‹ L'âme de St. AugustinChapitre 28 sur 30 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

L'Ame naturellement chrétienne

Lliumilité d'esprit. — La droiture du cœur. Nos raisons de croire.

Dans sa course vagabonde après la Sagesse, Augustin s'arrêta un jour pour regarder en arrière. (( Je rentrai en moi-même, et comme du bord de la route je contemplai cette religion dont mon enfance avait été imbibée jusqu'aux moelles et qui m'attirait à mon insu. » d) Pour lui, cliercher la Sagesse, la Vérité, c'était avant tout chercher la réponse à deux problèmes : le problème de l'âme et le problème de Dieu. (( Je nomme sages, non pas les hommes de sens ou de génie, mais ceux qui ont sur l'homme et sur Dieu une connaissance ferme, autant que le permettent les forces humaines, et qui règlent leur vie d'après cette science. » (2)

(i) C. Acad.. II, 5.

(2) De Util cred.,

Au cours de sa longue vie, il s'arrêtera souvent pour considérer les routes qui éloignent de la vérité et celles qui y ramènenl ; d'abord afin de confesser ses propres égarements devant Dieu et devant les hommes, et puis, dans l'espoir d'éclairer ses contemporains, ou même ceux qui liront ses livres tout le long des siècles.

A l'occasion du texte évangélique, où nous voyons un homme réveiller son ami, à minuit, pour lui demander trois pains, le prédicateur d'Hippone interpelle son auditoire. « Un ami vient te trouver parfois, fatigué dans les chemins de l'erreur, incapable de trouver et de recevoir la vérité qui rend heureux. Il vient à toi et dit : Explique-moi ta religion, fais de moi un chrétien. Et peut-être, dans la simplicité de ta foi, tu ne sais pas que répondre, tu n'as pas de quoi apaiser sa faim. Rappelé ainsi au sentiment de ton ignorance, désireux d'instruire les autres, honteux surtout d'avoir été pris au dépourvu, tu t'appliques à l'étude afin de mériter de savoir. » (i)

C'était là stimuler les fidèles à comprendre leur religion, mais il ne prétendait nullem(înt faire de chacun d'eux un apologiste inconfusiblc. C'est lui-même qui se chargera de répondre pour tous aux lettrés et aux savants, toujours prêt à rendre raison de sa foi et de son espérance. Il fut In plus grand apologiste de son temps et ne semble pas avoir été dépassé depuis. Son expérience

(i) Serm., io5, 2 et a^i, i.

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personnelle de converti donne à ses arguments quelque chose d'émouvant et de contagieux qui va au cœur.

La route qui l'a conduit à la vraie religion fut longue et pénible, il ne l'oubliera jamais. « Tu avais décrété, ô mon Dieu, que la terre produirait sous mes pas des ronces et des épines, et qu'elle serait laborieuse, la conquête de mon pain. » ( i) Ces souvenirs l'ont rempli de mansuétude et de compassion à l'égard des égarés et des chercheurs sincères. A l'exemple de son Maître divin, il n'éteint pas la mèche encore fumante, il ne brise pas le roseau froissé. Il s'ingénie à découvrir dans les âmes l'étincelle qull pourra rallumer.

Augustin représente les chercheurs de la vérité voguant vers un port dont l'entrée est difficile à cause d'un rocher redoutable ; ce rocher, c'est l'orgueil de l'esprit. Il a le droit d'en parler, car il y a heurté lui-même plus d'une fois. Il y heurta lorsque, fier de sa raison de vingt ans, il dit adieu à la foi de sa mère, se demandant quelle religion il adopterait, si toutefois il devait en adopter une. C'est ainsi qu'il se jeta dans les filets manichéens d'où il eut tant de peine à se dégager.

Une seconde fois, il toucha le terrible écueil et faillit sombrer pour toujours ; ce fut lors de son engouement pour les néo-platoniciens. Au lieu de prendre conscience de ses misères, il commençait à faire le philosophe, à s'enfler de son petit savoir. Ces expériences douloureuses lui ont servi

(i) Conj., rv, 29.

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doublement, pour sa conduite personnelle et pour la conduite des autres.

Les deux tableaux bien connus de Rubens et de Poussin nous montrent l'évéque d'Hippone penché avec stupeur au-dessus d'un enfant qui, une coquille à la main, veut faire passer l'océan dans un petit trou creusé au milieu du sable. Interrogé par le grand docteur et repris de sa folle intention, l'enfant aurait répondu : « J'aurai réussi dans mon travail avant que vous ayez approfondi le mystère de la Trinité. » (i)

Si Augustin n'a jamais rencontré sur le rivage cet enfant mystérieux, il a certainement entendu au fond de son cœur, il a compris et pratiqué la parole de Jésus : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes. » (9.) Rares sont les esprits qui ont soulevé tant de problèmes, proposé tant de solutions, plus rares encore sans doute ceux qui ont avoué si modestement leurs incertitudes et Itnirs ignorances, qui ont accepté avec tant de respect et tant d'amour les obscurités de la foi.

