SEPTIÈME CONSIDÉRATION
Sur l'amour de Jésus-Christ pour nous en instituant la sainte Eucharistie, pour habiter continuellement avec nous.
ï. Jésus-Christ a institué la sainte Eucharistie pour habiter continuellement avec les hommes, au milieu desquels il nous assure qu'il trouve ses délices :
Deliciœ meœ esse cum (Mis hominum. L'Epoux voulait, dit saint Pierre d'Alcantara, laisser, durant cette longue séparation, quelque compagnie à l'Epouse pour qu'elle ne restât pas seule; et c'est pour cela qu'il laissa ce Sacrement dans lequel il demeure lui-même, qui était la meilleure compagnie qu'il pût lui laisser. Ah î qui aurait jamais pu croire que l'amour de Jésus- Christ dût aller jusqu'à ce point?
Figurez-vous, âme pieuse, voir Jésus-Christ le jour où, fatigué par un long voyage, il s'assit, calme et bienveillant, au bord d'une fontaine, en attendant la Samaritaine pour la convertir et la sauver. Ah! quelle bonté ineffable dans ce Dieu d'amour pour une créature si misérable! Et pourtant, qu'est-ce que ce trait d'amour comparé à celui d'habiter continuellement avec nous dans la sainte Eucharistie? Tous les autels sont pour lui comme autant de sources de grâces où il se ttent, et où il nous attend et nous appelle pour nous embraser de son divin amour. Renfermé dans les saints tabernacles comme dans autant de prisons d'amour, il y remplit nuit et jour l'office charitable d'avocat, afin d'obtenir pour nous miséricorde et salut, en s'offrant pour victime au Père éternel : Semper vivens ad interpellandum pro nobis.
Cette tendre sollicitude qu'a Jésus-Christ, de rester continuellement avec les hommes , exige de nous un égal empressement à nous entretenir souvent avec lui. Si les pèlerins regardent comme un bonheur, dit saint Paulin, de rapporter des lieux saints un peu de poussière de la crèche ou du tombeau de Jésus-Christ,
avec quelle ardeur ne devons-nous pas visiter le saint Sacrement où il se tient lui-même pour nous enrichir de ses grâces? Une personne pieuse, à qui Dieu accorda un grand amour du saint Sacrement, exprimait, dans une de ses lettres, entre autres, ces sentiments : « J'ai vu que tout le bien m'arrive du saint Sacrement. Je me suis donné et consacré tout entier à Jésus dans l'Eucharistie. Je vois un nombre immense de grâces qu'il ne me donne pas, parce que je ne m'approche pas de ce divin Sacrement. Je vois que Notre-Seigneur Jésus-Christ a un grand désir de nous dispenser ses grâces dans le Sacrement. 0 saint mystère ! ô sainte hostie! ne portons pas envie aux bienheureux, car nous avons sur la terre le Seigneur même avec encore plus de merveille d'amour. Faites que ceux à qui vous parlez se dédient tous au saint Sacrement. Je parle ainsi parce que ce Sacrement me met hors de moi. Je ne puis me lasser de parler de ce saint Sacrement, qui mérite d'être tant aimé; j'ignore ce que je ne ierais pas pour Jésus dans le Sacrement. » C'est ainsi que cette pieuse personne termine sa lettre. Ah! Jésus! je voudrais, si cela m'était donné, rester nuit et jour en votre présence. Si les anges eux-mêmes se tiennent constamment autour de vous, étonnés de l'amour que vous me portez, il est juste que je me prosterne souvent au pied de vos autels pour y célébrer l'amour et la bonté que vous avez pour moi, en y restant comme sur un trône d'amour, pour m'enrichir de vos grâces. II. Considérez, âme pieuse, combien tut heureux Joseph, lorsque Dieu descendit avec sa grâce (comme
(lit l'Ecriture) pour le consoler dans sa prison : Descendit cum Mo in foveam, et in vinculis non dereliquit eum (Sap., 10). Mais nous sommes bienheureux encore, nous, sur cette terre de misère, d'avoir avec nous notre Dieu fait homme, qui, par son auguste présence, nous assiste tous les jours de notre vie avec une tendresse et une complaisance ineffables. Quelle consolation c'est pour un pauvre prisonnier d'avoir un véritable ami qui le visite, lui parle, le console, lui donne de l'espérance, le secourt et s'occupe à le soulager dans ses misères? Eh bien! c'est là ce que fait Jésus- Christ pour nous dans le Sacrement , où il nous dit : Me voici venu du ciel sur cette terre pour vous consoler, vous aider, vous donner une nouvelle vie; me voici tout à vous; accueillez-moi et attachez-vous à moi, et ainsi vous ne sentirez plus vos misères, et ensuite vous viendrez avec moi pour être heureux dans mon royaume. Oh Dieu! quelles joies, quelles espérances , quels transports ne devons-nous pas éprouver en apprenant que dans nos cités, dans nos églises, près de nos demeures habite et vit continuellement dans le saint Sacrement de l'autel, notre Dieu, le Saint des saints qui, par sa présence, rend heureux les élus du ciel, celui qui est l'amour même! Amorem non tam habet, quant ipse est (S. Bern.).
