DOUZIÈME CONSIDERATION
Sur le pouvoir qu'a la sainte Eucharistie pour nous consoler.
I. Vous qui êtes courbés sous le poids des tribulations, venez, approchez- vous de moi, appuyez- vous sur moi, et je vous soulagerai, ô mes amis, je vous ranimerai, je vous rétablirai : Venite ad me, omnes qui laboratis et onerati estis, et ego reficiam vos. Ainsi parlait le divin Rédempteur à tous les affligés de son temps , tant son cœur ému brûlait du désir le plus ardent d'essuyer leurs larmes de douleur et de répandre dans leurs cœurs le baume de la paix et de la consolation. Oh! comme ses actions répondirent toujours à ses paroles! Quelle fut l'âme désolée qui ait eu recours à lui sans avoir obtenu la grâce qu'elle venait demander? Aveugles, estropiés, infirmes, énergumènes, pécheurs, malheureux de toute manière, tous ont trouvé en Jésus le consolateur, le restaurateur de tous leurs maux. Même ceux qui ne le connaissaient pas, en s'entretenant avec lui, sentaient couler en leur sein une douceur qui les ravissait et les enivrait de délices.
Or, ce même aimable office de consolateur des âmes, ce tendre Jésus vient l'exercer sans cesse dans le saint Sacrement. C'est là qu'il préparc aux âmes qui l'aiment un festin d'ineffable suavité et d'indicible douceur.
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C'est là qu'il apprête ce banquet royal où l'homme est nourri du froment le plus pur et du miel le plus doux du paradis, pour le soutien et les délices de la vie spirituelle. Ah! considérez ces âmes heureuses qui en firent l'expérience. Leur extérieur ne vous montret-il pas l'excessive surabondance de plaisirs qu'elles éprouvent? Quelle modestie angélique! Quelle inaltérable affabilité! Quelle prudence! Quelle saintelc respirent tous leurs actes! Mais si vous désirez en avoir une connaissance plus haute, faites-les parler ellesmêmes. Refuseriez- vous de les écouter? Entendez-les vous dire : Dans vos afflictions, vous courez chercher des consolations au milieu des plaisirs du monde, dans les conversations des hommes ; vous vous abandonnez à une joie factice et à la dissipation du siècle. Hélas! nous aussi, un jour nous étions dans cette vie, maû nous n'y avons trouvé qu'amertume. Alors nous nous sommes retournées vers Jésus, et notre angoisse intérieure cessa. Bon Dieu! rien de plus vrai : jamais l'amertume ne se mêla à sa conversation, ni la source de l'ennui à ses festins : Non habet amaritudinem conversatio illius> nec tœdium convictus illias (Sap., 8). Mieux partagées que les Hébreux avec la manne, ici, dit saint Cyprien, les âmes goûtent toutes les plus exquises saveurs, qui surpassent infiniment les délices les plus rares du monde : Sapit amplius quam marna... omnium super at dulcedinum voluptates. Il n'y a point de langue, dit le docteur angélique, qui puisse exprimer la suavité d'un tel Sacrement. Il suffit qu'on en puise la spirituelle douceur à sa source
même : Suavitatem hujus sacramenti nullus digne exprimere sufficit, per quod spiritualis dulcedo in suo fonte gustatur. Oui, conclut saint Jean, c'est là une manne cachée qui n'est connue que de ceux qui la savourent : Manna absconditum, quod nemo scit, nisi qui accipit.
II. Voilà, âme pieuse, la vraie source de la consolation et de la joie à laquelle vous devez toujours recourir. Tant que vous vivrez sur cette terre, vous aurez des tribulations et des chagrins ; c'est pour cela qu'on l'appelle la vallée de larmes ; c'est pour cela que Jésus- Christ nous dit de nous charger de la croix et de le suivre. Apprenez donc à rester avec Jésus dans le Sacrement, à l'exemple de tant d'âmes désolées qui, dans les plus grandes tribulations, recoururent à lui et y trouvèrent une paix toute céleste et toute divine. Imaginez-vous de le voir quelquefois avec son visage aimable, rempli de suavité, et avec les mains pleines de grâces et vous disant : Pauvre malheureuse!... tu pleures?... et je n'aurais pas de quoi te consoler!... je n'aurais pas de quoi répondre à tous tes malheurs!... Allons, viens à moi, viens ici que je t'embrasse... Une autre fois, figurez- vous de le voir tout ensanglanté, couronné d'épines, couvert de plaies, et vous disant, à la vue de votre affliction : Ma fille, tu soupires? Ah! je soupire aussi ; comme toi, je gémis aussi au milieu de peines sans nombre. Vois mon cœur comme il est affligé! Approche donc, afin que nous pleurions ensemble. Verse toutes tes larmes dans mon sein, et je verserai les miennes dans le tien. . . Ah! croyez- le, âme
pieuse , pleurer avec Jésus est une suavité auprès de laquelle toutes les délices de la terre ne sont rien.