Dans ses homélies sur saint Jean, il s'arrête souvent pour s'excuser de son audace à vouloir suivre l'aigle qui plane si haut et fixe le soleil de la vérité. « O mes très chers, dit-il, qu'elle soit loin de moi, cette présomption, si je veux rester sain dans la maison du Dieu vivant, dans

Ci) Dcr El. Auyustinus. Von Aug. Eggcr p. 107 et 117 Mûnchen tqto. Snmmlung iUustrierten HeWgenlehen. (2) Math., XI, 29.

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l'Eglise, la colonne et le firmament du vrai 1 Ce que peut saisir ma petite capacité, je vous le sers. Je me nourris avec vous quand on daigne m'ouvrir ; quand la porte reste fermée, nous frappons ensemble. )> (ij

Se souvenant toujours de son incrédulité de jadis, il aime à retrouver sa propre image dans l'apôtre Thomas, qui disait de Jésus ressuscité : (( Si je ne vois dans ses mains les marques des clous, si je ne mets mon doi^t dans ces marques, et ma main dans son côté, je ne croirai pas. » Luimême eut pendant longtemps de ces exigences orgueilleuses et déraisonnables. Avant d'accorder son assentiment, il voulait avoir la vision, vision des yeux ou vision de l'intelligence.

Absorbé d'abord entièrement par ce monde visible qui nous enveloppe et nous pénètre de toutes parts, il était persuadé que là s'arrêtait le monde des réalités. (• Lorsque je voulais me représenter mon Dieu, je me figurais quelque chose de corporel, car tout ce qui n'était point corps me paraissait alors un pur néant. C'était la principale et presque l'unique raison de mon inévitable erreur. )> (2)

Guéri de ce matérialisme, il tomba dans une autre forme de l'orgueil intellectuel : il voulait aAoir en tout des certitudes mathématiques. « Dans les choses que je ne voyais pas, je voulais être aussi certain que de cette vérité : 7 et 3

(i) In Joan. Tr. 18. i. Tr. 5o. 7 à 10. Tr. 53, 4, (2) Conf.. Y, 19.

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font lo. » C'est avec de telles dispositions qu'il assista d'abord aux prédications d'Ambroise (i).

Jésus qui voulait faire de cet orgueilleux que fut Augustin, le docteur de l'humilité, eut à son égard, comme à l'égard du disciple incrédule, des condescendances divines. Au jardin de Milan et à la fenêtre d'Ostie, il s'était fait sentir à son intelligence et à son cœur ; mais, en même temps, il le pénétrait jusqu'au fond de l'âme du grand avertissement : « Bienheureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru. )> Personne n'aura la foi plus facile et plus simple et personne aussi n'aura au même degré le don de la communiquer.

Pour montrer aux hommes combien la foi est chose naturelle et nécessaire dans la vie quotidienne comme en religion, il a écrit deux petits livres aux titres et aux allures tout à fait modernes. L'un s'appelle UUtUité de croire, et l'autre La Croyance aux choses invisibles. Que de choses admettons-nous comme absolument certaines sur le simple témoignage d'autrui. Presque toutes nos connaissances d'histoire et de géographie sont de cette nature.

Les relations de famille et de société reposent toutes sur l'amour et sur l'amitié ; or, l'amour et l'amitié comportent seulement une certitude de croyance. Vous êtes convaincus que tels sont bien vos parents, là-dessus point de doute possible. Essayez donc de le prouver par le strict raisonnement. Est-ce bien là votre père ? — Pas d'autre

(i) Conf., VI, 6.

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témoignage que celui de votre mère. Et votre mère elle-même, en êtes-vous bien sûr ? Seule la sage-femme ou la nourrice pourra vous l'assurer. Vous dispenserez-vous d'aimer vos parents, sous prétexte qu'il reste possible que vous ne soyez pas leur fils ? Et votre ami ? Vous voyez son visage, mais vous ne voyez pas son cœur, son affection, vous y croyez tout simplement. Certes, il vous prodi,2"ue le?, marques de son amour ; mais le Christ, lui aussi, multiplie les indices de vérité et les gages de bonheur (i).

