IO LES LEÇONS DE LA MONTAGNE
les sapins. Je me suis souvent appliqué, dans les Alpes, à observer les formes diverses que finissent par prendre les arbres tombés sous la dent vorace des herbivores.
Les uns périssent. Le régime les tue.
D'autres, à qui les vaches ont brouté le cœur, restent nains. Les années s'écoulent sans qu'ils grandissent d'un pouce. Ils sont là, accroupis sur le sol, pareils à un hérisson faisant la boule. Mais d'autres ayant gardé leur jet central le lancent en l'air avec vigueur. La morsure, sous laquelle tombent les jeunes rameaux qui leur garnissent la base, multiplie ceux-ci, les fait à la longue croître en une végétation folle et drue. Au bout de plusieurs années, alors que l'arbre a fait jaillir vers le ciel sa cime vivace, il se trouve garni jusqu'à hauteur d'homme d'une sorte de manchon épineux absolument impénétrable. Impossible d'en approcher, il défie toute attaque.
En voyant ces diverses destinées d'arbres,