Mais je vous entends vous plaindre, ô Jésus, de ce que nous ne vous avons pas accueilli lorsque vous vîntes sur la terre pour être notre hôte et nous bénir : Hospes eranij et non collegistis me. Vous avez raison, Seigneur, vous avez raison, et je suis un de ces ingrats
qui vous ont laissé seul, sans même venir nous visiter. Punissez-moi selon votre volonté, mais ne me privez pas, comme je le mériterais, de votre douce et adorable présence. Je m'engage à vous visiter souvent à l'avenir et à m'entretenir volontiers avec vous. Faites, 6 miséricordieux Sauveur, que je vous sois fidèle et que j'engage aussi les vôtres à venir vous tenir compagnie dans le saint Sacrement. J'entends l'Eternel, votre Père, qui dit : Hic est Filins meus dilectus, in quo mihi bene complacui (Matth., 47). Un Dieu trouve donc en vous toutes ses complaisances , et moi , misérable vermisseau, je ne les trouverais pas à rester avec vous dans cette vallée de larmes} Dévorez en moi, ô feu consommateur, toutes mes affections pour les créatures, et chassez-y de mon cœur tous les sentiments qui ne tendent pas vers vous. Je vous donne tout mon être, et je consacre tout ce qui me reste de vie à votre saint amour. O Jésus, vous devez être mon soutien dans la vie, à la mort, et mon amour dans l'éternité. III. Si c'est une chose bien douce à chacun de nous que la compagnie d'un tendre ami, combien ne le sera-t-il pas dans cette vallée de larmes, de rester en compagnie du meilleur ami que nous ayons, de celui qui peut nous combler de bienfaits, qui nous aime passionnément, et qui demeure continuellement avec nous dans le seul motif de nous faire du bien? Voici que nous pouvons, dans la sainte Eucharistie, parler librement à Jésus, lui ouvrir notre cœur, lui exposer nos besoins, lui demander ses grâces, en somme, traiter avec le Roi du ciel en toute confiance et sans nulle
contrainte. Ne serait-ce donc pas une monstrueuse ingratitude de ne pas saisir une si belle occasion pour plaire à Jésus et faire du bien à nos âmes? Si un roi, pour montrer l'amour qu'il porte à un berger, allait vivre dans le village qu'il habite, ne serait-ce pas une ingratitude pour celui-ci de ne pas l'aller visiter souvent, sachant que le roi s'est transporté dans sa chaumière pour le voir et jouir de sa présence ?
Si vous aimez donc vivement Jésus, vous devez, âme pieuse, trouver vos délices à le visiter souvent, à vous consoler près de lui, à jouir de sa gloire et de l'amour que lui portent les âmes qui l'aiment, et à désirer que toutes le chérissent et luk consacrent leur cœur.
Mon âme une communion bien faite suffit pour
te sauver. Prends donc courage „ et fais que celle-ci soit parfaite. Je vais faire mon possible, Seigneur, et vous encouragerez mes efforts. Accordez-moi de porter à la sainte table un cœur pénétré de cette foi vive, de cette ferme espérance, de cette ardente charité dont les saints nous ont laissé les plus frappants exemples.