III. Oh! qu'il est donc grand l'aveuglement des hommes, qui, pour trouver un adoucissement à leurs misères, au lieu de s'approcher de cette source de consolations, recherchent des jeux, des conversations, des passe -temps!... Infortunés! Eh! que les consolations du siècle sont fausses! Au lieu d'arracher de l'angoisse un cœur affligé, elles l'aggravent et l'accablent encore davantage. Que les malheureux respirent un air pur dans une campagne délicieuse, qu'ils récréent leur oreille des plus mélodieux concerts, qu'ils rassasient leurs yeux de la variété des théâtres , leur bouche de l'allégresse des festins ou au milieu des compagnies enchanteresses, cela fera-t-il évanouir l'ennui intérieur qui les dévore? En obtiendront- ils le calme de leur cœur? Cela leur donnera-t-il la paix et des consolations? Non. Les plaisirs que le monde offre à ses sectateurs sont impuissants à apporter dans leur cœur un vrai soulagement. Aussi, auprès des tables les plus joyeuses, au milieu des voyages les plus délicieux, au sein des scènes les plus curieuses, au milieu des jeux les plus divertissants , il naît une tristesse qui fait de ces plaisirs un horrible supplice. Dieu seul peut les tirer de l'ennui et leur donner la sérénité, parce que lui seul est le centre de tous les cœurs et le Dieu de toute consolation : Deus totius consolationis. Celui qui vit loin de lui est comme une flamme loin de sa sphère, un aimant loin de son pôle, une pierre hors du centre d'attraction ; c'est pour cela qu'il vit toujours
dans un état d'agitation et de violence. Mais celui qui s'approche de lui par la sainte Eucharistie, repose tranquille sur son sein et jouit de cette paix profonde qui surpasse en douceur tous les plaisirs des sens : Pax Dei quœ exsuperat omnem sensum. Si donc, ô âme pieuse, vous êtes troublée par des agitations, si les tribulations vous deviennent amères, si vous éprouvez de douloureuses angoisses, recourez à la hâte à cette source de joie , d'où vous retirerez autrement plus de soulagement et de consolation que dans les bourbiers infects du monde. L'Eglise a dit que la sainte Eucharistie est une nourriture toute céleste, qui renferme toutes les joies, et sa parole ne peut faiblir.
Préparation à la Communion.
Que suis-je, ô Jésus, moi qui viens aujourd'hui vous recevoir dans mon sein? Et qui êtes-vous pour vouloir venir demeurer dans mon âme? Votre grandeur est sans bornes, votre sagesse est sans mesure, votre bonté sans défaut. Vous êtes tout-puissant dans la vertu, admirable dans les conseils, terrible dans vos jugements, et infiniment parfait dans tous vos attributs. Moi , au contraire , je suis un vase de corruption , un amas de vers, un mélange d'ignorance et de malice. Je suis une créature misérable en tout , aveugle dans les conseils, vaine dans ses actes, vile et immonde dans ses appétits, pleine d'ambition et d'estime d'ellemême Ah! que suis-je en comparaison de vous,
Seigneur, devant qui pâlissent les étoiles, tremblent les légions des Anges et s'humilient les Séraphins? Oserai-je
donc m'approcher de vous , qui êtes le Dieu de toute majesté? Oserai-je vous recevoir aujourd'hui dans mon cœur, moi qui ne mérite de vous qu'un mépris absolu? Oh! ne me repoussez pas, ô bon Jésus! ne vous éloignez pas de moi , et ne vous indignez pas contre moi si j'ose ce matin paraître en votre présence. Mon indignité est grande, mais plus grande encore est votre bonté. Et que puis-je faire au sein de mes infirmités, sinon accourir vers vous pour être guéri? Souvenezvous, ô Jésus, que tandis que vous étiez dans cette vie mortelle, non-seulement vous permîtes que les infirmes s'approchassent de vous, mais encore vous leur rendiez la santé par votre vertu toute-puissante. Si les lépreux venaient à vous, vous étendiez sur eux votre main bienfaisante, et soudain la lèpre les quittait. On vous conduisait les aveugles , les sourcîs , les