L'âme religieuse doit accepter de croire, elle doit également se résigner à l'ignorance de bien des choses. En ouvrant la Bible, nous lisons ce texte : <( Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. )) A propos de cette phrase, certains ergoteurs ont trouvé intéressant de poser la question suivante : « Que faisait-il donc avant de créer ? » Il se trouva un homme spirituel pour leur donner la réponse qu'ils méritaient : « Avant de créer, dit-il, Dieu s'occupait à fabriquer l'enfer pour les gens trop curieux. » Après avoir rapporté ce trait en souriant, Augustin ajoute : (( Pour moi, je n'aurais pas répondu ainsi ; car provoquer le rire, ce n'est pas répondre. J'aurais dit tout simplement : Je n'en sais rien. »

Comment voulez-vous comprendre l'éternité divine puisque le temps lui-même demeure un mystère pour vous ? Ce petit mot nous est très

(j) De Util, cred., De Fide rerum quœ non videntur. passim.

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familier, n'est-ce pas ? Nous le prononçons et nous l'entendons à chaque instant ; et, dès qu'on nous demande de l'expliquer, nous ne savons que dire (i). Avant de s'approcher de nous par l'Incarnation, Dieu daigna emprunter notre langage pour être compris de notre faiblesse. Il a dit qu'il est bon et juste ; il a dit parfois qu'il se fâche, quMl se repent, qu'il ignore. Ces mots que nous devons corriger nous permettent de monter graduellement jusqu'à l'ineffable réalité, puis nous rentrons dans le silence sacré de notre cœur (2).

Le prêtre Deogratias avait reçu d'un païen désireux de se convertir, six objections contre le christianisme. Comme beaucoup d'autres, en pareil cas, il s'était empressé d'expédier le tout à l'évéque d'Hippone. Au nombre des. difficultés se trouvait, bien entendu, celle de Jonas dans le ventre de la baleine.

Augustin envisage d'abord l'objection en ellemême. Il invite cet homme qu'il connaît à se faire une idée de ce poisson monstrueux. Qu'il interroge les pêcheurs et les matelots, qu'il aille voir les côtes de baleine exposées là-bas, dans le musée de Carthage, et il pourra juger de ce que devaient être cette bouche et ce ventre. Les habits dn Jonas, il est vrai, auraient rendu la chose plus difficile ; mais LKcriture n'en parle pas : c'est probablement au bain qu'il aura été happé.

Peu confiant dans sa réponse, il a soin d'élar-

fi) Conj., XI. 12, i/i, 17.

^1) Serra., r>/ii, 9 et De Trin., I,

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gir le problème et de rappeler les principes de la foi. Notre ami n'objecte pas la résurrection de Lazare, ni celle du Christ. N'est-ce pas là pourtant chose plus incroyable que de passer trois jours dans le ventre d'une baleine ? Il est bien facile de railler les mystères du christianisme : il y a longtemps que les chrétiens auraient cessé de croire s'ils s'étaient laissé impressionner par les sarcasmes des païens.

La lettre se termine par le sourire mélancolique d'un homme qui connaît les limites de l'esprit humain et les profondeurs insondables de la doctrine chrétienne. « J'ai répondu de mon mieux aux difficultés soumises ; mais il y en a bien d'autres ; la vie ne serait pas assez longue pour les réfuter toutes. Que ce cher homme n'oublie pas quelle est la condition humaine et aussi qu'il se rappelle son âge. Qu'il n'attende pas pour croire la fin des discussions ; il risquerait fort de mourir sans la foi. » (i)

Un jeune et brillant écrivain, récemment converti du donatisme, avait écrit sur la nature de l'âme et son origine, sans se douter des difficultés du sujet et des erreur.? où il pouvait tomber. Il s'étonnait de voir l'évêque d'Hippone, lui, le grand docteur, si réservé, si hésitant sur ces questions. Celui-ci le félicite d'avoir quitté le schisme de Donat, mais qu'il prenne garde de glisser dans l'hérésie par ses théories aventureuses qui font de l'âme une parcelle de Dieu. « Réfléchis sincère-

(i) Epist., I02, 3o-38.

ment, humblement, et tu verras combien ii eût été utile pour toi de savoir ignorer co que tu ne savais pas ; combien il te serait utile de îe savoir maintenant. Comprends quelles choses tu ne compri^nds pas, de peur do ne rien cc>mprendre du tout. »

Puis, c'est le maître vénérable qui s'adressa paternellement au débutant inexpérimenté.

