‹ L'âme devant la Sainte EucharistieChapitre 18 sur 53 · QUATORZIÈME CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME CONSIDÉRATION

Sur l'exemple de parfaite patience que nous donne Jésus- Christ dans la sainte Eucharistie.

I. Considérez, âme pieuse, l'exemple de parfaite patience que Jésus-Christ nous donne dans la sainte Eucharistie, en supportant tant d'oubli, tant de froideurs et d'irrévérences qu'on vient lui faire dans le divin Sacrement. Que ne souffre-t-il pas même de ceux qu'il aime avec prédilection et qu'il enrichit en surabondance de ses grâces? Représentez-vous par la pensée tant d'églises profanées , désolées , abandonnées , dans lesquelles il habite dans le désir de se communiquer aux âmes. Et cela, n'est-ce pas une profonde blessure à son auguste cœur? 0 Dieu! les palais des princes sont encombrés de gens empressés à former leur cortège , et les demeures du souverain Dominateur de la terre sont désertes, sans que presque personne ne vienne, le jour, lui tenir compagnie. Parmi le petit nombre qui s'en approche, oh! combien il en est qui, plutôt que de diminuer la douleur des injures qu'il reçoit, les augmentent encore! Combien se présentent à la communion avec tiédeur, sans préparation, sans amour, et qui, après l'avoir reçue, partent soudain sans presque donner aucun signe de reconnaissance, comme s'ils avaient reçu, non le pain des anges et la

nourriture du paradis, mais un pain vulgaire et une nourriture commune. Qui pourrait dire la peine qu'éprouve le cœur de Jésus d'une telle ingratitude? Mais il y a encore quelque chose de pire. Considérez que d'irrévérences on commet en sa présence même, que de profanations de son adorable majesté. Dans le temps des plus grandes solennités, de l'exposition publique du grand Sacrifice, ne multiplie-t-on pas incessamment les affronts contre lui? Ne va-t-on pas jusqu'à le mépriser dans ses églises et jusque sur les autels? Combien de fois n'a-t-il pas été touché par des mains impures et souillées de crimes? Ici, parcourez par votre pensée , âme pieuse , les oubiis , les irrévérences, les déshonneurs, les sacrilèges, les insultes que Jésus souffre de la part des chrétiens dans le divin Sacrement. Réfléchissez aux circonstances du lieu, du temps, des personnes et des moyens qui rendent ces torts plus graves encore. Hélas! quel amas d'infidélité, d'ingratitude et de peines pour le cœur si affectueux de Jésus!

IL Considérez, âme pieuse, combien il importe d'imiter l'exemple de sublime patience que nous donne Jésus-Christ, afin que nous devenions chers à son cœur et que nous puissions arriver au salut. Jésus- Christ dit un jour à sainte Thérèse : Sache que les âmes les plus chéries de mon Père sont celles qui sont affligées des plus grandes souflrances. C'est pour cela que disait souvent cette sainte : Souffrir par amour pour Dieu, c'est le chemin de la vertu; en sorte que celui qui peut le plus souffrir, qui souffre le plus, sera

le plus heureux, et que celui qui ne se résout point à cela ne fera jamais de grands progrès. Ainsi parlait saint Ignace de Loyola : Si Dieu te fait beaucoup souffrir, c'est une marque qu'il a de grands desseins sur ta personne, et qu'assurément il veut ton salut. Et si tu désires devenir un grand saint, prie-le toi-même qu'il t'envoie de grands motifs de douleurs, car rien n'est plus propre à produire en nous le feu du saint amour que le bois de la croix. C'est ce que dit aussi saint Jérôme en parlant de la croix : 0 âmes, dit-il, qui voulez vivre en paix et consolées , si vous saviez combien il est agréable à Dieu de souffrir et combien cela vous facilite les moyens d'arriver aux autres biens, vous ne chercheriez jamais aucune consolation en rien. L'apôtre saint Paul dit que , pour arriver au salut s il faut que notre vie se trouve conforme à celle du Christ, le jour où il jugera la grande cause de notre bonheur ou de notre condamnation : Quos proscivit, et prœdestinavit conformes péri imaginis filii sui (Rom., 8-29). Mais quelle vie a donc menée Jésus-Christ sur la terre? Parcourez-la et étudiez-la à votre gré; examinez-la dans son entier et ses détails, et vous n'y trouverez qu'une série continuelle de souffrances : Volve et revolve vitam boni Jésus, et non inventes eum nisi in crnce. Ex qno enim carnem assumpsit semper in pœna fuit (S. Bonavent.). La cabane de Bethléem le vit trembler dans son berceau; l'Egypte le recueillit exilé et fugitif; l'atelier de Nazareth l'éleva pauvre et inconnu; la Judée, la Palestine, la Samarie le virent ruisselant de sueur et épuisé de fatigue ; à Gethsémané, on le vit

