HUITIÈME CONSIDÉRATION
Sur l'amour que Jésus-Christ nourrit continuellemenj pour nous dans la sainte Eucharistie.
I. Quels sont les sentiments de Jésus-Christ envers nous dans la sainte Eucharistie? Ce sont ceux du plus vif et du plus sincère amour. Comme le milieu du jour est l'heure où le soleil étincelle plus éblouissant, de même le divin Sacrement est le comble de l'amour qui embrasait le cœur de Jésus. Que fait Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie? Il y aime. Cette réponse dit tout et satisfait à tout ce qu'on peut demander de lui. Pourquoi y vient-il? Pour y aimer. Comment y demeure-t-il? Comme un Dieu qui aime. A quoi y prétend-il? Ce à quoi il prétend, c'est à l'amour. Pourquoi s'y multiplie-t-il à l'infini? Pourquoi y reste-t-il si longtemps? Pourquoi s'y voile-t-il à nos yeux? Parce qu'il aime, parce qu'il aime! Sur la croix, l'amour régna avec la justice et même fut subordonné à la justice; ici l'amour règne seul et tout s'y soumet. La sagesse, la puissance, la providence, l'immensité s'unis-
sent pour que l'amour soit enfin satisfait. 0 hommes aveugles ! voilà ce qu'est pour vous le cœur de votre Dieu. Et ne l'éprouvez-vous pas chaque jour, âmes pécheresses, l'accueil que vous fait ici votre Dieu? Ses paroles, ses plaintes, ses reproches, ses terreurs mêmes, tout vient de son amour. Ames tièdes et imparfaites, vous a-t-il jamais repoussées? Ne vous offre-t-il pas plutôt la lumière , les remèdes , le secours, l'encouragement? Ames pures et ferventes, ah ! c'est à vous surtout de rendre au monde témoignage de l'ardent amour de Jésus pour les hommes dans le Sacrement. Que de bonté ! quel oubli de sa grandeur ! quelles paroles intimes! quelle tendresse! quelle torrent de délices il verse sur nous ! Il nous aime tant, que, lorsque nous ne pouvons aller à lui , il se fait porter à nous. Et où se laisse-t-il porter souvent ? Où le dégoût et l'horreur vous empêcheraient d'entrer vous-mêmes : dans les cabanes les plus viles et les plus pauvres, dans des chambres fétides et d'horribles prisons. Réfléchissez aussi, âme pieuse, entre quelles mains il se trouve quelquefois placé. 0 horreur d'indignité parmi ses propres ministres ! Mais le tendre cœur d'un Dieu si bon fait qu'il ne cherche point à s'en apercevoir. Dans les temps antiques du christianisme, il était permis, aux chrétiens de prendre le Sacrement sur la Table sainte et de l'emporter chez eux pour le recevoir à la maison, l'emporter en voyage, enfin partout où l'on voulait. Et si l'Eglise, indignée des irrévérences que la foi languissante et la charité refroidie avec les années commençaient à faire commettre, ne l'avait prohibé,
Jésus-Christ se laisserait encore aujourd'hui traiter de la sorte. Que pensez-vous de ces réflexions? Aviez-vous jusqu'ici compris l'amour auguste que Jésus nous manifeste dans le saint Sacrement ? Mais remarquez une condescendance plus admirable encore. Bien qu'il désire de rester toujours avec vous, il ne vous interdit ni vos devoirs, ni vos intérêts humains ; il veut que vous travailliez, que vous remplissiez vos devoirs et soigniez vos affaires. Jésus-Christ se contente de vos moments libres, et il attend que vous les lui donniez. Il ne veut pas même troubler vos honnêtes délassements. Oui, il vous laisse aller volontiers, et à votre aise, à vos repas, à vos récréations et à de licites divertissements. C'est un ami si bon ; on dirait que pour satisfaire son cœur, il ait visé à ne point vous surcharger, ni à vous ennuyer en rien. Outre les nombreuses heures du jour, il reste encore toutes les longues nuits solitaire dans le ciboire ; et , tandis que vous dormez , son cœur veille pour vous et vous garde ; il veille et prie pour vous son divin Père; il veille et protège votre vie contre tant de périls ; il veille et se constitue le gardien fidèle de votre demeure. Oh ! si vous n'êtes pas attendri d'un amour si tendre, si discret, si modeste, si constant, si affable, si bon, dites ou que vous n'avez pas une étincelle de foi, ou que vous avez un cœur indigne de vivre. Faites-vous donc les plus cuisants reproches, pleurez votre ingratitude, et prenez une résolution sur ce que vous devez faire à l'avenir pour correspondre au bienfait si doux de Jésus-Christ qui vous aime si passionnément.