paralytiques , les énergumèncs, et nul n'éprouvait le refus de votre secours et de vos faveurs. X qui donc dois-je recourir dans mes besoins, sinon à vous, ô bienfaisant Jésus, qui seul possédez le salut et le remède à tous les maux? Oh! non, je ne crois pas vous faire injure que de m'approcher pour vous recevoir dans la sainte Communion, car je suis persuadé de vous donner l'occasion de faire bien davantage resplendir en moi la grandeur de votre miséricorde, par la guérison de mes infirmités. De même que les ténèbres de l'aveugle-né ne firent que mieux éclater votre gloire, de même aussi ma misérable condition ne fera que montrer combien vous êtes bon, puisque du trône de votre sublime grandeur vous n'avez pas dédaigné de regarder d'un œil de mi-
séricorde une créature abjecte et vile comme je suis. Daignez donc, ô Jésus, recevoir avec bonté mon âme à votre Table céleste; je vous demande cette grâce au nom de cet amour infini qui vous porta à souffrir tant de peines, à endurer tant de cruels tourments, et enfin à expirer sur la croix au milieu de la plus amère agonie. Ecoutez, ô Jésus, ma prière, et recevez-moi avec bonté, tandis que je me consacre et me donne tout à vous.
O Fils unique, Fils chéri du Dieu éternel, je reconnais que vous êtes l'objet le plus digne d'être aimé. Je désire vous aimer, sinon autant que vous le méritez, du moins autant que je le puis. Je comprends qu'un traître et un rebelle tel que moi mérite que vous le rejetiez à jamais; mais je sens que vous recherchez encore mon amour ; je vous entends dire : Mon fils, donne-moi ton cœur comme je t'ai donné le mien. Ahî Jésus, puisque vous voulez être aimé de moi, me voici prêt à faire votre sainte volonté; je me rends et me donne à vous. Je vous aime, Dieu de mon cœur, et je vous choisis pour le Seigneur et le Roi de mon cœur. 11 est, je le sais, froid et flétri; mais si vous l'agréez, vous le changerez. Non, je ne vivrai plus comme par le passé, ingrat et indifférent pour vous, qui m'aimez à l'excès et qui méritez un amour infini.
Voici, 6 mon âme, ton époux, voici qu'il vient à toi ;
vole donc au-devent de lui. O douce félicité! O
jour mémorable ! O mon souverain bien ! O vie
de ma vie! Me voici au-devant de vous, ô mon
époux bien-aimé! O le bienvenu!.... Entrez, a
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très-aimable Jésus, oui, entrez dans ma pauvre âme, « I ni brûle de s'unir étroitement à vous pour ne plus jamais vous quitter.
Vous qui êtes mes bien-aimés protecteurs et mes défenseurs, ah! obtenez-moi, par vos puissantes supplications, les grâces nécessaires pour que je reçoive saintement mon Jésus et mon tout. Obtenez-moi cette pureté, ce respect, cette dévotion, cette vertu, ces mérites, ces dispositions avec lesquelles vous vous approchiez de Jésus dans le Sacrement, afin que j'en reçoive le fruit que vous en avez retiré pour votre éternelle félicité.
Action de grâces.
Que peut-on te donner, ô mon âme, de plus admirable que cette Communion? O preuve de la plus exquise allégresse! fontaine des plus suaves délices! ô canal des vertus! ô mort des vices! ô médecine de salut! ô aliment des âmes! ô feu d'amour! ô banquet royal! ô goût de toute félicité! ô pain de vie éternelle! ô satiété des cieux ! Maintenant que vais-je donc faire, ô mon Jésus? Quels remercîments pourrais -je vous témoigner pour une aussi étonnante faveur? Hélas! plus je considère la grandeur du bienfait que vous venez de me foire, plus je sens accroître en moi des motifs de reconnaissance, et plus je me trouve inhabile a remplir mes obligations. De quel amour ne devrais-je pas vous aimer pour correspondre en quelque sorte à l'amour que vous venez de me montrer? Que si vous, en étant ce que vous êtes, m'aimez tant, moi, la plus
vile des créatures, comment ne vous aimerais-je donc pas, vous qui êtes le très-riche, le très-noble et le très-aimable époux de mon âme?