« Mon fils, que ma circonspection de vieillard ne déplaise pas trop à ta juvénile présomption. En attendant d'être éclairé par Dieu ou par quelque savant sur l'origine de l'âme, je préfère avouer mon ignorance, ici comme en beaucoup d'autres choses, plutôt que de me lancer dans des explications obscures et téméraires. » (i)

Le jeune auteur accepta les avis et se corrigea, mais tous n'ont pas la même docilité. Pourquoi certains membres du clergé donatiste s'obstinèrent-ils dans le schisme, après la Conférence de Garthage ? <( Ils craignent, disait Augustin, que les hommes de leur parli disent : Pourquoi nous avez-vous trompés, pourquoi nous avez-vous séduits, pourquoi avez-vous débité tant d'erreurs ? — S'ils avaient la crainte de Dieu, ils devraient répondre : Se tromper est humain, c'est le fait de s'obstiner dans l'erreur qui est diabolique. Sans doute, il eût mieux valu ne pas tomber dans l'erreur, mais le mieux est désormais d'en sortir. Trompés nous-mêmes, nous avons trompé les

(t") De Anima et ejus origine, IV, i5-i6 et Retract. , II, 56.

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autres : Nous avons erré ensemble, ensemble aussi sortons de l'erreur. » ( i)

De toutes les formes de l'orgueil intellectuel, la plus difficile à guérir est l'attachement obstiné à une opinion personnelle. Augustin a écrit à propos de l'idolâtrie : « 11 y a dans le culte des idoles un degré plus funeste et plus bas : C'est un culte religieux absolu pour toutes les pensées que, dans son orgueil et dans sa présomption, une âme déçue a pu imaginer. » (2) L'autonomie complète de l'esprit est radicalement opposée à la foi chrétienne.

Leibnitz, dans les Essais sur V entendement humain, a écrit cette phrase célèbre : « Si la géométrie s'opposait autant à nos passions et à nos intérêts présents que la morale, nous ne la contesterions et ne la violerions guère moins que la morale, malgré toutes les démonstrations d'Euclide et d'Archimède, qu'on traiterait de rêveries, et croirait pleines de paralogismes. » (3) Saint Augustin aurait volontiers signé ces paroles.

Que les angles d'un triangle égalent deux droits, peu nous importe ; aussi la géométrie n'a point fait d'incrédules, ni non plus de martyrs. Mais, que Dieu existe, qu'il ait révélé aux hommes une doctrine obligatoire, qu'il ait institué une société religieuse où il faille entrer sous peine de condamnation éternelle, voilà qui nous

(i) Serni., i64, i4.

(2) De Ver. Relig., 69 et Conf., XII, 34-

(3) Nouveaux essais., I, 11, 12.

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touche de près. Pour envisager ces questions avec sincérité, pour les résoudre loyalement, il faut accepter d'avance les conséquences pratiques qu'elles comportent.

C'est probablement l'évêque d'Hippone qui a le mieux mis en relief le rôle du vouloir, du bon vouloir, dans la conquête de la vérité religieuse. Lorsque le fervent catéchumène de Cassiciacum suppliait Dieu d'accueillir son enfant prodigue, de lui indiquer le chemin du retour, il soupçonnait vaguement qu'il lui faudrait trois choses pour arriver au terme : la foi, la vertu et la science. Cette loi entrevue de bonne heure ne fera que se confirmer dans son esprit et se répéter dans ses paroles et sous sa plume. La foi suppose et appelle la science, mais l'adhésion de l'âme au christianisme présuppose la vertu, du moins le désir sincère de la vertu, la volonté de devenir meilleur.

L'homme n'est pas naturellement athée ; il peut cependant s'envelopper de ténèbres si épaisses qu'il en arrive à dire dans son cœur : Il n'y a pas de Dieu. « L'impie déteste l'intelligence ellemême, et parfois l'âme pervertie craint de comprendre pour n'avoir pas à mettre en pratique les choses comprises. C'est de ceux-là que le psalmiste a dit : Noluenini intelligere ut bene agerent. » (i)

Déjà Isaïe reprochait aux Juifs de vouloir fei-

(i) In Ps. 87, 12 et Serm., i56, i.

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mer la bouche aux prophètes, de faire la sourde oreille devant les révélations de lahvé :

Ils disent aux voyants : Ne voyez pas ; Aux prophètes : Ne nous prophétisez pas de châtiments ; Dites-nous des choses agréables Prophétisez-nous des rêveries !