IL Considérez, âme pieuse, une autre circonstance de l'amour que Jésus-Christ nous porte constamment dans la sainte Eucharistie. Il pouvait opérer notre sanctification, en ne se communiquant à nous qu'en figure et non en réalité; mais l'amour suprême de Jésus-Christ ne pouvait se satisfaire ainsi ; il a voulu nous donner sa présence réelle. Mais pourquoi ne s'estil pas contenté de venir dans l'Eucharistie uniquement que dans le temps du saint Sacrifice de la Messe? Non, pour son cœur aimant , cela n'était pas assez; il voulut rester pour toujours sous les espèces du Sacrement, afin d'y être tout-à-fait notre compagnon de vie et notre ami. Pourquoi ne s'est -il pas contenté d'être présent dans un seul lieu de chaque province, ou du moins dans un seul temple de chaque cité? Non, il voulut être dans chaque pays , dans chaque lieu de la terre. Dans les espaces si vastes du ciel, son humanité ne se trouve qu'en un seul lieu; sur la terre, elle prend le caractère de l'immensité, et se trouve partout où l'on rencontre une assemblée de chrétiens. Et ici, il faut penser que cette présence réelle, reproduite partout au milieu des hommes, est l'un des plus grands miracles de sa toute-puissance, puisque c'est la multiplication de son humanité en tant de lieux; et, de plus, cela est précisément l'occasion d'une infinité d'insultes qu'il reçoit. 0 amour immense ! amour incompréhensible !
Que vous semblent, âme pieuse, ces réflexions? Ah! combien votre empressement d'être avec Jésus-Christ correspond peu à l'ardeur de son cœur pour vous ! Son-
dez le fond de votre être. Qu'exige-t-il enfin d'incommode et de difficile, ce divin ami, en échange de l'honneur de le visiter et de le recevoir? Voyez les princes de la terre sur leurs trônes, combien il est difficile de pouvoir pénétrer jusqu'à leur cabinet et de traiter confidentiellement avec eux. Les pauvres en sont rejetés, et à peine peuvent-ils faire entendre leurs besoins par l'intermédiaire de ceux qui les entourent. Même les riches en sont souvent éloignés par les gardes qui les congédient, sous prétexte que l'heure de les voir n'est point encore arrivée. Et pour ceux qui y ont entrée, qui pourrait dire les dépenses, les égards, les importunités qu'ils sont contraints de supporter pour leur faire cortège ! Or, ce n'est pas ainsi qu'en agit le roi du ciel. Il s'offre tout à tous , et en tout temps, en sorte que rien n'empêche d'arriver jusqu'à lui, ni la pauvreté, ni la difformité, ni la triste condition de la personne, ni la pauvreté de ses vêtements. Il suffit de l'aimer pour avoir droit à être accueilli par sa tendresse avec une affabilité infinie , d'être traité en ami, comme d'égal à égal , avec la plus entière confiance. Que de bonté! que de tendresse! mais aussi que de remords pour vous, âme pieuse, qui, pour de si frivoles motifs, vous laissez distraire de sa société!
