‹ L'âme de St. AugustinChapitre 26 sur 30 · EN FACE DU PAGANISME ET DE L EMPIRE ROMAIN · texte numérisé non relu

EN FACE DU PAGANISME ET DE L EMPIRE ROMAIN

C'éîdit la fille qui attaquait la mère. Pour en finir, on eut recours à un expédient qui sera repris plus tard, sur le sol de Bretagne, dans le célèbre Combat des Trente. Rome restait victorieuse ; mais, parmi les six champions, un seul revenait vivant. Et cette bataille finale allait avoir un épilogue qui révolte singulièrement le cœur de l'évêque d'Hippone.

Vainqueur des trois Guriace, l'unique survivant des trois Horace rentrait à la tête de l'armée romaine, portant sur ses épaules les dépouilles des vaincus. Sa sœur était fiancée à l'un des champions d'Albe. Quand elle aperçut, parmi les dépouilles, la cotte d'armes qu'elle avait tissée elle-même pour son fiancé, elle ne put retenir ses larmes. L'impitoyable frère, indigné de voir pleurer un ennemi, la tua de sa propre main. (( Pour ma part, s'écrie Augustin, le sentiment de cette seule femme me semble plus humain que ceux du peuple romain tout entier. » Puis, détournant les regards de ce patriotisme farouche, il y oppose le pieux héros de Virgile. Penché sur le jeune soldat qu'il vient de transpercer, comme malgré lui, Enéo contemple avec pitié la tunique brodée par la main maternelle, et maintenant pleine de sang ; il relève ses cheveux souillés et lui tend la main en pleurant fi).

Cette passion de dominer qui secoue et brise le genre humain portait Rome à se réjouir si cruellement de sa victoire sur Albe, à nommer

(i) Enéide, X, v. 8i5-83o.

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gloire son ciiinc. <( Qu'on enlève enfin aux choses ces toits mensongers, ces blanchissages trompeurs, pour qu'on les examine sincèrement. Qu'on ne vienne pas me dire : Grand celui-ci et celui-là, il s'est battu avec un tel, et il l'a vaincu. Les gladiateurs, eux aussi, combattent et sont vainqueurs, et cette cruauté, elle aussi, provoque des louanges. » (i).

Rome a-t-elle nui aux différentes nations qu'elle a subjuguées ? Elle ne l'eût point fait, si cette soumission, au lieu d'être le résultat d'immenses guerres, avait été le fruit d'une entente cordiale. Encore eût-il fallu faire du premier coup ce qu'on fit sur le tard : accorder aux nouveaux sujets le droit de citoyens romains. Dans ce cas, le peuple incorporé à l'empire n'aurait rien perdu ; de bons administrateurs auraient subvenu à ses besoins avec générosité et concorde.

Tout cola est vrai, répond Augustin, mais alors oii serait la supériorité des Romains ? Xc vientelle pas de la victoire, et comment être victorieux sans guerre et sans vaincus ? Les empires agrandis par les armes ne lui paraissent pas plus heureux pour autant, ils ne sont pas exempts d'impôts, ils n'ont pas le monopole des sciences et des arts ; ses sympathies vont aux petites nationalités dont il veut favoriser la libre éclosion. « Les choses iraient bien mieux si tous les royaumes étaient petits, vivant les uns à côté

(i) De Civ. Dei. III, i4.

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