du maître et des élèves.

— La présence de Monique. — La pensée

des absents. — Les « soliloques )>.

Lorsque le pèlerin de Dante a commencé de gravir le mont de la Purification, il goûte déjà la paix, le « doux fruit » de la liberté. Son ascension lui paraît plus légère que sa marche d'autrefois sur un chemin uni. Surpris et charmé, il

110 LAME DE feALNT AUGliSliiN

s'adresse à l'ange qui le conduit : « Dis-moi, maître, quel est donc ce poids dont j'ai été soulagé, puisque je marche sans ressentir presque aucune fatigue ? » (i)

Tels étaient les sentiments d'Augustin au lendemain de sa conversion. Les liens qui l'avaient emprisonné si longtemps, s'étaient rompus en un clin d'œil. Entièrement conquis par le Christ Jésus, il sentait combien son joug est doux et son fardeau léger.

Les bagatelles qui le sollicitaient jadis et qu'il craignait de perdre, il les repoussait maintenant avec joie ; c'est que l'amour divin suave au-dessus de toutes suavités, les avait remplacées dans son cœur. « Voilà que mon âme était affranchie des soucis rongeurs de l'ambition et de la cupidité, de l'aiguillon des désirs fangeux ; et j'exultais comme un enfant devant toi, ma Lumière et ma Richesse et mon Salut, mon Seigneur et mon Dieu. )) (2)

Dans ses longs erremenls à travers les créatures, son âme s'était dissipée, dispersée et, suivant son énergique expression, comme réduite en morceaux (3). 11 avait besoin de se recueillir. Dieu, après l'avoir converti, allait le conduire dans la solitude et lui parler au cœur.

(i) Ond'io : Maestro, di, qna!l cosa fjrcvc Levata s'è da me, chc iniUa quasi Pcr me falica andando si rcccve ? ».

Purqntoire, XIT, 118, sq.

(2) Conf., IX, I.

(3) « CoUifjcns me a dispcrsionc, in f^«a frusioiim discissus sum ». Couf., II, i.

UN CENACLE DE LAMITIE

La scène mémorable du jardin de Milan, que l'Eglise catholique célèbre presque à l'égal du bouleversement de Paul sur la route de Damas, eut lieu vers la (in de juillet 386.

Beaucoup de catholiques milanais auraient désiré voir Augustin quitter brusquement sa chaire de professeur d'éloquence, et faire en public une bruyante profession de sa foi chrétienne. Personnellement, il ne fut pas de cet avis, il n'aimait pas l'ostentation et les éclats.

Les vacances étaient proches, et il trouverbtit dans le mauvais état de sa santé une excuse toute naturelle pour donner sa démission. Ses poumons semblaient gravement atteints et ne lui permettaient plus un débit tant soit peu clair et prolongé. Il prévint les autorités de la ville de chercher pour leurs étudiants u un autre vendeur de paroles. )> < i)

Augustin comptait parmi ses amis de Milan un riche professeur de grammaire nommé Verecundus. Sur le point de se convertir, ce professeur regrettait fort que son état d'homme marié ne lui permît pas de suivre l'idéal évangélique. Plein de générosité à l'égard de son ami, il mit à sa disposition la campagne de Cassiciacum, tant qu'il resterait dans le pays.

Cassiciacum était probablement situé à l'endroit où se trouve actuellement le village lombard '> de Casciago et d'où la vue s'étend jusqu'au Monte- Rosa. C'est là que le nouveau converti s'installait avec sa petite colonie africaine.

(i) Conj., IX, 3^ et i3.

118 l'aME de saint AUGUSTIN

Dans le groupe figurait son frère Navigius et deux de ses cousins, Rusticus et Lastidianus. Ces deux derniers ne prendront guère part aux discussions philosophiques, ils étaient peu instruits, n'ayant pas même étudié la grammaire.

Deux compatriotes, le jeune fils de Romanien, Licentius, et Trygetius seront souvent aux prises et failliront parfois gâter la tranquillité de l'ordre. Trygetius avait été soldat, et, en sa qualité de vétéran, il était passionné pour l'histoire. Esprit positif et un peu lent, il évoluait avec peine dans le monde des idées. Licentius, au contraire, était un adolescent à l'intelligence vive et subtile, poète môme à ses heures.

Dans ce cercle d'amis, Alype avait une place à part. Augustin était loin de le considérer comme un simple élève. C'était le compagnon fidèle, l'intime, le « frère de son cœur ». Il aimait à le taquiner à cause de sa petite taille, mais au fond il avait pour lui une secrète admiration en raison de la bonté, de la pureté de son âme.