III. Considérez, âme pieuse, comment vous correspondez à l'amour si tendre que Jésus - Christ vous porte constamment dans la sainte Eucharistie. Lui, comme il vous aime, il est toujours attentif, toujours prêt à faire votre bien. Et vous, que faites- vous en son honneur? Où sont vos bonnes œuvres? Où vos vie-
foires sur les tentations, où vos triomphes sur vos ennemis? Où est votre amour pour la solitude, pour la mortification, pour l'humilité? Où sont vos exercices de pieté, où vos pratiques religieuses? Où les sacrements fréquentés avec dévotion? Or, sachez que le véritable amour de Dieu est la source fertile de toutes ces œuvres. N'avez-vous jamais attentivement observé la nature du feu? C'est le plus énergique et le plus actif des éléments. Quelque objet que vous lui donniez, il le dévore et le consume ; il pulvérise les pierres les plus compactes, il amollit le fer le plus dur, il liquéfie le métal le plus résistant ; partout où il s'attache il se nourrit de ses flammes, grandit dans ses ardeurs et augmente de furie dans son action. Il dévore les bois, les forêts, les palais, les cités et tout ce qu'il rencontre. Enseveli dans le sein de la terre, il en sort avec impétuosité; comprimé, il s'échappe avec violence; cerné, il brise énergiquement tous les obstacles ; jamais il ne se repose, ne se fatigue, ne se rassasie. Ainsi agit l'amour divin quand il s'empare d'une âme. Il ne permet pas qu'elle vive molle et indifférente ; mais il l'excite à faire sans cesse de bonnes œuvres en l'honneur de son Dieu, lui disant au cœur ; donne-moi des fruits d'amour, donne-moi des peines, des fatigues, des sueurs et de saintes œuvres, car elles font tout le plaisir de ton bien-aimé. Aussi, disait le bienheureux Léonard, il en est qui se figurent que l'amour de Dieu consiste dans une certaine tendresse de cœur, et rien que dans des sentiments affectueux pour lui ; ceux-là se trompent, car l'amour imite le feu dans son action,
Le bon serviteur, qui aime vraiment son maître et qui désire de lui plaire , ne se contente pas de pures paroles et de simples désirs, mais il fait tout ce qu'il peut pour lui faire plaisir par des faits. Avec Dieu , il nous faut donc des œuvres et des œuvres ferventes, si nous prétendons l'aimer : Probatio dilectionis exhibitio est operis (S. Greg.). Et ainsi s'exprime saint Jean Chrysostôme avec son énergie accoutumée : Lorsque l'amour de Dieu s'est emparé d'une âme, dit-il , il produit en elle un insatiable désir de souffrir pour celui qu'elle aime ; de sorte que, quelle que soit la grandeur de ses œuvres, quelque temps qu'elle emploie à son service , tout cela lui paraît peu de chose, et elle s'afflige de trop peu faire pour son Dieu ; et s'il lui était permis de s'anéantir, de mourir pour lui, ce serait pour elle une grande consolation. C'est pourquoi elle regarde toujours comme inutile tout ce qu'elle fait, et elle croit vivre dans l'oisiveté. L'amour lui apprenant tout ce que Dieu en mérite, elle voit, à la lueur de cette éblouissante lumière, tous les défauts et toutes les imperfections de ses actes ; et ainsi, elle retire de tout un sujet de confusion et de peine , reconnaissant combien est imparfaite sa manière d'agir envers un Dieu si auguste.
Si donc le véritable amour doit être fertile en bonnes œuvres, où sont les vôtres, âme pieuse? Sont-elles faites avec une intention si pure qu'elles méritent l'agrément divin? Faites donc de cela un sérieux examen, et prenez la résolution de vouloir être désormais tout à Jésus, afin de correspondre en quelque
sorte à l'amour knmense de son beau cœur, qui l'a porté à se donner tout à vous.
Préparation à la Communion.
Réveille-toi, ô mon âme, et ranime ta foi, qui t'apprend que ton Dieu fait homme est dans le saint Sacrement. Ce même Jésus qui naquit enfant dans Tétable de Bethléem, ce Jésus qui ressuscita triomphant, ce Jésus qui maintenant est assis glorieux à la droite du Père , ce même Jésus est dans la sainte hostie! Oh foi! que peut-on dire de plus? Un Dieu se tient prêt à venir dans mon cœur et se fait ma nourriture ! Un Dieu ! . . .