Après avoir été admis à votre céleste banquet, où j'ai joui de vos divins embrassaments ; après avoir été consolé par de si exquises douceurs et être devenu l'objet de tant de bienfaits; après avoir été tout particulièrement pressé par les liens si forts du plus chaste amour, après tout cela, ô mon doux Jésus, pourrai-je encore vivre ami d'un monde qui, selon votre parole, me rendrait rebelle à votre loi? Ah! je renonce maintenant à tous ses plaisirs , à toutes ses joies , uniquement pour votre amour. Il n'y a plus de monde pour moi, plus de plaisirs déshonnêtes, plus de pompes du siècle, plus d'ambitieuse vanité. Qu'à jamais se tiennent loin de moi ses faux et séduisants plaisirs; car vous serez, ô Jésus, mon seul et unique bien, tout mon trésor et toute ma félicité.
Cependant, comme je ne connais que trop, ô mon Jésus, ma faiblesse et mon inconstance, je crains pour cela, et avec raison, de retomber dans mes péchés, si vous ne venez à mon aide. Mais, ce qui me rassure, ô Dieu de miséricorde, c'est que vous n'élevez jamais personne à une dignité sans lui accorder les grâces nécessaires pour s'y conserver saintement. En vous incarnant dans le sein immaculé de la plus pure des vierges, vous relevâtes à l'incomparable dignité de voire mère, et parce qu'elle a bien conservé cette pureté, vous lui avez accordé une grâce incomparable. Eu entrant dans ce monde pour converser avec les
hommes, vous les avez anoblis par votre présence, mais vous les avez aussi éclairés par votre grâce, afin qu'ils connussent l'honneur que Dieu leur faisait, qu'ils s'en montrassent dignes. Que si, aujourd'hui, vous avez honoré ma pauvre âme de votre présence, pourrai-je, sans outrage, douter que vous la sanctifiez par votre vertu, afin qu'elle se conserve à jamais fidèle à votre amour. Quelles bénédictions ne dois-je pas, au contraire, attendre de vous, ô puissant et bon Jésus, qui, en vertu de ce Sacrement, êtes naguère entré dans mon âme pour y établir votre demeure? Ah! puisque vous avez voulu que je sois aujourd'hui une figure de l'Arche de l'Ancien -Testament, dans laquelle vous choisîtes votre spéciale demeure, donnez-moi la grâce que, de même qu'en elle étaient renfermées les tables de la loi , qu'ainsi soient voués à l'observance de vos divins préceptes, mes pensées, mes désirs et mes affections. Vous avez aussi voulu me faire connaître, par le Sacrement de l'autel, que vous êtes un tendre père pour mon âme, puisque vous l'avez traitée comme une fille bien-aimée. Donnez-moi donc votre grâce, afin qu'en retour de tant de bonté , je vous aime d'un amour si puissant, si excessif, que mon cœur se brise dans les élans de son amour pour vous. Donnez-moi aussi envers vous l'esprit et le coeur d'un vrai fils; c'est-à-dire un esprit d'obéissance, de respect, de tendresse et de confiance, afin que dans tous mes besoins je recoure toujours promptement à vous, qui êtes le plus puissant et le plus tendre des pères. Puisqu'il vous a plu, ô mon bien le plus cher, de
manifester à mon âme un amour d'époux, et de la traiter comme une épouse chérie, en vertu du Sacrement eucharistique, daignez pour cela remplir mon cœur d'un amour si fort, que rien ne puisse désormais me séparer de vous. Oui, époux bien-aimé de mon âme, étendez vos bras avec bonté., et liez-moi tellement à vous, que je ne m'en sépare ni dans la vie ni dans la mort. Souvenez-vous, ô mon trésor, que vous avez institué le Sacrement de l'autel uniquement pour une telle union. Unissez donc tellement mon âme à la vôtre, que rien au monde ne puisse jamais l'enlever à votre amour.
Ame de Jésus, sanctifiez-moi, etc., page 23.
Aspirations.
1. Soyez maudites, créatures qui m'avez enlevé l'amour que je devais à mon Dieu!
2. O Jésus, qui vous êtes sacrifié pour moi, je vous sacrifie ma volonté!
3. Mon Dieu, quand mourrai-je au monde pour ne vivre qu'en vous?
Maximes.
1 . Celui qui pense qu'il a mérité l'enfer, souffre en paix toutes les peines de cette vie.
2. Le monde a fait dans tous les temps un grand nombre de malheureux, sans avoir jamais fait un seul heureux.
3. Celui qui veut être en paix doit mortifier sans cesse ses passions.