Otez-vous du chemin, Ecartez-vous du sentier, Cessez de mettre sous nos yeux Le Saint d'Israël, (i )

Lorsque le Saint d'Israël parut sur la terre, ses contemporains et ses compatriotes, les Juifs impies méconnurent sa venue comme leurs ancêtres avaient méconnu sa promesse : « Vous cherchez à me faire mourir, leur disait-il, moi qui vous dis la vérité que j'ai entendue de Dieu. » A propos de ce texte de saint Jean, Augustin s'écrie, dans ses Confessions : a Gomment se fait-il, ô mon Dieu, que la vérité engendre la haine, que ton Messie soit devenu haïssable aux hommes qu'il venait éclairer, puisque tous désirent le bonheur qui est la joie de la vérité ? C'est que chacun voit la vérité dans ce qu'il aime ; nous craignons d'être convaincus d'erreur, nous aimons la lumière de la vérité, sauf quand elle contrarie nos doctrines ou nos désirs. »

A l'occasion du premier verset du psaume 32 qui invite les justes à se réjouir dans le Seigneur, le pasteur d'Hippone disait : « Voici un avis bien

(i) Ch. 29 (Vulg. 3o) lo-ii (trad. A. Condamin).

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court : Celui-là plaît à Dieu, à qui Dieu plaît. Ne pensez pas, mes très chers, que ce soit là une parole superficielle. Comme ils sont nombreux, ceux qui disputent contre Dieu et critiquent ses œuvres. Au lieu de corriger leur volonté mauvaise, de la soumettre aux commandements divins, ils s'indignent de ne pouvoir assujettir le Seigneur à leurs caprices, ils ont beaucoup plus de complaisance pour le comédien qui les amuse. » (i) Ceux-là détestent la lumière, parce que leurs œuvres sont mauvaises, parce qu'ils n'ont pas la droiture du cœur.

Si l'on veut faire comprendre et faire accepter aux âmes la révélation chrétienne, on doit d'abord dégager au plus profond d'elles-mêmes le désir, le besoin que cette révélation seule peut combler. Il faut exciter en elles « l'inquiétude religieuse », ce sentiment complexe, mais réel, qui fut si intense dans l'ame d'Augustin, et auquel il a donné son expression immortelle. « Tu nous a faits pour toi, ô mon Dieu, et notre cœur est inquiet jusqu'à ce qu'il se repose en toi. » Cette soif de vérité religieuse, cette nostalgie de l'audelà empêche de s'endormir dans l'ignorance ou le scepticisme, de placer son idéal dans le bonheur fugitif et mêlé de la vie présente.

La longue lettre écrite à Honorât pour le ramener du manichéisme à l'Eglise catholique insiste singulièrement sur les affinités secrètes de l'âme humaine et du christianisme pur. Une âme con-

(i) Enarr. 2. Serm.

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vaincue de Fexistonce d'un Dieu qui s'occupe de nous peut-elle rester indifférente devant une religion qui se réclame de lui ? Ne convient-il pas d'examiner ses livres sacrés, d'interroger ses docteurs, faudrait-il pour cela traverser l'océan et courir jusqu'aux extrémités du monde ? Et quand nous les aurons rencontrés, aurons-nous pour eux moins d'im.partialité et de bienveillance que pour les poètes et les orateurs que nos ancêtres nous ont recommandés ?

Mais voici une grande difficulté : On peut connaître l'or et l'argent sans les posséder ; comment celui qui ne possède pas encore la Sagesse pourra-t-il la discerner par l'œil de son esprit ? La lumière est douce et pourtant elle blesse les yeux endoloris ; le pain est délicieux et cependant le palais malade ne lui trouve aucune saveur. A cette difficulté effroyable, Dieu seul peut porter remède. Aussi la lettre se termine-t-elle par une promesse de prière et une invitation à prier. (( Voilà pourquoi, si mes paroles t'ont quelque peu touché ; si, comme je le crois, tu te soucies de ton bonheur, écoute-moi : Livre-toi avec une foi pieuse, avec une joyeuse espérance et une charité simple aux docteurs du christianisme catholique. Ne cesse pas de prier le Dieu qui nous a créés par bonté, qui nous châtie parfois selon la justice, qui nous affranchit par sa miséricorde. » (i)

En commentant le chapitre V de saint Jean,

(i) De Util, cred., 36 et passim.