Nébride, ce jeune homme intelligent et chercheur, qui avait accompli tant de sacrifices pour suivre son cher maître, cet ami <( très doux et très tendre » ne vivait pas habituellement à Cassiciacum. Il restait à Milan pour tenir compagnie au généreux Verecundus et l'aider dans ses cours.

Au milieu du groupe amical et studieux, plus près du cœur du maître, se trouvait Adéodat, le a fils du péché )). C'est avec une tendresse émue que le père nous le présente, u Par l'âge, il était le plus petit de tous, mais son esprit, si l'amour

T:N CENACLE DE L AMITIE

ne m'aveugle, promettait quelque chose de grand ». (i)

Monique était le centre de la bande joyeuse et fraternelle. Elle prodiguait à tous les soins délicats de ses mains et Faffection maternelle de son cœur.

Ces réunions studieuses, auxquelles nous allons assister, ne ressemblaient guère à celles qui ont lieu dans nos écoles, grandes ou petites. Ce qui les rappelle le mieux dans les temps modernes, ce sont peut-être les causeries aimables et élevées que présidait le sympathique Newman au milieu de ses amis et disciples d'Oxford (2).

Quand le temps était beau, l'on s'asseyait en rond à l'ombre d'un grand arbre. S'il était impossible de sortir, la réunion se faisait dans la salle de bain. Tous les jours, Augustin lisait et commentait un livre de Virgile, le doux poète qui avait charmé son enfance et auquel il reviendra encore avec amour dans sa vieillesse.

Parfois nous le voyons interrompre une leçon pour aller s'occuper de la ferme qu'il gérait au nom du propriétaire. Un jour tout le monde s'.^st levé plus tôt que d'habitude afin d'aider aux tf^avaux des champs.

Le maître voulait avant tout inspirer à ses jeunes disciples ce qui remplissait son cœur, l'amour de la Sagesse. Voilà pourquoi il aimait à leur citer VHortensius de Cicéron ; ce traité qui l'avait

(i) De Beat. Vit., 6.

(2) Newman, Loss an gain.

enthousiasmé à l'âge de dix-neuf ans, ne les laisserait pas indifférents eux-mêmes.

Il n'était pas seul à prendre la parole. Afin de ménager sa gorge et sa poitrine, et aussi pour intéresser les élèves, il donnait à ses cours l'allure de causeries familières, de simples entretiens. Ces dialogues élaborés en commun, toujours naturels, parfois très élevés, souvent entrecoupés de rires clairs, ne seront pas emportés par le vent. Fidèlement recueillis par un sténographe, retouchés et mis en ordre, ils iront réjouir les amis absents, accompagnés de chauds témoignages d'affection. Ils sont parvenus jusqu'à nous respirant encore la fraîcheur de la campagne qui les vit naître.

N'y cherchons pas de développements serrés, ni de doctrine suivie, encore moins les pensées intimes et profondes qui occupaient alors l'âme d'Augustin. Ils ont plus de valeur pour l'historien que pour le philosophe ; on y voit, prise sur le vif, une vie gaie et studieuse présidée par l'amitié sous le regard aimant de Monique.

C'était surtout une gymnastique intellectuelle, des exercices destinés à former l'esprit des jeunes gens, sans les ennuyer. Augustin laissait parfois la discussion s'égarer longtemps avant d'intervenir. Un jour il sent le besoin de mettre en garde contre le Tuscam jurgimn, cette « querelle toscane » dont il trouve un exemple dans les Eglogues de Virgile. Damétas demande à Ménalque : <( Dis-moi, en quel endroit de la terre l'espace du firmament n'a-t-il que trois coudées d'étendue ? » Et Ménalque de répondre par une

UN CENACLE DE L AMITIE

question du même genre : u Dans quelle contrée naissent des fleurs sur lesquelles sont inscrites des noms de rois ? » (i)

Le i3 novembre, les disciples fêtaient l'anniversaire de leur maître. Le dîner avait été plus soigné que d'habitude et tout le monde était à la joie. On en prit occasion pour discuter sur le bonheur. Le dialogue fut poursuivi pendant trois jours et intitulé La Vie Heureuse.

Le bouillant Licentius trouva que l'entretien traînait un peu et manquait son but. Sans doute, observe-t-il, on est heureux quand on a tout ce qu'on désire, mais quelles choses peut-on désirer ? Augustin réprime aimablement cette question indiscrète. (( Lorsque tu daigneras m'inviter à dîner, le jour de ton anniversaire, je me contenterai des mets qui seront servis. Fais de même aujourd'hui, s'il te plaît, et ne demande pas des choses qu'on n'a peut-être pas préparées. » L'adolescent rougit modestement et garda le silence (2).

