LE BON DIMANCHE
Le parfum d'un lointain dimanche me poursuit Et ranime en mon cœur la bonne flamme blanche, Le parfum d'un très pur et très lointain dimanche, Odeur de cire, odeur de tilleul et de buis...
Mon Dieu, mon Dieu, j'ai retrouvé le bon dimanche. Voici que je m'arrête et que je me souviens... Mais silence, silence, ô vous, les jours infâmes ! Le bon dimanche étend ses ailes sur mon âme.
Les gazons furent blancs de rosée au matin, Les fronts furent joyeux au sortir de la messe, Les coeurs communies simples comme des fleurs, Et la petite ville eut de douces rumeurs. ..
Puis ce fut une fête exquise, une allégresse De jardins, d'azur tiède et de bonnes odeurs, Et mille cloches carillonnant sur la ville Dimanche et gai dîner pour toute la famille!
Mais, surtout, j'ai gardé souvenir d'un salut Où mon cœur frissonna comme une colombe ivre, Ah ! surtout, j'ai gardé souvenir d'un salut Où je fus visité par le Seigneur Jésus.
Sur un vitrail de neige aurorale et de givre Les hauts cierges vibraient comme des guêpes d'or, L'orgue épandait un grêle ruisselet de flûtes. Et l'encens bleuissait en soudaines volutes.
Alors, ayant pleuré, j'eus le front fier; alors Je jurai, d'un grand cri de mon âme ravie. De dédier au Christ étincelant ma vie Comme une épée et comme un bouclier d'airain I
Seigneur, les jours sont loin ! qu'ai-jefait et que suis-je? Et quelle est cette peur, ce trouble, ce vertige. Et ce néant, qui est le mien, ces pauvres mains Vides, ces pauvres yeux battus, et ce cœur vain?...
Mon âme est un rosier fatigué qui se penche. Le ciel est gris. Le vent hurle dans les jardins. Seigneur, Seigneur, accordez-moi le bon dimanche, Et permettez la floraison des roses blanches ! . . .