Mon Jésus, vérité infaillible, je crois , puisque vous l'avez révélé, que vous vous trouvez en corps, en âme et en divinité dans l'hostie consacrée. Je crois qu'en vous recevant dans mon sein, je reçois le même Jésus qui s'est incarné , qui a pris naissance , qui est mort, qui est ressuscité, et que je reçois le Père et le Saint- Esprit, qui, par concomitance, se trouvent avec Jésus dans le Sacrement.
Mon âme, que fais-tu? À quoi penses-tu? Dans peu d'instants Dieu va venir en toi. Oh Dieu! je m'humilie profondément et je vous adore. Vierge sainte, anges des cieux, et vous, âmes qui aimez Dieu, adorez mon Sauveur avec moi, suppléez à ce qui me manque. Obtenez-moi une foi vive et un profond respect, maintenant que je m'approche pour recevoir Jésus-Christ.
Que peux-tu désirer, ô mon âme, maintenant qu'un Dieu vient te visiter? Il vient pour te donner la lu-
mière , pour s'unir cœur à cœur avec toi et te donner un gage assuré de cette gloire qu'il te prépare au paradis. Allons donc, dilate ton cœur, augmente ta confiance et n'oublie pas que tes espérances sont la mesure des grâces que tu obtiens. Jésus, ton Sauveur, est tout-puissant; il peut te faire toutes sortes de biens; il n'a pour cela qu'à ouvrir la main. Jésus est ton père ; il t'aime et veut te combler de bienfaits. Jésus est fidèle ; il a promis de t'exaueer, il tiendra sa promesse et te remplira de sa grâce. Donc, si tu veux t'enrichir, tu n'as qu'à demander ces grâces promises et à vivement les espérer.
Hélas! que faites-vous, ô mon Jésus! que faitesvous? Ne me connaissez-vous pas? Ne vous souvenezvous plus que je suis celui qui vous a tant de fois trahi, blasphémé, crucifié? Ah! vous ne pouvez l'avoir oublié ! Comment donc avez-vous le courage de vous renfermer dans mon cœur, dans ce cœur si barbare et si cruel envers vous? Ah! oui, je comprends : vous voulez que la grâce surabonde où a abondé le péché. Oh! excès de miséricorde! c'est là une faveur bien autre que le banquet du père de famille préparé à l'enfant prodigue après son retour. Ce ne sont pas les chairs du veau gras, c'est votre chair elle-même que vous me donnez en nourriture ; c'est votre propre sang que vous me donnez en breuvage. Vous m'appelez à votre Table divine, moi qui devais rester à la table des démons, où il ne m'était dû que le fiel des serpants et le venin mortel des aspics. Ah! éloignez- vous de moi; je ne suis pas digne que vous entriez dans mon sein ; il suffit que
vous jetiez un regard propice sur ce grand pécheur, qui n'est pas même digne de lever les yeux au ciel.
Mais votre divine bonté est sans limites et ne se lasse jamais. Oui, je comprends, maintenant plus que jamais, l'énormité de mes péchés. Comment ai-je eu le courage d'offenser un Dieu si bon? Comment ne suis-je pas mort de douleur à mon premier péché? Ah ! que ne s'est-il jamais levé le jour fatal où je vous offensais! Que n'ai-je jamais eu la vie, puisque j'allais dans la suite vous outrager ainsi ! Ah ! que jamais je ne revoie l'aurore d'un pareil jour ! Qu'ils ne me trouvent plus en vie, l'heure, le moment où je courrai risque de vous offenser encore !