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l'évequc d'Hippone s'arrête longuement sur les paroles de Jésus : » Personne ne peut venir à moi si mon Père ne l'attire. » Cette attirance du Père, c'est la révélation ' t) elle-même qui s'offre à une ame, avec le secours divin qui l'accompagne. « Grand éloge de la grâce ! Personne ne vient s^il n'est attiré. Qui attire-t-il, qui n'attire- t-il pas P Pourquoi celui-ci et pourquoi pas celui-là ? Ne cherche pas à juger si tu ne veux pas t'égarer. Ecoute seulement et comprends ceci : Tu n'es pas encore attiré ! Prie pour qu'on t'attire. Qu'est-ce à dire, mes frères, si nous sommes tirés vers le Christ ; nous croyons donc malgré nous, on nous violente, on n'excite pas seulement notre volonté. On peut entrer dans une église malgré soi, on peut s'approcher de l'autel à contre-cœur^ on peut recevoir le Sacrement par contrainte : Croire^ on ne le peut pas sans le vouloir. »

Chaque être est attiré par l'objet qui peut combler ses désirs et ses besoins, et le poète a eu raison de dire :

Trahit sua quemque voluptas.

Ce n'est ni l'obligation, ni la nécessité qui nous attire, c'est le plaisir. « Vous montrez à la brebis une touffe d'herbe, un rameau vert, et vous l'attirez. Vous présentez des noix à l'enfant et il court ;

(i) Par ce mot révélation, on entend ici la doctrine chrétienne elle-même et la grâce requise pour y adhérer dans l'acte de foi.

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c'est l'amour qui le fait courir ; point de violence corporelle, mais l'inclination du cœur. )>

Indigné devant les Juifs incrédules qui murmuraient contre la promesse eucharistique, Augustin s'écrie : « Donne-moi quelqu'un qui aime et il comprendra. Donne-moi quelqu'un qui sent la faim, la soif, l'exil de cetUe solitude, qui soupire après la source de l'éternelle patrie, donne-moi un tel homme et il saura ce que je dis. Mais si je m'adresse à un indifférent, il ne saura même pas de quoi je parle. Tels étaient ces Juifs qui murmuraient. » (i)

Saint François de Sales, dans son langage charmant, fera écho à ces paroles du grand docteur d'Hippone. « Sans doute, Théotime, nous ne sommes pas tirés à Dieu par des liens de fer, comme les taureaux et les buffles, ains par manière d'allèchement et attraitz délicieux et de saintes inspirations... Il jette dedans nos cœurs des délectations et plaisirs spirituelz comme des sacrées amorces par lesquelles il nous attire suavement à recevoir et goûter la douceur de sa doctrine. » (2)

Pour être attiré par l'appât des biens éternels, il faut les aimer, et voilà pourquoi, dans toute conversion, le dernier mot est à la volonté, à la bonne volonté. « C'est l'amour qui demande, c'est l'amour qui cherche, c'est l'amour qui frappe, c'est l'amour qui fait adhérer à la révélation, et c'est l'amour aussi qui maintient l'adhésion don-

Ci) In Joan., Tr. 26, 1-6.

(2) Traité de l'Amour de Dieu, II,

née. » Certes, toutes ces démarches mystérieuses A ers la loi se font sous l'inlluenc^ de la grâce ; mais l'âme peut toujours résister aux appels de Dieu qui respecte infiniment liotre liberté.

Quand il prêche l'humilité d'esprit et la droiture du cœur, Augustin est loin de méconnaîtra' les droits de l'intelligence ; il veut, au contraire, dissiper les brouillards qui l'empêchent de regarder et de voir. Il n'a jamais parlé aux incrédules de son temps comme parlera Pascal aux libertins duxvii^ siècle dans son argument incisif, mais équivoque du <( pari ». On aurait grand tort de voir en lui l'ancêtre de ce fidéisme aveugle qui a toujours eu des partisans, et dont Kant faisait profession lorsqu'il écrivait sa phrase célèbre : (( Je devais donc abolir la science pour faire place à la croyance. » (i)

II n'a rien de commun avec les apologistes qui prétendent amener les âmes au christianisme indépendamment de sa vérité, en raison de sa valeur utilitaire et pragmatique ; il veut conver- !ir les autres comme il s'est converti lui-même, parce que la religion du Christ lui apparaît comme la vérité absolue, vivante et vivifiante. Il répète volontiers les paroles audacieuses adressées par saint Paul aux Corinthiens : (( Si Jésus n'est pas ressuscité, votre foi est vaine... Si notre espérance se borne à cette vie, nous sommes les plus

(i) (( Ich musste also d;is WJsscn aiifhebcn, um zAïm Glaubcn Platz zu maclien. »

Kritik dcr rcincn Vcrnunft.

Vorrcde.