Le bonheur consiste à connaître Dieu et à le posséder, mais comment y parvenir ? Et voilà que le plus petit de tous, Adéodat, élève la voix. Ses paroles ont été conservées ; elles ont la blanche fraîcheur des lis. « Celui-là, dit-il, possède Dieu, qui a le cœur pur. » Monique a tressailli de joie en entendant ces mots de son petit-fils (3).

Le dialogue intitulé VOrdre doit son origine à un incident tout à fait banal. Augustin avait

(i) C. Acad., III, I, cf. Virgile ; Eglog. 3, v. io5-io6. (2) De Beata. Vit., 10.

(3)/bid., 12 et 33.

coutume de passer en paière et en méditation une partie de la nuit, tantôt la première et tantôt la seconde. Or, un soir, tandis qu'il médite, son attention est attirée par le bruit irrégulier de l'eau qui coule dans un caniveau, derrière la salle de bain. 11 en cherche la raison sans la découvrir.

Au njême instant, Licentius frappe son lit avec un bâton pour chasser des souris qui l'importunent. Et le maître de l'interroger : « N'as-tu pas remarqué le bruit du caniveau ? » — « Oh ! répond l'wlève, il y a longtemps que je l'observe. Désireux de savoir à mon réveil s'il fait beau temps, je prête l'oreille au bruit de ce courant d'eau, craignant qu'il n'ait été grossi par la pluie. » Trygétius lui-même a fait signe qu'il ne dort pas. Là-dessus l'entretien s'engage sur l'ordre intime des choses et la finalité qui règne dans le monde (i).

Le lendemain matin, tout le monde est mis au courant des observations de la nuit et le dialogue se poursuit dans la salle de bain. Tout à coup l'on se lève pour assister à un combat de coqs livré dans la cour. La page qui le décrit fait évoluer sous nos yeux les deux combattants. « Les têtes sont tendues en avant, le plumage gonflé, les coups sont vigoureux, la parade habile. Tout est harmonieux dans les Uiouvements de ces animaux sans raison que dirige une intelligence supérieure. Voici le vainqueur : la voix triomphale, il réunit ses membres comme en un empire et

(i) De Ordine, I, 6.

UN CENACLE DE L AMITIE

en signe d'orgueilleuse domination. Voyez le vaincu : les plumes détachées de son cou pendent ; tout est honteux dans sa voix et dans son attitude, et tout cela, par sa conformité aux lois de la nature, a je ne sais quoi d'harmonieux et de beau. » ^i)

Augustin avait pour Licentius une prédilection marquée et des attentions spéciales. Les générosités du père n'y étaient sans doute pas pour rien, mais les qualités du jeune homme y avaient aussi leur part : bien doué, gai et impulsif, c'était un peu Augustin lui-même dans sa prime jeunesse.

Les philosophes lui paraissaient trop graves et trop austères, il se plaisait mieux dans la compagnie des poètes. Semblable aux papillons qui voltigent de fleur en fleur en les frôlant à peine, aux agneaux qui gambadent sur l'herbe au lieu de la brouter, il était souvent distrait pendant les discussions. Il prêtait l'oreille aux oiseaux qui chantaient sur les branches, ou bien il écoutait les Muses, ces autres oiseaux qui chantaient dans son âme de jeune poète.

Plein d'indulgence et de finesse, le maître savait le rappeler de ses distractions. (( Donnons la parole à Licentius. Préoccupé par je ne sais quoi, il est fort loin de notre conversation. Il lira, je crois, nos écrits, slygc autant de plaisir que les absents. Allons, Licentius, reviens à nous et sois tout entier au sujet. C'est à toi que je m'adresse. »

(i) De Grd..

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On traitait ce jour-là une question bien obscure : l'origne de l'âme (i).

Le jeune élève aimait beaucoup poser des questions, faire soudainement des réflexions inattendues, parfois légèrement impertinentes. Ce qui lui coûtait, c'était de réfléchir, de préciser ses notions et de les exprimer en quelques mots. <( Je déteste, dit-il un jour, d'avoir à définir. » (2)

Augustin profitait de cette répugnance pour le taquiner aimablement. C'est vers lui qu'il se tourne au moment solennel 011 il s'agit de définir l'ordre. « Je le voyais, au silence, sur le visage, dans les yeux, dans l'immobilité des membres : tous étaient émus par la grandeur du sujet, tous brûlaient d'entendre. Allons, dis-je, Licentius, recueille toutes tes forces, aiguise la pointe de ton esprit et donne-nous une définition de l'ordre. — A ces mots, se voyant mis en demeure de définir, il frissonna comme s'il avait reçu une douche d'eau froide. Il me regarda d'un air troublé, et comme il arrive en pareil cas, dans son émotion il y eut un sourire. )> (3)

Au cours d'une discussion sur l'immobilité de l'esprit malgré les déplacements du corps, Licentius a formulé une objection. Augustin le regarde en souriant et dit : « Voilà que tu nous obliges à définir le mouvement ; fais-le si tu en es capable. » Et l'élève de répliquer avec humeur : « Je vous laisse volontiers ce privilège, car ma ques

(i) De Orcl, II, 17.