Malheureux que je suis d'avoir, dans le passé, causé tant d'outrages à un si bon Seigneur! Oserai-je donc m'approcher pour le recevoir dans la sainte communion? Recevoir Jésus dans mon sein! moi, serviteur ingrat et infidèle! moi, créature avilie, participer au bonheur accordé à la très-sainte vierge Marie quand elle pressa Jésus sur son sein ! moi qui, content de me dire son fils, ne me suis jamais appliqué à imiter
ses vertus! Ah mon Dieu! je ne mérite pas un don si incomparable; j'en suis tout-à-fait indigne. Mais, puisque vous voulez que je me présente à la table sainte, je vous obéirai; mais avant d'aller vous recevoir, je me prosterne humblement à vos pieds; et ébloui de la grandeur de votre amour, je pleure et déteste amèrement tant d'iniquités qui m'ont porté à vous outrager. Considère, ô mon cœur, envers qui tu
exhalas tant de perversités Considère avec qui tu
fus aux prises par tes péchés Contemple l'objet de
tes outrages, de tes mépris, de tes dédains. C'est Jésus, ce Jésus même qui te tendait les bras pour te presser sur son sein ; ce Jésus qui t'a pardonné sitôt qu'il t'a vu devant lui contrit et brisé de douleur ; ce Jésus qui t'aime au point de venir te visiter ce matin pour s'unir à toi et t'enrichir de ses grâces. Ah! mon Jésus! déjà j'ai pleuré et détesté mes péchés; mais à la pensée d'avoir fait de la peine à celui qui m'a tant aimé, je reconnais que je ne les ai pas assez pleures ni assez détestés.
0 Jésus! que d'offenses je vous ai faites par le passé! Mais désormais mon désir est d'être réellement à vous
et tout à vous Non, je ne retournerai plus me
souiller de ces vices, pour lesquels je voudrais verser des larmes de sang. Je vous promets d'opposer aux passions que j'ai tant écoutées l'exercice des vertus contraires. Ainsi je détournerai les yeux des objets séduisants qui m'environnent; je fermerai mes oreilles aux discours des impies; je m'appliquerai à remplir avec exactitude les obligations de mon état ; je répri-
merai tout mouvement de colère ; je mattacherai fidèlement aux lois de la modestie, de l'humilité, de la charité, de la patience. Ces vertus ne me seront plus aussi étrangères que dans le passé. Je suis résolu à me consacrer entièrement à votre divin amour et à ne vivre que pour vous. Je veux que ce jour marque le moment fortuné de mon parfait abandon entre vos mains.
Hélas! pourquoi n'ai-je pas commencé plutôt à vous aimer, ô Dieu d'amour? Oh! si mon cœur avait été pénétré d'une étincelle de votre brûlant amour, combien il m'eût été facile et doux de parcourir les sentiers ardus et épineux de la justice! Voici, ô mon âme, le grand secret pour dompter tes passions, malgré leur frémissement, et t'exercer à la pratique des vertus qui leur sont contraires. Ce secret consiste à aimer et à aimer tendrement le Seigneur. Aime donc, ô mon âme,
aime ton Dieu — Oui, je vous aime, Seigneur,
par-dessus toutes choses et plus que moi-même. Oh! que ne puis-je vous aimer de ces ardeurs dont vous aiment les élus du paradis et les plus sublimes Séraphins des cieux. Espère, ô mon âme, obtenir de Jésus toutes sortes de grâces, maintenant que ce Dieu d'amour vient en toi. Tes prières, rendues méritoires par l'intercession de Marie, ne seront point rejetées. Oh! oui, j'espère, Seigneur, que vous les exaucerez, quelque grandes que soient ma bassesse et ma misère. Cette espérance accroît en moi le désir de vous recevoir bientôt dans mon sein. Hélas! hâtez ce moment, après lequel je soupire avec avidité. Puisqu'il ne m'est pas encore donné de vous posséder au ciel , au milieu des
splendeurs de votre gloire, je désire vous posséder sur la terre au milieu des merveilles de votre miséricorde, sous les espèces du Sacrement. Hâtez donc, ô Jésus, ce doux instant; je soupire avec ardeur après lui. En attendant, rendez en moi toujours plus vives et plus efficaces les vertus qui me sont nécessaires pour vous recevoir dignement.