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malheureux des hommes... Si les morts ne ressuscitent pas, mangeons et buvons, car demain c'est le tombeau. ^) (i)

Les chrétiens sont avant tout des croyants ; savants ou ignorants, ils admettent tous des choses qu'ils ne comprennent pas. Mais cette foi n'est pas aveugle, elle s'établit sur des connaissances certaines qui varient avec les capacités intellectuelles de chacun. S'il nous est impossible de connaître Dieu parfaitement, il nous est presque aussi difficile de l'ignorer tout à fait. L'œil de l'intelligence, servi par une volonté droite, se charge de nous révéler le Créateur tout comme les yeux du corps nous révèlent ce monde qui nous entoure (2).

L'n jour, l'évêtjue d'Hippone recevait de son disciple et ami Evodius une lettre fort curieuse et passablement inquiétante. Cet élève qui avait discuté avec lui en Italie, à Thagaste et à Hippone, était maintenant évéque d'Uzala ; il avait conservé son don d'ergoter indéfiniment et de compliquer les choses. Confondant la raison d'être de Dieu avec la raison qui le découvre, il se demandait si ce n'était pas là le produit, la création de notre esprit. Désespérant de résoudre ces questions troublantes, l'évêque penchait fortement vers l'agnosticisme, disposé à ranger la divinité parmi les choses inconnaissables (3).

(i) I Ad Corinth., XV.

(2) De Util cred., 29, i4, 33.

(3) Epist., 160.

Augustin invite aimablement son disciple à revoir les ouvrages qu'ils ont composés ensemble sur le libre arbitre et la spiritualité de l'âme, et il ajoute : <( Lis seulement avec attention mon livre intitulé La véritable religion, et tu verras que Dieu n'est ni un produit, ni un postulat de la raison. Quand nous disons 7 et 3 doivent faire 10, nous ne parlons pas rigoureusement. Ils ne doivent pas faire 10, mais bien font 10. De même, la raison ne dit pas : Dieu doit être ; elle dit : Dieu est. » (i)

Saint Paul, au début de son E pitre aux Romains, reproche aux païens d'avoir tenu la vérité captive dans leur intelligence, de n'avoir point conformé leur culte aux lumières qu'ils possédaient sur la divinité. « Pourquoi, s'écrie Augustin, pourquoi les païens sont-ils inexcusables ? Parce que, connaissant Dieu, ils ne l'ont pas glorifié, ils ne l'ont pas remercié comme tel... Et d'où l'ont-ils connu ? Par les choses qu'il a faites. Interroge la beauté de la terre, interroge la beauté de l'océan, interroge la beauté du firmament, l'ordre des astres, l'éclat du soleil qui illumine le jour, la splendeur de la lune qui tempère l'obscurité de la nuit... Toutes les créatures te répondent : Regarde, nous sommes belles. Leur beauté, voilà leur témoignage. » (2).

Dans une page célèbre des Confessions, cette élévation de l'Ame jusqu'au Créateur par le spec-

(i) Epist., 162, 2.

(2) Serm., 24i, 1-2.

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tacle des créatures est développée avec plus d'éloquence encore et plus d'émotion. Après avoir proclamé qu'il aime Dieu et que l'objet de cet amour dépasse toutes les réalités de ce monde, il supplie les créatures de lui en dire quelque chose : « Et j'ai dit à toutes les choses qui se pressent aux portes de mes sens : Ce Dieu que vous n'êtes pas, dites-moi quelque chose de lui. Et elles ont crié d'une voix retentissante : « C'est lui qui nous a )) faites. )) l'i'i La moindre parcelle de réalité changeante suppose la réalité qui ne change pas, et cette réalité c'est Dieu (2).

La raison hum.aine peut facilement s'élever jusqu'au Créateur, il ne lui est pas difficile non plus de voir la divinité de la religion chrétienne. L'argument le plus frappant, le mieux adapté à toutes les intelligences provient du fait même de l'Eglise catholique. Cette apologie qui sera développée brillamm^ent par Lacordaire à Notre- Dame de Paris et consacrée par le Concile du Vatican est chère à l'évêque d'Hippone.

Il ne s'est pas converti les yeux fermés, et ne demande pas aux incrédules le sacrifice de leur inteîligence. u Ils se trompent grandement ceux qui pensent que notre foi au Christ ne repose pas sur des indices de vérité. Où trouverez-vous des signes plus évidents que celui d'une chose prophétisée qui s'accomplit sous nos yeux ? Vous qui réclamiez des témoignages visibles avant de croire

ri) Conf.. X. 9.