(2) Ibid., II, 4.

(3) Ibid., I, 28.

UN CENACLE DE L AMITIE

tion reste. Et pour qu'on ne me demande plus si j'ai envie de défmir, je préviendrai quand je serai en état de le faire. »

Au même instant, un serviteur arrive et fait signe que le dîner est prêt. Toujours à l'affût de leçons de choses, le maître ne manque pas de profiter de ce menu fait. <( Ce serviteur, dit-il, ne nous force pas à définir le mouvement, mais, par ses yeux, il nous invite à montrer ce que c'est. Marchons donc, passons de cet endroit dans un autre ; se mouvoir, si je ne me trompe, n'est pas autre chose. Là-dessus tout le monde de rire et nous voilà partis. » (i)

Le repas était frugal et court, <( la fm, nous diton, était près du commencement )>. Licentius trouvait tout de même le moyen de sortir au beau miheu, tourmenté par une poésie qu'il avait en tête. Augustin le rencontre au sortir de table et le sermonne un peu sur sa passion désordonnée pour la versification. Celui-ci rougit un peu et courut se désaltérer, car il avait soif. <( Et puis, ajoute le maître, il était heureux de m'esquiver ; j'avais peut-être à lui dire autre chose et des choses plus dures, » (2)

Ces choses plus dures, il arriva à Licentius de les provoquer un jour. Discutant sur l'ordre, lui et son émule Trygétius, ils aboutirent à une question trop grande et trop délicate pour eux, la question de la divinité du Christ. Trygétius eut l'imprudence de prononcer cette phrase : « Le

(i) De Ord., IL i; (2) C. Acad., m,

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Christ est Dieu, cependant c'est au Père que ce nom appartient en propre. » Convaincu d'erreur et honteux de son affirmation, il voulut la retirer et la faire disparaître. Mais Licontius triomphait et entendait conserver le bulletin de sa victoire.

Augustin qui §e réjouissait déjà de voir ses deux disciples s'élever jusqu'à la divinité, fut attristé profondément par cette rivalité et ces jalousies mesquines. Cette vérité religieuse qu'il avait cherchée lui-même avec tant d'anxiété et de larmes, d'oij dépend l'orientation de la vie et le salut de l'âme, peut-elle devenir une simple pâture pour la vanité et l'orgueil ? « De grâce, n'augmentez pas mes misères. J'ai bien assez de mes blessures, de ces blessures que je supplie Dieu de guérir par des larmes presque quotidiennes, tout en me reconnaissant indigne d'une guérison si rapide. »

Emus par ces paroles de leur maître bien-aimé, les deux jeunes gens s'empressèrent de demander pardon, acceptant comme punition pour leur querelle, de la voir enregistrer par le sténographe, et passer dans la rédaction définilive (i).

Comme les dialogues de Platon et de Cicéron, ceux de Cassiciacum adressent parfois un petit compliment à celui qui les préside. Un jour qu'Augustin a été particulièrement éloquent, Alype s'écrie au nom de tous : « Tu viens de placer devant nos yeux une grande image de la vie, avec autant de plénitude que de brièveté.

(i)De Ord., I, 29-30.

UN CENACLE DE L AMITIE

Tous les jours nous buvions tes enseignements, mais aujourd'hui, nous avons été plus avides et plus ravis que jamais. »

Un peu confus de pareils éloges, le maître fait remarquer à son ami que s'il a développé ces grands principes, ce n'est pas pour lui qui les connaît parfaitement, mais à cause des adolescents qui sont là. Et puis, il s'empresse de retourner le compliment : « Ces règles de vie qui te charment toujours, Alype, tu les suis facilement. Tu y entres de tout l'élan de ton admirable nature. Je t'enseigne la théorie et tu m'apprends la pratique. )> (i)

Monique assistait souvent aux causeries philosophiques de son fils et de ses amis, mêlant sa note pieuse et grave aux tons parfois subtils et ergoteurs des jeunes gens.

La voici apparaître au milieu d'un entretien sur l'ordre. Au courant du sujet traité, elle demande où en est la discussion. Le sténographe note son arrivée et sa question. <( Que faites-vous là, dit-elle, avez-vous jamais lu dans vos livres que des femmes aient pris part à ce genre de conversation ? »

Augustin répond d'abord qu'il se soucie peu de ce que diront les hommes. On a vu du reste, chez les anciens, des femmes philosopher, et personne n'en est plus capable que sa mère. N'aime-t-elJe pas la Sagesse plus que lui-même, et pourtant il connaît son affection pour lui. N'est-elle pas arri-

(i) De Ord., II, 28.