Quelle gracieuseté d'amour est la vôtre, ô mon doux Jésus, de vouloir venir en mon âme par la sainte Communion! Que pouviez -vous faire de plus pour me montrer l'amour que vous me portez, que de me faire le don de votre personne, vous faire ma nourriture, vous unir tout à moi, vous donner tout à moi, en sorte que je puisse dire avec vérité : Jésus est tout à moi. Mais puisque vous vous donnez ainsi, il est juste aussi que je me donne tout à vous. Je ne suis qu'un vermisseau, et vous êtes un Dieu. 0 Dieu d'amour! ô amour de l'âme! quand sera-ce que je serai entièrement à vous, non en paroles , mais en pure réalité ? Vous le pouvez, mon Dieu. Augmentez en moi cette confiance par le mérite de votre sang, afin qu'avant de mourir vous me donniez la grâce d'être tout à vous sans partage. Vous écoutez, Seigneur, les prières de tous; écoutez maintenant la prière d'une âme qui veut se-
rieusement vous aimer. Je veux vous aimer de toutes mes forces et vous obéir en tout sans réserve ; je veux vous servir par amour, uniquement pour charmer votre cœur qui m'aime passionnément. Ma récompense sera de vous chérir, ô Fils de l'éternel Père! Prenez ma liberté, ma volonté, tout ce que j'ai, tout mon être, et donnez- vous à moi en échange. Je vous aime, je vous cherche, je soupire après vous, je vous veux. Oh ! mon bien-aimé! je ne suis rien, je ne puis rien, je ne puis rien vouloir. Soyez donc vous-même mon appui, ma défense, mon bouclier. Je m'offre pour vous à être entièrement privé de toutes les consolations sensibles et à souffrir toutes sortes de tribulations qu'il vous plaira de m'envoyer dans le cours de ma vie. Je suis et serai tout à vous , et mon unique désir est de vous recevoir pour m'unir étroitement à vous. O Père éternel, je vous offre la passion qu'a soufferte votre Fils pour mon salut et celui de tous. Ne regardez point mes péchés, mais le tendre amour de votre Fils pour nous, cet amour qui l'a porté à se laisser lui-même tout à nous dans ce divin Sacrement pour se communiquer à nos âmes. Au nom de cet amour, ô mon Dieu, faitesmoi miséricorde, maintenant que je m'approche pour recevoir Jésus-Christ dans mon sein.
Action de grâces» Gomment, vous, le Roi de gloire, dans ma demeure ! vous, dont les cieux eux-mêmes ne sont pas un assez digne séjour ; vous devant qui les anges ne sont pas assez purs, vous dans mon sein? dans un sein qui fut jadis le gîte de l'iniquité , le logis impur de vos plus
implacables ennemis : le péché et le démon! 0 Seigneur, vrai trésor de miséricorde ! que ne puis-je encore espérer de vous depuis que vous vous êtes donné tout a moi! Vous êtes venu avec un trésor de grâces en vos mains, et vous m'en avez ouvert la source. Donnez-moi , Seigneur, votre amour que je désire et souhaite plus que toute autre chose, et donnez-moi aussi la grâce d'y persévérer jusqu'à ma mort. Que si je cessais de vous aimer un seul instant de ma vie, si je vous offensais encore, que la foudre se détache auparavant des cieux et me réduise en cendres; que je sois frappé par un accident avant de tomber dans un pareil malheur. Je vous le demande par votre précieux sang, par votre divine mort. Je veux mourir de la mort qu'il vous plaira plutôt que de retomber dans le péché.
Seigneur, je remets en vos mains ma liberté, ma mémoire, mon intelligence, ma volonté. Tout ce que j'ai et possède, je vous le donne, je vous le rends et le place sous la conduite de votre volonté. Donnez-moi votre saint amour et votre amitié, et je serai très-riche et n'aurai plus d'autres désirs. Déjà je me vois comblé de vos dons; mais si , d'une part , cela me remplit de consolation à la vue de votre divine libéralité, de l'autre cela me jette dans l'épouvante, en voyant augmenter la dette de ma reconnaissance, car je me souviens que j'ai trop souvent abusé de vos dons, en vous outrageant pour la ruine de mon âme. Ce que j'ai fait autrefois, je puis le faire encore, et même pire, si votre spéciale assistance ne me soutient. Fixez donc vos yeux sur moi , Seigneur, et soutenez-moi de vos
mains, afin que je n'aie plus le malheur de tomber dans de si détestables excès.
