‹ L'âme des saisonsChapitre 31 sur 68 · PARABOLE · texte numérisé non relu

PARABOLE

Seigneur, le beau jardin que Vous m'aviez commis S'éplore sous le vent d'octobre et s'échevèle Et pousse de grands cris...

Seigneur, voyez ce que j'ai fait du beau jardin!

Je n'en ai point arraché l'herbe mauvaise. Je n'en ai point arrosé les roses, le matin, Lorsque juillet les surplombait d'un ciel de braise. Je n'en ai point redressé les tiges, de mes mains.

Je n'en ai point taillé la vigne.

Je n'en ai point chassé les vers.

J'ai laissé le limon souiller ses bassins clairs.

Les ondes sont jaunâtres et les cygnes

Morts de faim.

Seigneur, voyez ce que j'ai fait du beau jardin !

Un jour j'ai frissonné devant mon œuvre. Alors,

Livide et lâche en face de l'effort,

Je me croisai les bras et je devins statue.

La bourrasque a cassé mainte branche et meurtri Les dahlias couchés sur les ronces.* La nue Glace les fleurs et les pourrit de bruine. Les fruits S'écrasent lourdement dans la fange visqueuse Où guêpes et limaçons en rongent les débris. Les vers piquent le bulbe pur des tubéreuses. Et, le matin, à l'heure où le brouillard se liquéfie, Des toiles d'araignée en réseaux vaporeux Palpitent sous le ciel frileux.

Or, la statue est immobile, cependant

Qu'un suprême jet d'eau dans sa vasque flétrie

Sanglote le néant de vivre, sourdement.

Pourtant, par ce midi plus tiède, où son épaule Tressaille au doux soleil d'octobre qui la frôle, La statue ouvre l'œil très lentement... — L'azur Comme une immense fleur mourante s'étiole. Quelques lents papillons floconnent dans l'air pur, La feuille morte au soleil tiède fleure. Pendant qu'un angélus lointain Neige en convolvulus d'argent sur le jardin.

Alors, celui qui fut de pien-e, des deux mains Voile sa face longuement, et pleure...

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