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vée à cet idéal rêvé par les sages, à ne plus craindre aucun incident fâcheux, pas même la mort. Et Monique d'interrompre ces éloges en disant avec amour et mode-stie : « Mon fils, tu n'as jamais si bien menti. » (i)

Entendant les jeunes philosophes parler des sceptiques de l'Académie, elle s'écrie : « Que sontils donc, ces académiciens et qu'est-ce qu'ils veulent ? ))

Elle ne tarde pas à être renseignée sur leur compte et à les juger. « Oui, dit-elle, se levant pour partir, ces gens-là sont épileptiques. » Làdessus on lève la séance, au milieu d'un éclat de rire. (2)

Une autre fois, comme on soulevait des questions un peu difficiles, Augustin s'empressa de rassurer sa mère. Qu'elle n'ait pas peur de pénétrer dans la forêt des idées. La culture philosophique lui manque, mais les « yeux de la foi » y suppléeront et aussi la pureté de son âme. (( Grâce à votre esprit que je découvre tous les jours, grâce à votre âme étrangère aux bagatelles, dégagée de la matière et s'élevant toujours davantage, ces choses vous seront faciles, tout comme elles sont difficiles pour des esprits très lents et pour ceux qui mènent une vie très misérable. »

Qu'elle ne se préoccupe pas non plus de la qualité de son latin. La perfection du langage est chose toute relative. Lui-même a beaucoup de

(i) De Ord., I, 3r-32.

(2) De Beat. Vit. iG.

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peine à se faire à la prononciation des Italiens qui se moquent de son accent d'Afrique. Peut-être trouverait-on des solécismes dans ses phrases, on en a bien découvert dans celles de Cicéron ; et la vieille langue de Rome ne semble-t-ellc p^as barbare aux contemporains ? « Vous avez dédaigné ces choses qui sont puériles et ne vous regardent pas... Vous avez retenu Tàme de la grammaire, abandonnant le corps aux érudits. »

Ces problèmes obscurs qui touchent à la religion, longuement énumérés, ne doivent pas l'inquiéter. Qu'elle se contente de conserver jalousement le trésor de la foi que lui-même a eu tant de peine à reconquérir, « Je vous exhorte, autant qu'un fils peut l'oser, autant que vous me le permettez, à continuer cette vie, cette conduite avec fermeté et vigilance. ))(i)

La conclusion de ces dialogues est que, finalement, la pratique l'emporte sur la spéculation. Pour parvenir à cette vie heureuse placée dans l'autre monde, il faut vivre bien dans celui-ci. Telle est la grâce à demander à Dieu par la prière, et qui le pourrait plus sûrement que Monique elle-même ? « Afin que ces vœux soient pieusement accomplis, c'est à vous surtout, ma mère, que nous confions ce soin. C'est a vos prières, je le crois fermement et j'en suis sûr, que je dois cet esprit qui me fait préférer à tout la recherche de la Vérité, sans autre pensée, sans autre désir, sans autre amour. Vous nous obtien-

U) De Ord., IL 45-^0.

l'ame de saint augcstis

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drez ce grand bien dont vous m'avez mérité le désir. » (i)

En terminant le dialogue de la Vie heureuse, Augustin faisait une vague allusion à la Trinité. Il eut la joie de provoquer chez sa mère une prière et une belle élévation de l'âme. Se rappelant les derniers mots d'une hymne de saint Ambroise, elle chanta joyeusement :

Réchauffe-nous dans la prière, ô Trinité. Fcve précarités Trinitas

Et puis elle ajouta : « Voilà sans aucun doute la vie heureuse, la vie parfaite, vers laquelle nous nous hâtons, et voici le chemin qui y conduit : la foi solide, l'espérance joyeuse et l'ardente charité. » (2)

A Cassiciacum on n'oubliait pas les amis absents. Le plus regretté de tous, c'était le cher Nébride resté à Milan, au poste du dévouement. Des lettres allaient le consoler, le tenir au courant des études communes, et ces lettres sont véritablement des conversations à distance. « J'ai lu ta lettre à la chandelle, lui écrit Augustin, j'avais soupe, je venais de me mettre au lit, mais je ne dormais pas encore. Assis sur ma couche, je méditais longuement, je m'entretenais ainsi, Augustin avec Augustin : Nébride a-t-il raison de

(i) De Ord. II, 52.

(2) De Beat. Vit., 35. L'hymne commence par ces mots: Deas crealor onuiiuDi.

