‹ L'âme de St. AugustinChapitre 3 sur 30 · L ECOLIER DE TH.\GA5TE · texte numérisé non relu

L ECOLIER DE TH.\GA5TE

assez d'intelligence pour son âge, mais un peu paresseux, il aimait à jouer. Il lui arrivait de laisser de côté la tablette et le poinçon, de sortir discrètement les noix et de jouer avec son voisin à pair ou impair.

Le maître survenait avec sa férule, et le pauvre écolier devait tendre la main. Dieu n'était pas entré dans ses petites combinaisons et il n'allait pas trouver beaucoup de pitié chez les hommes. De retour à la maison, il montrait ses doigts tuméfiés ; mais, au lieu de compatir à ses souffrances, ses parents eux-iiiémes ne faisaient que rire.

Petites douleurs, disait-on ; oui, mais pour l'enfant, rien n'est petit ; la férule lui semble le chevalet du condamné et du martyr.

Horace parle avec amertume du plagosus orbi- Uus, qui lui dictait de méchants vers, lorsqu'il était enfant i).

L'auteur de la Cité de Dieu conservera de son écolage de Thagaste des souvenirs autrement douloureux. (( Qui donc, écrira-t-il, ne frémirait Das d'horreur, et n'aimerait pas mieux mourir que d'endurer à nouveau les misères de l'enfance."^ )> (2)

Dans une épigramme pleine de verve, le poète Martial invite le maître d'école à regarder les moissons jaunissantes sous le soleil de juillet, à hâter l'ouverture des vacances. Qu'il accorde la

(i) Epîtres, II. I. V. 69.

(2) De Civit, Dei, XXI, i4.

L'aME de saint AUGUSTIN

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paix au quartier et la liberté à sa jeune troupe aux longs cheveux flottants : (( Laisse reposer jusqu'aux ides d'octobre les courroies de cuir de Scythie, ces lanières qui ont déchiré Marsyas, et les tristes férules, sceptres des pédagogues. » (i)

Le petit Augustin attendait avec impatience ces jours de relâche oii il pourrait donner libre cours à sa passion du jeu. Les divertissements du jeune âge sont à peu près les mêmes en tous les temps et dans tous les pays. Ceux que décrivait Horace sont sensiblement les nôtres : <( Construire des maisonnettes, atteler des souris à an petit chariot, jouer à pair ou impair, aller à cheval sur un long roseau. » (2)

Les enfants de Thagaste, au iv" siècle, comme ceux que nous voyons tous les jours, actionnaient avec leur fouet la toupie classique (3) ; ils poussaient devant eux, rivalisant de vitesse, le cerceau de fer ou de cuivre, agrémenté parfois de grelots retentissants. On faisait la chasse aux sauterelles, aux cigales et aux oiseaux, principalement à l'époque des nids.

Chez les Romains, quitter les noix était synonyme de sortir de l'enfance. Elles donnaient lieu à des jeux très variés, dont l'un se trouve représenté sur un bas-relief de sarcophage du Vatican. (( La partie est engagée entre cinq petites filles et huit petits garçons. L'une des petites filles, assise

(3) Satires, II, 3 v. 247-

(3) Virgile, Enéide, VII, v. 378. Tibullc, Elégies II, 3. Perse, Satires III, v. 5o.

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