à Jésus-Christ, regardez. C'est l'Eglise elle-même qui s'adresse à vous de sa voix maternelle et aimante : ^loi que vous admirez, grandissant et fructifiant dans le monde entier, autrefois, je n'étais pas, mais Dieu me promettait. )> (i)

En réalisant dans sa personne et dans son œu- ^rc les écrits prophétiques, Jésus a renouvelé en eux le miracle de Cana. « Lorsqu'on lit ces pages sans y voir le Christ, elles ont la fadeur de l'eau, rien de plus insipide. Contemplez-y le Christ, et votre lecture devient non seulement savoureuse, mais enivrante. » (2) Et impossible d'accuser les «^•hrétiens d'avoir inventé, falsifié ces livres pour les besoins de leur cause. (( Rejetés en raison de leur infidélité, les Juifs se sont dispersés, partout, emportant avec eux les manuscrits sacrés qui prédisaient Jésus-Christ et l'Eglise. Pour qu'on ne puisse pas nous accuser de les avoir forgés, ces documents ont été conservés par nos ennemis... Dans leurs cœurs, ils sont nos ennemis ; par leurs écrits, ils ont été nos tém.oins. » (3) Contemplé à travers le christianisme, tout l'Ancien Testament se transfigure et s'illumine ; le voile qui le recouvrait devient transparent et lumineux comme le nuage que pénètrent les rayons du soleil.

Miraculeuse dans l'accomplissement des prophéties, l'Eglise l'est encore dans le mode de son expansion à travers le monde. Les Apôtres annon-

(i) De fide rerum., 5, 7, 8, 9.

(0.) In Joan. Tr., q. 3.

(3) Epist., 137, 16. C. Faust., XIII de 7

L AME NATURELLEMENT CHRETIENNE

çaient aux peuples une doctrine bien dure à croire : la résurrection du Christ dans le passé, et dans l'avenir la résurrection des morts ; ils imposaient une morale bien sévère. Et pour persuader les hommes, ils n'avaient ni les armes de la dialectique, ni les entraînements de l'éloquence, ils connaissaient mal la srammaire. Leur pêche n^at-elle pas été véritablement merveilleuse ? Les incroyants n'ont pas vu les miracles racontés dans V Evangile ou dans les Actes des Apôtres, et voilà pourquoi ils refusent de les admettre. Mais voici un fait, miraculeux lui aussi, et dont ils ne peuvent pas douter : la conversion du monde au christianisme : <( Que l'univers ait cru sans miracle à la résurrection du Christ, voilà un grand miracle qui doit nous suffire. » d)

Ce fait indéniable et inouï était déjà au début du v^ siècle une splendide réalité. Augustin le décrit avec amour dans son livre : Tm véritable religion. Après avoir cité quelques passages de l'Evangile, il s'écrie : « Ces paroles se lisent maintenant dans l'univers entier et les peuples les écoutent avec plaisir et vénération. Après tant de sang, tant de bûchers, tant de croix de martyrs, les Eglises plus fertiles et plus nombreuses ont pullulé jusque chez les Barbares. Des milliers et des milliers de jeunes hommes et de jeunes filles renoncent aux richesses, aux honneurs, au mariage, consacrant à Dieu toute leur vie, dans les déserts ou au fond des campagnes solitaires. A

(i) De Civ. Deî. XXII. 5.

362 l'aME Dp SAINT AUGUSTIN

travers les villes, les bourgades, les villages, les maisons particulières, le genre huniaiîi entend dire chaque jour : Sursum corda ! En haut les cœurs ; et il répond, comme d'une seule voix : Nous les avons élevés vers le Seigneur, » (i)

L'arbre se connaît à ses fruits, et l'Eglise de Jésus-Christ n'est pas difficile à distinguer des autres religions ; on la reconnaît aux vertus qu'elle produit dans les âmes. (( 0 Eglise catholique, véritable mère des chrétiens, non seulement tu nous élèves au-dessus des créatures, audessus de cette vie passagère, en nous attachant au culte très pur et très chaste du Dieu unique, source de la vie bienheureuse et éternelle ; mais tu prêches aussi l'amour des hommes, et tu offres des remèdes merveilleusement appropriés aux différentes maladies que le péché a semées dans les âmes. » Elle pénètre partout, dans tous les rangs et tous les engrenages de la société humaine, au cœur des parents et des enfants, des maîtres et des serviteurs, des hommes et des femmes, faisant germer sur son passage la douceur et la charité du Christ (2).

Il est un fruit que l'évêque d'Hippone aime à cueillir sur les branches fécondes de cet arbre immense qui est l'Eglise, c'est la science, la lumière de l'esprit. Le simple chrétien, grâce aux clartés de sa foi, s'élève au-dessus des philosophes du paganisme, au-dessus de Platon lui-

fi) De Ver. ReUg., 5-3.

(2) De Moribus Eccl. Cathol, C2-64.

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