UN CÉNACLE DE l'.AJ.IITIÉ 131

me dire heureux ?... Comment m'eùt-il appelé s'il avait lu les Soliloques ? »

Après ce colloque intime, il a prié comme à l'ordinaire et puis il s'est endormi. Au réveil, il a pris la plume pour rédiger sa réponse. « Il n:i'a plu de t'écrire ces choses. Je suis charmé quand lu me dis de ne rien te cacher. Je jouis de te faire ainsi plaisir. » Pensant alors au professeur de grammaire, il saupoudre sa lettre de barbarismes en le priant de les corriger et surtout de répondre : « Donne-moi le plaisir de te lire un peu plus longuement, car je ne saurais l'exprimer combien ce plaisir est grand. )) (i)

Le dialogue de la Vie heureuse est dédié à un proconsul riche et éloquent nommé Théodore. C'était un chrétien instruit et un ami de Platon. Augustin associe son nom à celui d'Ambroise et aimait à s'entretenir avec lui à Milan. Sur le point d'arriver au port après de nombreux naufrages, il supplie cet ami de venir à son aide. « Je t'en prie, par ta vertu, par ton humanité, par les liens et le commerce qui unissent les âmes, tends-moi la main. Je veux dire : aime-moi et crois à mon affection pour toi. Avec ton secours je parviendrai facilement à cette vie heureuse où tu dois avoir atteint. Pour te montrer comment je m'efforce d'y conduire mes intimes, pour te faire connaître mon âme, je ne vois rien de mieux que de t'offrir le premier et le plus religieux de nos entretiens. )> (2)

{i)Epist., 3.

(2) De Beat. Vit., 5.

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Le traité de l'Ordre est adressé à Zénobius, à cet ami dont Augustin déplorait l'absence. Il était de ces âmes pures très aptes à recevoir les semences divines. <( Ces livres, mon cher Zénobius, te révéleront, j'espère, cet ordre que la raison réclame, qu'elle promet aux chercheurs et aux bons. Ils te feront voir aussi la vie que nous menons ici, nous, tes chers amis, le fruit que nous recueillons de nos loisirs studieux ; ton nom nous les rendra plus doux, surtout si tu règles ta vie sur l'ordre qu'on y décrit. » (i)

En rédigeant son ouvrage Contre les Académiciens en compagnie d'Alype, Augustin avait en vue son bienfaiteur Romanien. Autrefois il l'entraîna dans le manichéisme, il s'agissait maintenant de l'amener à la vérité et d'abord de le réveiller de son indifférence et de son demiscepticisme.

C'est à lui que ces dialogues sont dédiés ; ils trouveront le chemin de son cœur, car il y verra les pensées de son fils Licentius déjà poète et philosophe. Dans une préface habile et pressante, Augustin lui rappelle délicatement les nombreux bienfaits dont il l'a comblé à Thagaste et à Cartilage, et il cherche le moyen de payer sa dette.

Tous les jours il prie pour Romanien et il l'invite à unir ses prières aux siennes. Avec un peu de bonne volonté et l'application d'une si haute intelligence, pourrait-il manquer d'arriver au vrai .^ « 11 ne le permettra pas, celui à qui je

(i) De Ord., I, ^ et Epist., 2.

UN CENACLE DE L AMITIE

me suis donné tout entier et que je commence à connaître. » (i)

Lorsqu'on lit da près les écrits de Cassiciacum, l'on découvre deux hommes dans leur auteur. A côté du lettré qui lit Virgile et Cicéron, à côté du philosophe ami des néo-platoniciens, il y a le converti, le pénitent qui médite et prie en pleurant.

Ces écrits perdent souvent leur forme dialoguée. Au milieu du silence attentif des élèves, le maître parle seul, lentement, pour ne pas se fatiguer et aussi afin de permettre au sténographe do suivre. Alors le ton s'élève, les développements sont plus suivis et plus complets. Cela se remarque principalement dans le livre Contre les Académiciens.

Frappés de la diversité et de la contradiction des doctrines, désespérant d'échapper à l'erreur, de renfermer toute la vérité dans leurs affirmations, ces philosophes se sont réfugiés dans le doute, comme en un port plein de sécurité. Augustin s'attache à les réfuter, car ils ont failli l'arrêter dans sa marche vers la lumière.

D'abord il a laissé le jeune Licentius et le vétéran Trygétius s'escrim^er tout à leur aise, mais dès qu'il voit Alype revenu de Milan, il le prévient que le ton va changer. « Or çà, Alype, écoute : comme tu le sais, ce n'est point pour le plaisir de discuter que j'ai entrepris ces dialogues. Ces deux adolescents ont préludé en jouant ; jus-

Ci) C. Acad., I, 4 et II, 2 à 5.