submergé dans une mer de tristesse; au prétoire, il s'évanouit sous les fouets; sur le Calvaire, il tomba en agonie, et sur la croix il expira. Comment est-il donc possible de plaire au cœur de Dieu et d'arriver au salut, en foulant un sentier semé de rose, et en vivant dans les délices, tandis que notre modèle a parcouru une route hérissée d'épines et pleine de douleurs?

Parcourez les fastes de l'Eglise, et vous trouverez que toutes les âmes saintes ont dû passer par la voie des souffrances pour arriver au ciel.

Préparation à la Communion.

Qu'il a été grand, ô Jésus, votre amour, lorsque, au moment de partir de ce monde pour aller à votre Père, vous nous laissâtes une nourriture qui renferme toutes les délices et toutes les suavités! Ce fut sans doute une grande preuve de votre amour que d'avoir pris notre misérable nature et de vous être soumis à toutes sortes de souffrances, de tourments et d'immolations; mais combien plus étonnante encore est celle par laquelle vous êtes devenu notre nourriture et notre breuvage, puisque dans celle-là vous n'avez pris que notre nature humaine, tandis que dans celle-ci vous nous donnez votre divinité même. C'est ainsi que vous versez dans notre sein l'immense trésor de vos grâces, afin que, vaincus par l'excès de votre amour, nous nous consacrions entièrement à vous et vous appartenions en tout. Je vous aime donc, ô mon unique consolation dans cet exil, mon unique espérance, ma seule félicité,

mon unique bien! Je vous aime de tout mon cœur, de toute mon âme, de toutes mes forces, et je voudrais voir à chaque instant augmenter ma ferveur dans votre amour. Tel est mon plus ardent désir : là sont dirigés mes gémissements et les soupirs de mon cœur. Et vous, en vous communiquant à mon âme dans ce Sacrement d'amour, enchaînez tellement mon cœur et mon esprit, que je n'aie de sentiments et de pensées que pour vous. 0 feu divin, qui brûlez toujours, enveloppez-moi tout entier et enflammez-moi au point que je sois pour toujours une victime de votre amour.

Comme un cerf désire une fontaine d'eau limpide, ainsi mon âme vous désire, ô mon Jésus et mon pasteur. Elle désire se rapprocher de vous, s'unir à vous, et puiser dans vos plaies le remède à tous ses maux et la force de gravir la montagne sainte du Seigneur pour arriver à vous, qui êtes la source des grâces et l'auteur de tout bien. J'ai soif de votre sang, de ce sang précieux que vous avez répandu pour moi et destiné à mon breuvage. Ayez donc compassion de moi, ô mon Jésus. Donnez-moi cet aliment du paradis, afin que, pendant la vie de mon corps sur cette terre, je règne par mon âme dans le ciel; donnez-moi ce qui fait germer les vierges, afin que mon âme se conserve blanche comme un lis au milieu des souillures du siècle.

Que n'ai-je ces élans sublimes de ferveur, ces brû^ lants désirs de tous les saints pour msapprocher de vous, ô source de vie, ô fontaine de sagesse, ô foyer d'éternelle lumière et torrent d'ineffables plaisirs! Que

mon âme, au moins, aspire sans cesse vers vous, ô pain des anges et consolateur des âmes saintes! Ah! venez, ô mon Jésus, venez consoler cette âme qui soupire après vous. Soyez vous seul ma joie, ma paix, ma consolation, mon trésor, en qui se reposent mon esprit et mon cœur : je ne désire rien hors de vous, hors de qui tout me paraît vil, ô mon Dieu, ma douceur, mon bien et Tunique centre de mon cœur.

Très-glorieuse Mère de Dieu, vierge Marie, daignez m 'assister en ce moment solennel, où je vais recevoir le corps et le sang précieux de votre Fils. Hélas ! ô Mère de miséricorde, que la corruption de mes péchés ne vous éloigne pas de moi ; ne me repoussez pas à cause de tant d'injures que je vous ai faites ; souvenezvous que votre Fils, outre qu'il est mort pour moi, s'est encore laissé en nourriture à mon âme. Chère Mère, pleine de grâce, source de la rosée céleste et de toutes les délices, soyez émue de compassion pour cette pauvre créature. Parez mon âme de vos vertus, afin que je puisse être digne de paraître en la présence de Jésus, et le recevoir dans mon sein. Souvenez-vous de l'amour pour lequel le Verbe divin s'est fait votre Fils, afin que vous devinssiez notre Mère. Ouvrez votre main bienfaisante et remplissez-moi de bénédictions célestes.