Que pourriez-vous me refuser, ô Jésus , maintenant que vous vous êtes donné tout à moi? Vous n'êtes jamais entré dans aucun lieu sans y répandre des bienfaits : vous êtes entré dans la maison de Pierre, et vous y avez guéri une femme de la fièvre; dans celle de Lazare, et vous l'avez ressuscité ; dans celle de Matthieu, et vous l'avez fait apôtre. Accomplissez donc les miséricordieux desseins qui vous ont conduit dans mon âme, et accordez-moi tout ce dont vous me connaissez le besoin. Je ne vous demande pas les biens temporels, tels que la santé, la prospérité, les richesses; pour cela, je m'en rapporte entièrement à votre bon plaisir; je ne vous demande que les grâces spirituelles qui me sont indispensables pour requérir mon salut éternel. Brisez, ô Dieu tout-puissant, les chaînes de mes mauvaises habitudes ; guérissez, ô divin médecin, cette fièvre mortelle de vanité, d'orgueil, de volupté qui me tourmente ; couvrez, ô Saint des saints, cette honteuse nudité de toute vertu, qui me rend indigne de votre tendresse. Donnez-moi, Seigneur, une grande lumière pour connaître la vanité de cette terre, et combien vous méritez d'être aimé ; donnez-moi une vive douleur des déplaisirs que je vous ai causés, et une volonté ferme de ne plus pécher. Investissez-moi, je vous prie, de cette charité qui distingue vos disciples, de cette humilité sans laquelle vous résistez aux prières les plus ferventes, de cette pureté sans laquelle vous ne laissez point venir votre esprit se reposer parmi les
hommes. Enfin, changez mon cœur, détachez-le de toute affection de la terre, et donnez-m'en un entièrement conforme à votre sainte volonté, et qui ne cherche et ne souhaite que votre bon plaisir et votre amour : Cor mandum créa in me, Deas. Mais donnezmoi par-dessus tout la grâce de vous aimer et de persévérer dans votre amour jusqu'à ma mort. A ce moment solennel, Seigneur, renouvelez dans mon âme votre visite par le Sacrement, afin que, fortifié par votre chair divine, je puisse affronter tous les ennemis de mon salut, et, victorieux de leurs attaques, m'envoler dans votre gloire pour ne plus vous quitter à jamais. Je ne mérite point cette grâce, parce que je suis indigne même d'un seul de vos regards; mais vous la méritez pour moi, vous, ô mon Jésus, qui avez promis de nous exaucer toutes les fois que nous prierions en votre nom. Vous m'avez créé, vous m'avez racheté, vous m'avez nourri de votre chair ; sanctifiezmoi donc, et ne me laissez pas périr. J'ai mis en vous toute mon espérance, et celui qui se confie en vous ne sera point confondu dans l'éternité : In te, Domine, speravi, non confundar in œternum.
Ne restreignez pas à moi seul vos bénédictions, Seigneur, bénissez aussi ceux qui se recommandent et désirent d'être recommandés à mes prières, mes parents, mes amis, et spécialement ceux pour qui j'ai été une occasion de péché ou de chagrin. Bénissez votre Eglise et exaltez- la en confondant ses ennemis, en étendant sa puissance , en remplissant de charité , de science et de zèle tous ses ministres. Bénissez les né-
cessiteux de tout genre, et donnez, dans votre miséricorde, la patience aux pauvres, la résignation aux affligés, la force à ceux qui sont tentés, la victoire aux mourants , la contrition aux pécheurs , la ferveur aux pénitents, la persévérance aux justes , la grâce de la conversion à tous ceux qui vous méconnaissent ou vous blasphèment. Enfin n'oubliez pas les pauvres âmes du purgatoire, qui, séparées de vous, leur unique et souverain bien, souffrent dans ce rude et ténébreux séjour les peines les plus atroces; et appliquez, je vous prie, en leurs suffrages, les mérites de votre passion et de votre mort. Très-sainte Marie, mon ange gardien, vous tous, saints des cieux, obtenez-moi, par votre intercession, l'accomplissement de mes désirs et l'exaucement de mes prières.
Ame de Jésus, sanctifiez-moi, etc., p. 23.
1. Que je meure, Seigneur, plutôt que de vous offenser de nouveau.
2. Ne permettez pas, Seigneur, qu'après tant de grâces reçues, j'aille encore vous trahir.