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qu'ici la philosophie badinait agréablement avec nous. Mettons désormais de côte ces enfantillages. îl s'agit en effet de notre vie, de notre conduite, de notre âme. » (i)

L'erreur suppose la vérité, comme les ténèbres supposent la lumière. Les philosophes ne se contredisent pas toujours, il y a bien des choses qui s'imposent à tous les esprits. Après avoir donné à ses élèves un aperçu sur les différentes écoles, Augustin s'arrête avec une complaisance marquée devant Platon et son grand disciple Plotin.

11 espère rencontrer chez les platoniciens des choses en harmonie avec les doctrines chrétiennes, mais son guide sera désormais Jésus-Christ. « Pour moi, dit-il, j'ai la certiude qu'il faut s'attacher, coûte que coûte, à l'autorité du Christ. » (2)

La grande partie des journées de Cassiciacum était consacrée aux disciples. Le soir venu et les élèves congédiés, Augustin se mettait en la présence de Dieu, dans le sanctuaire de son âme. Une moitié de la nuit, tantôt la première et tantôt la seconde, se passait en méditation et en prière. L'ouvrage inachevé des Soliloques nous a conservé les échos de cette vie intérieure.

Ils s'ouvrent par une longue et touchante litanie qui rappelle à Dieu ses principales perfections, ses titres à notre reconnaissance et à notre

(i) C. Acad., II, 22.

(2) Ibid., III, 43.

i:>- CÉNACLE DE LAMITlÉ 135

amour. Comme saint Paul sur la route de Damas, le converti de Milan s'offre entièrement à la volonté divine. « Je n'aime plus que toi seul, mon Dieu, je ne cherche que toi, disposé à te suivre, à te servir toi seul. »

Trop longtem^ps il a été errant et fugitif loin de la maison paternelle, le voici de retour. Que le Père plein de clémence accueille son fils prodigue. (( Montre-moi le chemin, donne la force d'y marcher. S'il faut la foi, donne la foi ; s'il faut la vertu, donne la vertu ; s'il faut la science, donne la science. Augmente en moi la foi, l'espérance et la charité. O bonté admirable et sans pareille que la tienne ! » (i)

Discutant avec lui-même, avec sa raison, il examine quelles choses captivent encore son cœur. 11 avait dit adieu aux richesses et aux honneurs, mais non pas à l'amitié. « Pourquoi recherches-tu la compagnie de ces hommes que tu aimes ? » La réponse est toute prête : « Pour que tous ensemble, dans la concorde, nous cherchions nos âmes et Dieu. »

Il avait découvert la perle précieuse, il venait de tout vendre pour l'acquérir ; il cherchait maintenant à la communiquer à ses amis. « Il n'y a que la Sagesse, dit-il, que j'aime pour elle-même. J'aime aussi d'autres choses, mais à cause d'elle : la vie, la tranquillité, des amis. Mon amour pour cette beauté n'est point jaloux ; je voudrais, au contraire, voir beaucoup d'autres la désirer avec

(i) Soliloq., I, 1-5.

moi, avec moi soupirer après cllo, la posséder, en jouir avec moi. Ils me seront d'autant plus chers que cette bien-aimée nous sera plus commune. » (i)

Dès sa plus tendre enfance, Augustin avait senti son cœur se fondre dans l'amitié. Dans les années troubles de sa première jeunesse, son affection avait quelque cl-iose de passionné et de sensuel, il s'éprenait trop de la beauté physique, il dépassait « la borne lumineuse de l'amitié ». Calmé par la grâce et guéri, son cœur ne demande plus aux sens que les « indices de la bienveillance », la révélation de l'àme. Il aime ses amis avec autant de chaleur et de tendresse, mais il s'attache à eux comme il le prêchera plus tard : (( Parce que Dieu y est, ou pour qu'il y soit. »

Dans le cours de son dialogue intime entre sa raison et lui-même, il s'entend brusquement poser cette question : R. « Et la femme ? Ne t'arrive-t-il pas de te complaire en une femme qui serait belle, douce, pudique, lettrée, du moins facile à instruire ; elle t'apporterait, non pas des richesses dont tu ne veux plus, mais de quoi assurer tes loisirs sans te causer aucun trouble ? » — A. <( Fais-la aussi belle que tu voudras, donnelui toutes les qualités ; j'ai résolu de fuir le mariage plus que tout le reste. »

C'était là présumer de ses forces. Quelques jours après, l'image si brillamment parée venait se poser devant ses yeux, réveiller de vieux sou-

(i) SoliJoq., I, 17, -îo, 23.