Action de grâces.
Je crois, ô mon Jésus, que vous êtes réellement uni à mon âme; dans la douceur de cette consolation, je vous presse sur mon sein et vous remercie de cette infinie miséricorde. Hélas! pourquoi vous êtes-vous uni à une âme si remplie d'amour-propre, si froide dans votre saint amour, si ennemie des mortifications et de l'abnégation d'elle-même? Ne savez -vous pas que j'aime les plaisirs, le bien-être et les honneurs? Ne connaissez- vous pas mon caractère pervers, qui me rend insupportable un léger dégoût, une parole injurieuse, une petite tribulation? Pourquoi donc, ô mon Jésus, vous abaisser jusqu'à vous unir à une créature si avilie, si méprisable? Ne vous suffirait-il pas de me visiter de vos lumières divines pour me guider sur la route du salut? Qu'était- il donc besoin de vous humilier au point de venir me visiter en personne? Ah! Jésus, je ne trouve ni parole ni sentiment pour exprimer cet excès de bonté. Je vous presse sur mon cœur, ô mon aimable trésor, et en vous reconnaissant pour mon amour suprême, pour mon premier principe et ma dernière fin, pour mon suprême et unique bien,
je vous adore profondément. Oh! que ne puis-je vous adorer avec ces sentiments, ce cœur, ces affections avec lesquels Marie vous adora sur la terre, et maintenant vous adore dans le ciel! Que ne puis-je, comme elle, mourir consumé des transports du plus ardent amour pour vous!
Accomplissez, ô Jésus, les vues salutaires pour lesquelles vous êtes venu vous unir à mon âme. Vous m'avez, dans le passé, accordé la lumière et la force d'abandonner les voies de la perdition; donnez-moi maintenant les lumières et la grâce de connaître et pratiquer constamment la route du salut. Adorable Jésus, qui ne me refusez pas votre corps pour l'aliment spirituel de mon âme, ne me refusez pas aussi la grâce que je vous demande, de vaincre mes passions et de me conserver fidèle à vos désirs. Faites que, par amour pour vous, je renonce à toutes les satisfactions de la terre, et que je mette tout mon plaisir à vous plaire, à vous, mon Dieu, mon trésor, mon tout. Faites-moi la grâce , Seigneur, par votre bonté infinie et votre infaillible promesse , de ne pas abandonner celui qui se jette dans vos bras pour trouver en vous son guide ; oh! faites-moi cette grâce par les mérites de votre précieux sang , de ce sang salutaire et vivifiant que vous avez versé avec tant de profusion pour le salut de tous , et destiné à la tendre consolation de vos fidèles. Venez, chère Mère du Christ, Marie, venez à mon secours; employez en ma faveur votre protection et intercédez auprès de Dieu, afin qu'il rende méritoires mes humbles prières. Hélas! prenez pitié de cette pauvre créature et
ne lui refusez pas vos pieux offices de mère. Oui, employez-les, ô Marie, car vous n'aurez pas toujours en moi un fils ingrat comme je l'ai été jusqu'ici. Je ferai en sorte de recopier vos vertus, et surtout l'humilité et la pureté qui vous furent si chères et si précieuses. O Mère auguste de Jésus-Christ , accueillez les humbles hommages de mes louanges et de mes bénédictions. Obtenez-moi la pureté de l'esprit et du cœur, afin que toujours pures soient mes pensées et mes affections. Faites, par l'efficacité de votre intercession , que durable soit en moi le fruit du Sacrement auquel je viens de participer, et que j'imite fidèlement vos vertus» afin qu'après en avoir suivi vos exemples sur cette terre, je puisse nr unir à vous dans le ciel, pour louer et exalter à jamais l'ineffable, l'immense, l'infinie bonté de votre Fils. Vous qui seule ne fûtes jamais souillée d'aucune faute, préservez-moi à l'avenir du maudit péché et embrasez-moi de l'amour divin, afin que je m'attache si étroitement à Jésus, que rien ne m'en sépare jamais.
Aspirations.
4 . 11 m'est doux, ô mon Dieu, de penser que vous êtes infiniment heureux.