Action de grâces.

Ah! Jésus, quel plaisir j'éprouve d'être uni à vous et de pouvoir vous presser sur mon sein ! Que j'étais insensé lorsque j'allais chercher et désirer loin de vous paix et consolation! Infortuné que je suis de vous

avoir jadis préféré les amis de la terre ! Malheur à moi si, pour me punir de ma folie et de mon ingratitude, vous m'aviez privé du plaisir inexprimable que j'éprouve aujourd'hui à demeurer avec vous et à vous posséder dans mon cœur. Je vous remercie, ô mon Jésus, de m'avoir rendu le bien pour le mal, en cherchant à amollir mon cœur par un excès de bonté. Je voudrais pouvoir vous montrer autant de reconnaissance que vous en méritez, et contrebalancer le bienfait inestimable que vous m'avez fait de venir visiter ma pauvre âme. Mais que vous rendrai-je pour un tel don de votre miséricorde? Quelles louanges, quelles bénédictions , quels hommages ? Ah ! quand même j'aurais une intelligence sublime et un cœur pareil à celui des anges, je ne pourrais toutefois rien concevoir ni offrir qui soit digne de vous, car votre incomparable bonté et votre ineffable amour, en vous donnant vousmême pour nourriture à une créature vile et méprisable telle que je suis, surpassent tout entendement fini et toute puissance finie.

J'aspire au ciel, ô mon Sauveur, mais je vis encore sur la terre misérablement exposé aux tentations, aux périls, aux ennemis. Au milieu de tant de dangers, j'ai besoin d'un asile qui m'abrite et me mette à couvert des assauts de mes ennemis. Mais où trouverai- je ce refuge , sinon dans vos plaies ? J'irai donc me cacher en elles avec toute mon indigence et durant toutes les épreuves de mon salut. Et ne trouverai-je pas un repos assuré dans le sein toujours ouvert de mon tendre Père, qui m'invite et m'encourage à mettre en

lui toute mon espérance, qui dissipe mes craintes, qui me remplit d'une force invincible, et qui seul peut être en tout ma défense assurée? Faites, Seigneur, que je ne quitte plus jamais la demeure que je me suis choisie, et qu'à mon heure suprême, je vous recommande et confie mon esprit.

Il peut arriver, ô Jésus, que par ma faute je m'éloigne de vous, C'est là le malheur que je crains le plus. Ah ! que jamais je ne vous donne le spectacle d'une telle infidélité. Que serais-je si cela m'arrivait? Que me feraient tous les trésors de la terre et tous les honneurs du monde? 0 vaine grandeur et mensongère félicité! je vous dédaigne et vous hais, car vous ne pouvez que me trahir et me priver éternellement de cet unique bien que je désire posséder à jamais. Acceptez, Seigneur, mon humble supplication, et faites que jamais, à l'avenir, j'aie le malheur affreux d'être séparé de vous. Voyageur sur cette terre, j'y trouve un ennemi perfide, plein de ruse, de malice et de tromperie, qui, comme un lion furieux, tourne sans cesse autour de moi pour se précipiter sur mon âme, en faire un horrible massacre et la dévorer. Mais que pourra-t-il contre moi , si vous prenez ma défense ; votre force n'est-elle pas toujours victorieuse contre un pareil adversaire? Seigneur, je l'implore de votre miséricorde, je l'attends de votre bonté. La pensée de votre présence sera mon bouclier, et l'idée que vous ne serez jamais éloigné de moi me donnera, où je me trouve, la vigueur nécessaire pour vous invoquer avec un infaillible succès. Seigneur, augmentez ma foi, accroissez

mon espérance, enflammez ma charité , et je me rirai avec joie d'un ennemi qui en vain conjurera ma ruine sous vos yeux toujours vigilants.

Ame de Jésus, sanctifiez-moi, etc., page 23.

Aspirations.

1. Faites, Seigneur, que je vous aime au point de triompher de tout pour vous plaire.

2. Faites, ô Jésus, que j'oublie tout pour ne me souvenir que de vous seul et de votre saint amour.

3. Mon Jésus, quand commencerai-je à vous aimer comme vous le désirez?

Maximes.

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