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venirs, et îa raison de reprendre impitoyable : (( Le médecin intime te fait voir par là ce qu'il a guéri en toi, ce qui reste encore à guérir. )> A. « Tais-toi, de grâce, tais-toi. Pourquoi creuser si profondément, pourquoi descendre si à fond, pourquoi me tourmenter ainsi ? Je n'en puis plus à force de pleurer ; plus de promesse ni de présomption, ne m'interroge plus là-dessus. )> Il se contentera de se remettre avec humilité et confiance entre les mains de Dieu (i).

Ces pages émues et haletantes des Soliloques devraient faire réfléchir ceux qui mettent en doute la valeur historique des Confessions (2).

(i) Soliloq., 1, 17, 20, 26.

(2) L'opposition prétendue entre les Confessions et les écrits de Cassiciacum a toute une littérature. Cf. Louis de Mondadon : Les premières impressions catholiques de saint Augustin ; Etudes t. GXIX, p. 443444. Voir aussi Gibb and Montgomery, The Confessions of Augustine, Introd., LX-LXIV, où se trouve finement réfutée la théorie extrême de L. Gourdon. Essai sur la conversion de saint Augustin, Cahors, 1900. Montgomery consacre un chapitre de son ouvrage déjà cité à résoudre ce problème de psychologie religieuse. J'ai été heureux de constater que nos vues concordent tout à fait. Op. cit p. 82-66.

D'après M. Prosper Alfaric, le drame moral raconté dans les Confessions n'aurait guère existé que dans l'imagination d'Augustin et dans ses intentions apologétiques. Les récits du prêtre Simplicien, ceux de l'officier Ponticien, l'épisode du jardin sont pourtant des faits matériels dont il est difficile de nier l'objectivité et l'influence, surtout quand on a dit d'Augustin qu' a il ne sait pas mentir. » Ne pouvant pas les réduire directement, on usera d'un moyen détourné. « Des détails aussi évidemment fictifs que l'apparition des passions et celle de la chasteté donnent lieu de craindre que d'autres

Les psaumes de David offraient au pénitent des expressions choisies pour traduire les sentiments de son âme. « Avec quels accents, mon Dieu, ai-je

en apparence plus naturels, ne soient pas plus exacts. » Op. cit. p. 892.

M. Alfaric a soumis les écrits de Cassiciacum à une critique ctrangc. Augustin y parle beaucoup du secours divin qu'il demande avec prières et larm.es, en particulier dans les Soliloques. Impossible de le nier, mais ne seraitce pas là du néo-platonisme ? « La doctrine augustiniennc de la grâce s'ébauche ici d'une façon très nette. Elle se rattache directement aux conceptions néo-platoniciennes. Ennéades, V, 3, 17. » Ihid., p. 433, note i. Par malheur, le texte dont il s'agit contient des citations implicites de l^ livres du Nouveau Testament. Soliloques, I, 3.

Dans le même passage, Augustin parle de la foi, de l'espérance et de la charité, et il prie Dieu d'augmenter en lui ces 3 vertus. Il est vrai, mais le texte ne serait-il pas suffisamment détaché de ce qui précède et de ce qui suit pour qu'on puisse le dire « inséré après coup. » ? Quant à la prière, ne pourrait-on pas l'attribuer à Monique, p. 434, note 3. Des exemples de la même méthode se retrouvent p. 5o2, 5o3, 5o6. C'est vraiment abuser de r (( interpolationskritik ».

L'Eglise est loin d'apparaître au converti de Cassiciacum tout simplement « comme une grande école où se forme le peuple ». Elle s'impose au penseur qui y subordonne sa philosophie. C. Acad., III, 43. De Ord., II, iG, 2G, 27. Pour lui, Jésus-Christ n'est pas seulement « le Platon des foules » ; il est aussi, il est surtout, le médecin céleste auquel il a confié totalement, avec l'illumination de son esprit, ila guérison de son cœur.

Le problème a été repris tout récemment et résolu avec une érudition pénétrante. Charles Boyer. Christianisme et Néo-Platonisme dans la Formation de saint Augustin. i'eauchesne, 1920. Le lecteur pourra constater que nos conduisions sont sensiblement les mêmes.

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chanté les psaumes de David, ces cantiques fidèles, ces sons pieux qui chassent l'esprit d'orgueil, lorsque, novice dans ton amour, je me trouvais dans cette villa... Comme mon âme vibrait dans ces chants, comme elle s'y enflammait ; je brûlais d'aller les chanter à tout l'univers contre l'orgueil du genre humain. )>

Augustin n'était pas encore le docteur de l'Eglise ni le maître de l'ascétisme chrétien, mais il avait dès lors les qualités qui le préparent : une profonde hum.ilité d'esprit et une admirable droiture de volonté.

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